mardi 19 septembre 2017

Nihilisme




Ne plus rêver, ne croire en rien,
ne plus penser ni désirer,
le grand marasme vénérien
s'est imposé, Dies Irae !
Mais dans le ventre adultérin
de ma maison mise aux arrêts,
j'ai su forger l'anneau d'airain
brisant la chaîne où son Art est.

Ne plus sculpter les effigies
des dieux humains mondialisés,
sachant leur fin car ici gît
l'anneau des reins non dialysés,
ne plus conclure à la vigie
la trajectoire à mépriser,
ni l'incroyable hémiplégie
qui nous conduit à tout briser.

Ne plus céder au moindre espoir
et cesser là de s'en bercer !
S'imaginer c'est comme boire :
on est comme un panier percé
qui, bonne pomme ou pauvre poire,
aura bon dos sous des versets
— tant qu'on s'attend à nos déboires —
aura bon dos d'en reverser.

Le Titanic
         est notre état
                       de société,
                            nous coulons sûr
et la panique
          en petits tas,
                         à satiété,
                                 sa moisissure.
Le nihilisme
        est de rigueur
                 et de coutume
                        lorsque l'on sombre.
Un fatalisme
      et son aigreur
              ont son costume
                           empli des ombres.

Ne plus générer de projets,
ni de vastes fumisteries
dont l'on rature un premier jet,
puis que l'on jette et dont on rit ;
ne plus mentir et sans objet,
se fondre en des épiceries
qui sont la ruine des gadjé
d'un Monde en sa carrosserie.

jeudi 7 septembre 2017

The indian summer's air



When fall the autumn's leaves
I could sing your beauty
But their melody leaves
In a red unity
The branch of common tree
Relapsing on your hair
Blowing in Poetry
The indian summer's air.


jeudi 24 août 2017

Némésis




L'Amour est un objet qui comme une oasis
a fait claquer du bec une belle indolente.
Que serais-tu sans moi ma belle Némésis ?
Beethoven est la tombe aux lubies insolentes.

Et sa musique alors, infiltre un cœur usé,
sa mélodie tourmente un esprit sans issue,
ce qui me fit t'écrire un meurtre assez rusé,
n'est pas le doux baiser qu'en retour on reçut.

L'Amour est un objet dont les bords contondants
sont l'horrible massue d'un rivage accessible
aux naufragés de vies de demains qu'en tendant,

l'Amour ignore et mène à l'extrême impossible
où tout se fond enfin dans ton simple sourire :
il vaut mieux en pleurer mais parfois même en rire.

mercredi 16 août 2017

Ce que que je n'ai pas pu te dire




À Manu',


C'est comme un métro que l'on rate
et qu'on ne rattrape jamais,
ce sentiment qu'on nous pirate
au gré de ceux que l'on aimait,
partis tôt pour d'autres rivages
à la rame inepte à prédire,
avec les maux de nos ravages
et que je n'ai pas pu te dire.

Il y avait quelques rancœurs
écrivant des vers à déboires,
et les battements de nos cœurs
— il ne m'en reste aucun pourboire —
assourdissants par le passé :
nous deux trop aimés, mal aimant,
perdant le nord et dépassés,
nous nous aimions, apparemment...

Le feu de la fureur de vivre
est un buveur impénitent
de mots dont parfois l'on s'enivre,
et ceux que nous vole le temps,
nous regrettons de les écrire
alors que le froid de l'absence
instille un vin que vient aigrir
une amère idée de non-sens.

Alors, il me reste un espoir
assez vain mais pourtant réel :
entendrais-tu le vent du soir
ainsi qu'il est au Cap Fréhel ?
Entendrais-tu du Cotentin
les marées venant s'y maudire,
et des rochers de mon destin
ce que que je n'ai pas pu te dire.

dimanche 13 août 2017

Heather Heyer






Heather Heyer avait des tâches de rousseur
et trente-deux chandelles afin de m'allumer ;
l'espoir est si fragile en emportant nos sœurs
— on voudrait les garder pour pouvoir les aimer.

Si la belle abhorrait le fascisme et l'obscur,
un noir était un homme à ses yeux de noisette,
et le combat de l'Être était sa sinécure
où l'on se glorifie d'échapper aux gazettes.

