mardi 17 avril 2018

Au bord du Gange



Un jour on verra tomber le capitalisme
ainsi que le fruit mûr auquel on s'accrochait,
mais dont l'âcre amertume héritée du cynisme,
empoisonnait le Monde et sans freins l'empêchait.

L'empêchait de fleurir et de répandre à tous
un parfum de muguet datant des barricades
où tombaient les amants des fiancées qu'en douce
on courtisait sans fin, repoussant l'estocade.

L'estocade est venue, mais rien pourtant ne change :
ici Paris, Delhi, Moscou sans communisme,
on parierait la vie de Gandhi pour échange.

Échangeant le courage à ce pusillanisme,
on ourdirait le rêve en cendre au bord du Gange :
un jour on verra tomber le capitalisme

dimanche 15 avril 2018

Nejma



Là où chaque étoile brille, il y a ton regard
Et le planetarium où dans ta galaxie
nous tous on part en vrille, où les monts du Hoggar
ont courbé ton beau corps à mon anorexie.

M'affamant, ma femme en te composant ces vers
qui rongent mes refrains dans ton éclat de verre
et disent ma passion pour ta bouche infinie
dont le souffle épanoui fait mes morceaux réunis.

Kaléidoscopant mes sentiments pour toi,
j'ai pianoté l'éclat de ton sourire unique
et construit de tes mains ce qui me sert de toit.

J'ai gravé l'impression de ta beauté runique
au cœur de l'arbre mort où rien ne se nettoie
du premier rendez-vous virtuel — état clinique.

https://soundcloud.com/annaondu/nejma-1

vendredi 13 avril 2018

Casablanca (republication d'un texte de juillet 2006)



Le premier pied des vers d'escales africaines,
C'est à Casablanca que je l'avais posé.
Sur la terre d'Islam, aux musiques anciennes,
Casa, ville éternelle, et d'Ingrid et d'Humphrey...

Ben oui ! J'ai rendu mon hommage au grand Hôtel...
Je me suis fait Viktor entre deux, trois cocktails,
Je me suis fait Lazlo qu'on ramasse à l'appel,
Je me suis fait un jeu de la blanche et la belle.

Elle est belle comme Toi, tu sais, la Casa :
De ses profondeurs vertes et alizéennes,
De ses petits taxis passant comme ces gars,
Dans ces placards sont ces amants qui vont, qui viennent...

Et peu importent nos viandes et nos géhennes,
J'ai de Casa comme de Toi, sang dans les veines,
J'ai cette foi qui me rapproche et qui m'entraîne,
J'ai cette fois la conviction que rien ne gène.

Comme à Casa, ça fait quinze ans, quinze ans déjà...
Cette odeur violente sur le port de commerce,
Et ma jeunesse défaillante aux premiers pas
Sur cette Afrique en vie, sur cette Afrique inverse...

Je veux te parler de la corniche d'In Diap,
Et des balades nocturnes que rien ne rattrape,
De tous ses bas quartiers s'effilochant en grappe,
De la grande mosquée, leur farce de satrapes...

In Diap, c'est le quartier des fêtes de la nuit,
Des bars où l'on réinterprète Mahomet,
La riviera qui coule comme l'eau des pluies
Que les prophètes n'ont jamais su endiguer.

In Diap, c'est un restau', des coussins, des sofas,
Un ventre qui ressemble au tien, et des longs bras
Serpentins, ventre d'une femme comme Toi,
Et notre aurore à nos destins, Casablanca !

Tout danse dans ma tête, mon amour, ma loi,
Et la belle interprète orientale et sensuelle,
Tout danse dans ma tête quand je pense à Toi,
Et Casablanca comme à tes yeux rebelles.

Souviens-toi, quand je traversais la Médina !
Autre temps, autre siècle, en tenue de combat,
Marine incohérence en rêve de soldat,
En matelot de France aux temps du Pourquoi-pas.

Mon âme, dans ces rues sévères et étroites,
Croisant le peuple et les mouquères envoilées,
J'étais je crois, Corto serrant de sa main droite,
Quoiqu'un peu gauche, un temps de rêve évaporé...