Heather Heyer était possédée des idées
grâce auxquelles on avance en notre triste monde,
et pourtant ce lui fut un bloody saturday.

Lorsque l'on ose heurter de plein fouet l'être immonde,
il faut craindre à son tour un des crocs de la bête
et ses légions de dents qui sont analphabètes.

vendredi 11 août 2017

Un rêve éveillé




Le Poème est un rêve éveillé
qui navigue au-dessus des flots lourds
où le verbe humain coule enrayé
par ce bruit dégoûtant qui rend sourd.

Il est franc mais lucide, et sans fards,
il nous semble insensé mais pourtant
cohérent sur ses mots, comme un phare
allumé par des feux importants !

Le poème au brasier s'est dédié
— l'hérétique a compris sa mission :
reportant les non-dits sine die,
rien n'amène à sa compromission.

Le Poème est un fou sans raisons,
sans calculs et sans plus d'ambitions
que sa simple et très belle oraison,
le Poème est sans ces conditions !

Si parfois ses contours un peu flous
vont prédire un présent surveillé,
le Poème est un dit que l'on floue,
le Poème est un rêve éveillé.

vendredi 4 août 2017

La séance




Je l'ai matée durant deux heures
illuminée par cet écran,
J'avais ma dose et sans doseur,
elle était devant moi d'un rang.

Le film éclairait la beauté
que j'avais su lui reconnaître
avant qu'un hasard m'eût ôté
quelque amour qui commence à naître.

Et fasciné par son profil
ainsi bleuté par les images,
il me semblait perdre le fil
et l'intégrer dans leur grammage.

Elle inclinait son frais visage
aux vagues des séquences vues,
je regardais ce paysage
arrière au trois-quarts imprévu.

Ses doigts délicats se posaient
parfois sur sa joue, fructifiaient,
ses doigts sans bague éternisaient
la projection s'intensifiait.

Soudain sur le dos de sa main,
posant son menton cap-hornier,
j'eus la vision de lendemains
sur l'océan qu'on ne peut nier.

Sur l'océan de ses courbures
et sur la houle à la frontière
où frange infiniment l'épure
associable au trois-quarts un tiers...

Et puis s'en vint le générique :
on aime, on vit, parfois l'on feint
se faisant des films hystériques
et l'on perd toujours à la fin.

jeudi 3 août 2017

Le tango désargenté






À mi-chemin de la station San Isidro,
de la station Martinez, on a vu deux Lunes :
on avait probablement bu quelque peu trop...
Buenos-Aires est asphixiante, auto-immune.

Une étoile est si rare à votre image ici
qu'on se contente assez du reflet des deux Lunes.
Alors que votre face est une prophétie
qui m'est à l'autre un mieux indépendant à l'une.

Et cachée d'aspirine, il faut vous ranimer,
vous la projection de mon rêve où tout est mu
de façon désarticulée par l'être aimé.

« Tangue haut, marin ! », me disait-on, disait émue
l'ange déchue de moi, déchue, désargentée,
dans notre danse misérable et de beauté.

mardi 1 août 2017

Amphibie


Je conçois mon esprit comme un être amphibie,
tantôt dans la rivière au fil de l'eau qui passe,
ou bien dans des forêts qu'on transforme en phobies ;
son regard est celui d'un grand oiseau rapace.

Il est plein d'une absence et quoique on le rapièce,
un grand vide aquatique au fond de ses abysses
attise un feu barbare enfermé dans la pièce
où brûle un peu d'encens, beaucoup de cannabis.

Il flotte ainsi sans force en son liquide espace,
entre deux eaux — dit-on — flasque, informe et languide,
en cet instant mutique il est sans carapace.

Alors soudainement, sans qu'on le téléguide,
il quitte son milieu puis sa peau cet habit :
comme la salamandre il est l'être amphibie.

samedi 29 juillet 2017

Cariatide



On se retourne en vieillissant
sur l'éclat doux de ces jeunesses
et sur le semblant saisissant
de leur vie dont on eût l'aînesse.

On reconnait dans la clarté
d'un bleu regard où l'on se noie,
celui que le temps d'écarter
sans cesse a pris le soin sournois.

Mais ce miroir est déformant :
notre image en ressort cassée ;
ne serait-ce en s'y conformant,
le tain blême est pour tracasser.

Le train plaît mais pour voyager
dans le passé, c'est peu probant,
lorsque sans doute trop âgé
pour voir, on s'assied sur un banc.

Regarder les regards fuyant
sur les rails de l'indifférence,
et les sentiments défaillant
d'un temps faisant ses différences.

Il faut accepter sans broncher
cette fracture ouverte au cœur,
et savoir aussi débrancher
la prise où le lâcher t'écœure...

Il ne faut pas que l'Atlantide
— ou Mü — soit base ni soutien,
quant aux divines cariatides...
Ève est de marbre, on le sait bien !

Ne reste plus que la distance
à poser en plancher flottant
sur ce qu'il reste d'existence
et ce qu'il reste d'existant.

lundi 17 juillet 2017

Cerf-volant



La main coupée d'un serf volant
justifie-t-elle un tel poème ?
Et de ce monde sans volant,
n'est-il qu'un semblant de bohème ?

Il m'a fallu kilométrer
le désamour de mes prochains
pour mesurer le gras du trait
qui salissait de son crachin
le moindre effet de ses attraits,
le pire instant de ces machins
qu'on sert à nos administrés
comme un Éden aux haschichins.

J'ai sur l'échine un gros insecte.
Il pose sur ma peau ses griffes
— or, je ne suis d'aucune secte
et mes vertèbres apocryphes.

Il m'a fallu kilogrammer
les résidus de nos poussières,
et réciter l'anagramme et
l'autre formule où l'âme haussière
est soumise aux lois du marché,
est soumise à ses devancières,
est tributaire à Beaumarchais,
ce Génie plénipotentiaire.

Et secouant mon vieux T-shirt,
elle est tombée la bête noire.
Inoffensive (un rien nous heurte),
un dos c'est comme un laminoir...

Il m'a fallu kilo-octets
pour ne pas rendre copie blanche,
et forcément de hoqueter,
savamment savonner la planche.
Un cerf-volant qui m'inquiétait,
soudain dans le ciel bleu s’enclenche ;
il porte en lui cette quiétée
dont j'ai perdu la clef, la clanche.

En regardant l'insecte énorme
en bas tombé mais si splendide,
est née ma haine de la norme
et ma passion pour son morbide.

vendredi 7 juillet 2017

Saturne



De mes amours mathématiques
et mes amours irrésolues,
mes équations emblématiques
ont votre parfum dévolu.

Je vous lisais sur une abaque
à la façon d'un vent coquin
qui m'aurait fait rater le bac'
à tel point nous ne faisions qu'un...

Couvertes d'un drapé sanguin
Vos courbes fluides et légères
Emplissaient de leur jeu sans gain
L'improbabilité d'où j'erre.

Et dans cet infini confus
d'où vous narguiez ma poésie,
je ne sais plus ce que je fus :
vous l'inconnue, moi l'hérésie.

Je compulsais des théorèmes
aux creux jumeaux de vos deux reins,
mais laconique on alors aime
(on confondait l'or et l'airain).

Dans l'univers de nos deux sphères
on respirait nos paramètres,
et dans cette intime atmosphère
un esclave était bien un maître.

Exponentielle est ma passion
pour votre paradis perdu ;
parfois, la branche que nous scions
nous coupe aussi du temps vendu.

De mes amours mathématiques
et mes amours irrésolues,
mes équations emblématiques
ont votre parfum dévolu.

Nous avons quitté la planète
un soir d'été, de fiançailles ;
il vous allait comme aux lunettes,
un astre aux anneaux en broussaille...

Et dans cet infini confus
d'où vous narguiez ma poésie,
je ne sais plus ce que je fus :
vous l'inconnue, moi l'hérésie.

vendredi 23 juin 2017

La Béatrice



© Natalia Kovachevski
https://lunamodel.book.fr/


Chaque cercle est à l'Enfer une porte
Et l'on franchit aisément ses paliers ;
Que je vous aimasse ou que peur importe,
Il est évident que je suis à lier.

Vous êtes la détentrice ingénue
Des clefs de Saint-Tuf qui me cadenassent,
Et quand je vois Béatrice ainsi nue,
Mon idée calque, erre en elle ainsi nasse !

En elle ainsi passe — onde magnétique
Où l'eau-forte est un effet surprenant —
Le courant d'un Styx hypothétique,
Imbu d'un talent d'agile apprenant.