Pas loin du cancer et des longues maladies,
Quand on s'approche des tropiques, mon amie,
Ce sont des vols que l'on suspend comme à l'envie,
Et des bémols aux partitions de notre vie.

J'aime énormément quand tu te déguises en fille !
J'aime tes jeux, tes joies et toutes ces broutilles,
La différence entre une femme et une ville ?
Quoi donc ? Casa et toi : Vos ventres sont fertiles.

mercredi 11 avril 2018

Tanka faire — un pour la soirée



C'est dans ce lavis
Que l'on découvre la vie
La nacre irisée
Que je bois dans ton regard
Et la brisée des écarts.

lundi 9 avril 2018

Vladivostok Station (Republication d'un texte de 2009)



Je viens vous lire
l'impénitente gare en station ouvrière,
des souvenirs hagards qui n'ont que fer d'hier,
chemins de cire,
des mots vidés, cédés à tant de passions rances,
qui n'ont de procédés qu'invectives qu'on lance...

Le train est entré en gare, sans voix, la dernière,
on embarque, et je jette un piano à la mer...
Il est fini le temps des rimes et des vers,
mes mots voyageront vers d'autres univers.

C'est joli !
      Je jouerai plus à la dînette,
                                         c'est promis !
N'est-ce que pour les autres fêtes...
                                             Et maudit,
je retourne à la tempête,
           je retourne mes chaussettes,
j'ai leur boule et mes boulettes
              qui me font tourner la tête,
                                                 c'est fini !
                ça ressemble à la retraite
                                                 de Russie,
                         la Bérézina s'entête,
                                                  elle aussi,
                à couler froide et seulette,
                                                    Cybérie...

Certaines phrases sont des caveaux pour nos âmes,
des caniveaux où coulent des rancoeurs débiles,
où s'accumulent les divorces et les drames,
rangés dans le sarcophage de Tchernobyl.

Ne compare-t-on pas et la plume, et l'épée ?
N'en saigné-je pas pour les deux d'un même fil ?
Dans un train Pullman, Lili Brik est arrivée...
Et d'autres chemins où les traverses défilent...
Ses yeux n'ont pas vertiginosité de jade,
Mais ses cheveux me font une écharpe à mon cou.
Et notre éloignement, et notre désirade,
Hurle comme les trains qui roulent vers Bakou.

Vladivostok Station.
Où les brides de main n'ont que verge pour frein.
Où toutes les petites Jehanne s'oublient,
où leurs langues avides n'ont que mal pour faim,
n'enseigné-je pas quelque intime biologie ?
Vladivostok Station.
Où résonnent ces cris dont on sait le refrain.
Où s'emballent souvent les chevaux du désir,
pour cent bals, quelque rouble, art factotum aux fins
de trouver les moyens de s'offrir du plaisir...

Si les ports sont des villes de ponts, aux deux mers,
se raccordent les corps qu'on fantasme à l'envi,
si saint Jean, bon apôtre, a la tête à l'envers,
que donc penser alors de l'état de son vit ?
La douceur océane est entrée par mes pores,
et sa langue diaphane a tourné pour sept fois,
dans ma bouche embaumée par l'odeur de son corps,
les mots en beaux mets qu'elle dévore en moi.

« Je te veux,
       je te tiens,
               te possède,
                       t'engloutis..
Fais un voeu !
Sois chrétien !
      Pour qu'on cède,
                    mens aussi ! »

Les retenues
et les barrages
           du fleuve Amour,
sont contenus
tout contre nus,
compte tenu
de nos grands âges,
             jusqu'à ce jour...

Or, dans un rêve à la Bilal,
les femmes pièges se referment,
comme un flacon de penthotal
dont on a vu venir le terme.
Vladivostok en italique,
et ses Rome de vérités,
Cédant ensemble à la panique
Du fruit maudit d'Eve hérité.
Des Vatican un peu perdus
au delà des déserts gobés
par le grand train qu'on a tenu
sur les rails de Karymskoïe.
Sur les rails blancs de nos mariages,
où messe dite à reculons,
ressemble plus à un voyage
qu'aux défilés de ces wagons...