Vous étiez la Dame inscrite en mes rêves,
Aussi de mes cauchemars une reine,
Il m'a fallu dans l'Enfer où je crève,
Aller vous chercher pour que je comprenne :

En elle aussi court un air fait des mots
Qu'Orphée mon secours aurait pris de lyre,
Et que Rodin pris de glaise et d'émaux,
Façonnerait encore en mon délire.

En elle un sang s'écoule et mon Léthé
Vient se tarir en son sein parfait ;
Tout ce qui n'est plus mais chez Vous l'était,
Tout ce qui n'est plus à faire est fait.

Vous serez belle aux yeux de vos amants
Mais plus à ceux de mes tristes soupirs...
En chaque huître on cherche une perle, on ment,
Mais vous aimer, c'est le meilleur empire.

mercredi 21 juin 2017

Cybérienne






J'ai vendangé des morts aux fins d'un bon sang d'encre
où l'écheveau garçon, récitait son Pater,
on n'est pas périlleux quand on est comme un cancre
et qu'on se sert de l'autre en broutant son parterre.

On n'est pas méritoire en laissant la dérive
aux mains des justiciers qui ne comprennent rien,
dont la barque alourdie par le poids des deux rives
empêche à la parole un voyage aérien.

J'ai sous les blés blessés d'anonymes récoltes
engrangé les ferments de ma littérature,
et compté sur tes dents le barillet du Colt
où ton sourire explose, et c'est sa signature !

On n'est pas courageux lorsque l'on se contente
à brosser des portraits sans l'éclat de tes yeux,
sans la révolution ni la guerre latente
où l'amour apparaît tel une Vierge aux cieux...

J'ai pris la décision de partir avec vous
sur la route inconnue du désert cybérien,
rien ne vaut l'un à l'autre à ce point qu'on dévoue
le tutoiement de l'âme aux bouquets vénériens.

Vous avez dans l'iris un reflet de l'Oural
et dans vos hésitations, quelque chemin de fer ;
On voudrait s'oublier comme on perd à l'oral
une façon de dire, une façon de faire.

mercredi 14 juin 2017

Emmanuel






Sur le doigt de Saint-Jean-Baptiste,
une larme réprobatrice
écoule son sourire autiste
et ses façons d'institutrice...

Il me dirait ce qu'il est bon,
ce qui relève enfin du mythe ;
ou ce qui fait qu'on fait des bonds
dans des impulsions sodomites ?

Et d'un doigt l'attrait péremptoire
où — présidant la République —
on oublie comme au réfectoire,
indéfini le vieux schmilblick...

Ô Jupiter, en tes cieux bleus
comme un Dollar impressionné,
je vois sans issue ce qu'il pleut
de tes soins non-conventionnés.

L'eau coule et les pigeons roucoulent
un doigt tendu signe à l'azur
un chèque en blanc dont l'encre coule ;
aux droits la Gauche offre une usure.

Ébahissant les oliphants,
d'aucuns vont sonner l'hallali,
mais pourtant si l'on s'en défend,
pour moi le dessus c'est la lie.

La France a perdu sa musique
et tous ses chants de patriotes ;
elle a des barreaux amnésiques
en guise de bureaux de votes.

Elle a la chiasse aux papillons
qu'on lui cocarde sur les yeux,
la vérité d'un goupillon
dans un mensonge fallacieux.

mardi 13 juin 2017

Les alizés sénégalais (republication d'un texte de 2005)



Las, un jour, je me suis endormi,
Par une belle après-midi,
Sur le sable toujours chaud
Qui vient des déserts tropicaux.

Ceux-ci s'achèvent dans la mer,
A l'Ouest, la langue étrangère
De sables, investie par les vents,
Et rafraîchie par l'océan.

Las, un jour, je me suis endormi,
Par cette belle après-midi,
C'était je pense en Février,
Sur moi soufflaient les alizés.

Ces vents violents de l'Atlantique
Suivent la route spécifique
Des courants de haute mer,
Du commerce triangulaire.

Venus comme moi du Nord
Jusqu'à la plage de N'Gor,
Ils amortissent le soleil,
J'en fus l'enclume dans mon sommeil.

Leurs souffles froids presque irréels,
Travestissent les feux du ciel
Qui sans pitié dans ces contrées
Viennent brûler les peaux de lait.

Et lorsque l'on m'a réveillé,
Le Land Rover nous attendait,
Le corps bruni comme la nuit,
Mon cœur d'Afrique pour la vie.

samedi 3 juin 2017

Le troisième soleil






Blaise a parlé du « Grand Christ Rouge » à Moscou
Coulant comme un cierge à la cire encachetée
Comme un oiseau-lyre a des portées qu'on secoue
Comme un goulag a des barreaux encachottés.
Blaise a parlé du Transsibérien
Du « Roum-vroum-vroum »
Des bandits, des vauriens
De Lui, de moi, de nous, de rien
De ceux qu'on déporte
Et des battants de porte
Et de leurs entachés grooms
Des mélodies du rail et de la beauté des femmes
À laquelle il était attaché
Tel un obus l'était à quelque tranchée
(Sur son corps d'armée tatouée
La phrase du poète au doigt mise infâme
Au cœur de la glaise inavouée
Et cette main perdue
Par hasard, au gré d'une dérive éperdue).
Nous avons causé de sculpture...
On a devisé sur Rodin.
On a plaisanté sur Claudel.
Ah... L'homme et sa nature
On se camoufle d'elle
Afin de paraître anodin.
Blaise a prophétisé des soleils hémophiles
Une incartade insolite au creux des battants
— Qu'importe ? —
Une horloge alerte à la danse en mots file
une laine de vers dont je vais débattant
M'apporte
Un fil de discussion
Sommaire exécution...
Nous noterons donc, à la Table des matières
Un hiatus
Et les trois soleils de Fatima
La beauté des femmes musulmanes
Et l'étrangeté de ce que le rêve arrive à raconter.
J'effroi !
(Le ressenti de Jeanne...)
J'ai couché bien volontiers contre son corps adorable à Fatima...
Sa peau colorait la mienne.
Elle emplissait mon âme avec des lampées de désir
Avec des brocs de plaisir
Et ce contact inimitable
Ayant fait Dieu dans l'étable.
En couchant sur ces lignes
Un peu d’intuition
Ma peau parle un peu mieux de l'innocence
Et des soleils de Fatima
Que les pauvretés que l'absence
Habille avec les chiffons du coma.
Je suis venu dans un autre monde avant trois ans.
Le miel coulait comme une chevelure avec ses reflets changeants.
Sans aimer d'Elle mon anonymat
J'aimais sur moi sa folle quintessence.
Il fallait la voir !
Elle était ma large aînée — quelques mois...
Il fallait l'avoir
Ou se rendre
À notre tendre enfance où se définit le Grand Amour.
Ce n'est pas par hasard que Notre-Dame a choisi des enfants pour se déclarer...
D'ici, les enfants se sont fait mal à grandir.
Ils ont poussé comme des racines d''arbre dans les murs.
On se faufile, et faux-fil est pernicieux dans nos labyrinthes.
Un espoir à l'agonie rugit tel un fauve !
On minimise un minotaure ?
Eh bien, les fils arianistes en dérouleront l'écheveau vapeur
En brûleront des cas endoloris
Par l'apnée de notre imagination strangulée.
Je voudrais comprendre un peu mieux ce printemps 1917.
On y cultivait des charniers afin qu'y poussent un jour des coquelicots.
Le rouge est la couleur au mieux partagée
Par les draps, par les peaux
Par les drapeaux de la vieille Europe
Ignoble catin sénescente
Envoyant ses enfants à la mort afin de s'en repaître
Et de ruminer leurs cadavres à l'infini
Dans des cérémonies
Dans des sépultures innommables
Anonymes
Exécrables
Et des assassinats sous des calicots.
J'aimerais creuser le mystère inhérent à Fatima.
Le mystère inhérent à la femme qui m'aima.
Le mystère inclus dans le troisième soleil et dans sa danse
Un soleil protéiforme auquel mon Vincent, mon Van Gogh
Avait consacré l'une de ses prophéties.
Nous devrons mourir afin que vive une idée de l'Humanité.
L'Humanité
Ce Grand Mot de Jaurès
Et des sentiers que le granit affleure
Au fin fond des Aurès
On sait bien que rouge est la fleur
Au revers du veston du Messie.
Mais le « Grand Christ Rouge » assez cher à Blaise
A ses chairs à vif
Et ses tablettes à Drancy
Dans des boulettes de suif
Et des montagnes de glaise.
On sait bien que l'or est un symbole
Et que le Graal est un bol,
On sait que notre âme est remplie
Pour s'être un jour, un seul au moins senti vide
Et que tout moindre repli
N'est que le reflet de notre être en vrai moins qu'impavide.
Un troisième soleil ?
En fut-il déjà deux ?
La vérité n'est que géométrie que dessinent les mains du discours.
Une jeune Europe a su tuer sa mère...
Avec ses tâches de rousseur et ses traits maghrébins
Prêchée sans curé, sans imam et sans rabbin
J'aurais tendance à l'acquitter !
La France acquise encore à son passé
J'aurais tendance à la quitter !
Quant au troisième soleil de Fatima, quel est-il ?
On sent le souffle de la danse astrale à laquelle un peintre nous convia
Chanter l'incohérence et le chaos
Chanter la souffrance et l'écho
Chanter de nos empires un mieux des via
Déviant de ce qui mène à Rome
À ce colosse aux pieds d'argile
À nos fois pour le moins fragiles.
Un nouveau monde est à la porte
Effrayant quand on le voit au Judas
Mais qui sait vraiment qui l'emporte
Entre une rose un réséda ?
Si Fatima plutôt qu'au Portugal
Était le prénom d'un amante
Il me faudrait traiter d'égale
Une amoureuse fascinante.
Et c'est cela que le dernier soleil
a révélé dans sa merveille.

mercredi 31 mai 2017

Bruges (republication d'un texte de 2009)



J'abrège un peu, disant "j'ai Bruges
en mémoire, aux canaux gelés",
laissant figés ses bateaux-luges
attendant le premier janvier.
Et s'il fallait du vermifuge
pour les tirer encor du nez,
les souvenirs sont des transfuges
au bras d'amours abandonnées.

J'abroge un peu, disant "j'ébrèche
les vers que j'ai mis au service
des comblements de nos deux brèches
entre nos yeux, quoique ils les vissent...
Et s'il fallait qu'on soit moins rêches
à reprocher à l'un ses vices,
à l'autre sa passion trop fraîche,
sauvons l'or que les ans ravissent !

L'or d'un sourire à la volée,
deux mains serrées comme un refuge,
le diamant d'un baiser volé,
la phrase "après nous le déluge",
en quête d'arches de Noé,
une autre, "évitons les grabuges",
mais on finit le cœur blessé
sous les façades d'un froid Bruges.

samedi 20 mai 2017

La chanson du désir



Du cuivre obscur où glisse un geste à peine alacre,
on retient de ta nuque où frise ta coiffure,
impression miroitante, enroulement de nacre,
un coquillage offert aux gentilles griffures.

Enroulement de nacre, entortillant ta bouche
ornée du cramoisi d'une fraise écrasée
par tes baisers sans fard d'où cette langue accouche,
il chante ta beauté de désir irisée.

D'où cette langue accouche à ton sexe insoumise,
un peu comme à tes yeux mon regard assouvi,
fenêtre ouverte, azur pénétrant ma chemise
en reniflant ton buste aux courbes qui dévient.

Pénétrant ma chemise en forçant ses verrous
de tes doigts musicaux dont je suis à portée,
qui décompose à deux notre chair et vers où
tout nous porte à nous croire en des dieux importés.

Notre chaire est vers où sont posés sur tes hanches,
ainsi qu'en un plein-cintre autant de contreforts
arque-boutés sur toi, les flèches des dimanches
engraissés de matins mutins mais sans efforts.

L'Elf' lèche du dit manche, une sève nouvelle,
et l'éphélide — oiseau de l'aile de ton nez —
sifflote en reniflant de ce qu'on dénivelle
en ton chemin de dame, échec abandonné.

De ceux qu'on dénie vêle un ventre féminin,
et tes sourcils en sabre ont coupé le cordon
d'un monde où s'aliéner mène à finir en Un,
tandis qu'en deux, d'aimer nos corps sont d'heureux dons.

vendredi 5 mai 2017

L'Harmonie



C'est lorsque l'Art me nie que je retrouve un goût
certain pour l'Harmonie qui m'entoure en ces champs,
dans le bocage en fleur énorme, et tout à coup,
bien au sud de Barfleur, on y rêve en marchant.

Bien au nord de la Loire, un miroir hésitant
qui dormait comme un loir gît jusqu'au bout,
peuple de son image un grand vide existant,
de son fort allumage un feu froid dont je boue.

C'est l'envers d'un décor où sa robe en rideau
lève un secret du corps où mes vers échouèrent,
où mon verbe tatoue toutes ses courbes d'eau,
son courant n'a d'atout que sa fontaine où j'erre...

Or courir est inepte aux lucides cerveaux :
je ne sais quel adepte aurait pu de la chair
absorber les parties, digérer les morceaux,
sans qu'on ait départi ce qui m'est le plus cher !

J'ai gardé de sa cuisse une douceur austère
et de la soie qui bruisse un froissement subtil,
il me faut de tout bois faire un feu de ces stères
et de ce que je bois un élixir utile.

Il me faut partager sa beauté délétère
et vous faire engranger ses bruissements de cils,
il n'est de paille à l'œil autrement qu'en sa terre
et foin de blanche feuille : on n'écrit qu'ustensiles...

On n'écrit qu'en ayant mesuré qu'on en crève,
et que ces yeux brillants sur des champs d'asphodèles,
en fait ne divaguant qu'en rivages de rêves,
alimentent l'onguent des pensées infidèles.

On s'en masse, on s'amasse, on en rime sans trêve.
Elle ? Un nuage en masse a le ciel autour d'Elle.
Une vie souvent longue est alors pourtant brève,
et de la vague oblongue engloutit les ridelles.

jeudi 20 avril 2017

L'Odalisque



Sa chevelure est comme un drap
Couvrant son sein comme son bras

Chevelure en liquide airain
S'écoulant de la tête aux reins

Sa nudité s'est dévoilée
Sur ma rétine dévoyée

Sa peau m'est comme de la soie
Sapant le moindre amour de soi

La nature était son écrin
La parsemant de quelques crins

Mais son baiser tout aquatique
Est une liqueur hypnotique

Où femme est courbe et sur ta bouche
On lit de Courbet quelques touches

Toi, curviligne asymptotique
Issue d'un liquide amniotique

On te retrouve en chrysalide
En ton cocon des Invalides

Offre à ta toile d'araignée
Riche à ma rime où j'ai régné

L'image infinie de tes traits
Suscitant un terrible attrait

Mais sur ton sourire est gravée
Ma Torah d'une âme aggravée

mercredi 19 avril 2017

Melpomène



Du côté de l'œil gauche
On a du mal à caus' de la mèche
Et pourtant je lis l'espoir
Un espoir de journal révolutionnaire
Un désespoir amoureux
Le conflit de l'Idéal et du Spleen
Une verdure à la Verdurin
L'amour contenu comme un lavabo bouché
Vos cheveux sont les rideaux de l'écran qu'on veut découvrir
Une marque sous l'écran gauche
Une éphélide affirmée
Scelle affirmativement ma fascination pour vos traits
Sobres mais parfaits
Sombres mais éclatants
Célèbres avant que de peupler ma littérature
On dirait que vous m'avez anticipé...
Le fluide de ton regard est pur.
J'improvise, allons bon ! J'improvise un peu sur le dos de ta beauté
Vous m'avez laissé ce vieux cliché pour vous aimer
Cessez de vous plaindre : on ne se plaindrait pas même à vos pieds
Le sable de votre peau claire est la plage où se dissout la mer qui jaillit de vos yeux
Je m'y noie sans retenue
Puisqu'en ton île rien n'est nu
Puisque tes baisers sont séditieux
Puisque ma belle aveugle avance aux pieds nus sur des charbons ardents
De l'œil droit je sais l'espoir absolu
L'espoir aveuglé par les promesses abusives
Et le mal d'Amour inhérent aux perspectives cavalières
Il est l'œil éberlué des amazones exténuées
Cherchant l'orage au cœur des ciels arides
Et quelques rides au sein des jeunes dépressions
Les lettres organisées par tes lèvres sur ta bouche sans parler
Recouvrent l'alphabet de mon écriture et me permettent une folie
Je voudrais t'avoir sculptée de mes propres mains pour être assuré que tu n'es pas un mirage

Et te toucher pour savoir que tu existes.

mardi 11 avril 2017

Descendre




Grandir et se chercher
Chercher à se trouver
Ressembler à ses rêves
Et se chercher sans trêve
Adolescent
Adulescent
Grandir en renaissant
Loin de ce qu'on pressent,
C'est bien ça l'âge adulte !
(Et qu'en moi tout insulte.)
On suicide un destin
On lui noue l'intestin
Si l'on coupe appétit
Si petit à petit
L'on détourne un désir
Émergeant du plaisir
Que ressent un enfant
Dans la voie qu'il défend ;
Le souci narcissique
Est un poison classique
À ces mains de parents
Strangulant l'inhérent.
Laissez les à leurs mues !
Tous ces ados émus :
Ce sera l'unique chemin vers l'âge adulte
— On trouve quelquefois des ratés de ce culte
Ils traînent leur post-adolescence attardée
Sur le verdict de ce mauvais lancer de dés
Mais leur vindicte est justifiée par cette suite
Inéluctable où tourne en rond leur faim de fuite.
Élever un enfant
C'est trouver comme on fend
la coquille de noix
pour ne pas qu'il se noie
la barque qui l'emporte
au loin de notre porte,
Et ne pas déverser
nos dépités versets
sur le germe naissant
d'un arbre florissant.

Ô ma progéniture
Oh, j'aime ta nature
Et ne ressemble pas
À ton hideux papa.

lundi 3 avril 2017

Les ports de pêche (republication de 2006)

Je sais une rue longue et terne,
Qui donna le nom d'un quartier,
Au dessus du port de pêche d'Audierne;
On l'appelle Poulgoazec d'un trait,
Comme un nom de caserne
Qu'on pourrait oublier.
Du temps des grandes pêches on comptait
Plus de deux cents bars, c'était hier...
Chaque commerce, en fait, tenait
Buvette et cafetière,
Les marins venaient s'y saouler,
Racontant leurs fortunes de mer.
Les filles de joie traînaient,
La coiffe en bataille,
Et les femelles mariées guettaient
Leurs hommes au portail,
La brouette pour les ramener
En ivresse au bercail.
Et le célibataire, la racaille,
Allait dans sa galtouze de sel,
Jaunie de marées en pagaille,
Remuer le ventre de celle
Qui l'attendait sur la paille,
Leurs sabots pêle-mêle...
Et les nuits s'enlisaient parallèles
A ces aubes laborieuses,
Où les démons de l'enfer éternel
Et du stupre des nuits sulfureuses,
Ramendaient, comme l'on fait des dentelles,
Leurs filets d'une main méticuleuse.
Et des perches se dressaient majestueuses,
Sur les bords de ces vieux gréements,
Armes dociles et affectueuses,
Qui de ces thoniers étaient l'armement,
Pour prélever en ces mers poissonneuses
La rançon des colères du vent.
Puis venait alors le moment
De prendre la mer en grand nombre,
De chasser d'un revers de hauban,
Les heures de plaisir et leurs ombres,
Et les femmes reprenaient leur rang,
En ces ports qui ne sont plus que décombres.
Si ces mots, ce sont à moi qu'ils incombent,
Comme la vision d'une autre vie,
Ils nous reste tous des traces d'outre-tombe,
Dont on veut témoigner à tout prix,
Et dont les rimes pleuvent comme des bombes,
Sur Brest re-détruit...

lundi 27 mars 2017

Le poète et la fleuriste (réécriture d'un texte de 2005)


Y'a un p'tit poète (y pèse pas bien lourd)
Dont le pauvre texte a rempli d'amour
Un furieux prétexte à passer les tours.
Y'a une p'tite fleuriste et belle com'le jour,
Avec un cœur triste à pleurer toujours ;
Elle est artiste et blessée dans sa tour.
Un jour le p'tit poète a rencontré la p'tite fleuriste,
Ils se sont souri, se sont pris la main puis se sont dit :
"Toi, le p'tit poète, remet dans mon cœur, un air fantaisiste !"
"Toi la p'tite fleuriste, remet donc des fleurs, dans ma poésie !"
Y'a un p'tit poète : il sait qu'elle existe,
Elle est bientôt prête et jolie fleuriste
(Or, c'est jour de fête alors qu'il insiste).