Alors sans cesse,
         Vladivostok
                 et sa station,
où tous se pressent,
un coeur en stock,
                 en gestation,
marque la fin
de nos errances
              et de nos raids
transcybériens,
où l'on avance
              en corde raide.

jeudi 5 avril 2018

Tanka du soir



Lorsqu'on accueillit
La fleur bleue de l'océan
Comme un gris bouilli
Dans l'herbier de nos romans
Nos plumiers jetèrent l'ancre.

An naon du



Aux sources de mes fabuleux hétéronymes
est un surnom breton qui là me colle aux basques :
« An naon du », c'est la faim noire ou la famine
offerte au plus avide, astreinte au plus fantasque.

Elle est le vrai symbole où chaque peuple en fuite
invente ailleurs un lot de tous ses nouveaux gènes,
Irlande imaginaire et l'Amérique ensuite
— exploitation par le colon de l'indigène.

Et chaque esclave a l’appétit comme un tatouage
à l'âme, infiniment marqué des fers brûlant
dont ses enfants paieront l'incontinent naufrage.

Un appétit de Vérité — métal hurlant
dans le creuset de ce moderne moyen-âge —
existe encore et pousse aussi les non-violents.

mercredi 4 avril 2018

Célinisme


Le voyage au bout de la nuit, c'est aller chercher au bout de la veille un peu de ce que le réel autorise au rêve.

À propos du dérèglement de tous les sens



À propos du dérèglement de tous les sens,
on citera l'étroit passage entre la mort
et la perte absolue des notions de conscience,
avec laquelle on lutte au final et d'abord.

On citera l'excitation de tous les nerfs
et sa corolle hallucinée que l'on effleure
en stimulant du doigt nos belles coronaires,
et qu'en nos poings tendus nous avions renifleur.

Ainsi soit-il, on doit de fait se transformer
depuis notre naissance, avant notre décès,
depuis janvier, jusqu'en décembre, et s'aimer.

C'est mai dans la métamorphose et ses essais,
dans les printemps ratés mais pourtant sublimés
de la Jeunesse étrange étranglant ce qu'on sait.

lundi 2 avril 2018

Aphorisme très tardif...

La Poésie n'est un Art libre en soi qu'à partir du moment crucial où l'on décide incidemment d'oublier de l'appeler ainsi.

jeudi 29 mars 2018

Échos

La mort et son creux écho des descendances, est le toboggan nataliste où s'oublient les nombres éhontés des indigences expressionnistes.
Alors que Toi, je t'aime : un baiser soufflé sur la main, c'est un millier d'années d'études sur un corps damné.
Soufflons fort !

mardi 27 mars 2018

"Ce qui rend contre" — extrait


"La machine de mon corps est un rouage usé par tous les suremplois dont j'ai défié les règles."

D'Arthur Rimbaud à la jeune Camille Claudel

samedi 24 mars 2018

Aphorisme existentiel


La nature de poète est propre à de nombreux enfants, mais la presque intégralité la perdent en grandissant.

Le moi de Mai laid — Republication de mai 2007

Début mai 2007, dès le soir de son élection, la pluie s'abattit deux mois durant sur mon Finistère. Il ne m'en fallut pas moins pour écrire un poème pamphlétaire absolument révolté que voici. Le futur antérieur actuel aurait pour idée de me donner raison quant à l'ignominie présumée du personnage.


Je ne me souviens pas, oh non, de Mai plus triste
Qui ait perdu son charme d'antan, ses musiques,
Sous les vagues de larmes de pluies sarkozistes,
Et l'absence, au-delà, d'un soleil aphasique.

Or, quand moi, de mêlées amoureuses fictives,
Je me suis bercé debout de mes deux illusions,
Je n'ai joint qu'en deux bouts ces calendes rétives
Que le mois de Mai laid laisse à la désillusion.

On le dit mois d'amour aux premières chaleurs,
Mais des juments sans guide ont montré la cadence
A des rideaux rigides de pluies antérieures
Moisissant tous ses jours d'exhalaisons rances.

Alors, faut-il ranger le joli mois de Mai
Sur les rayons fangeux des passés embourbés,
Ou plutôt jouer franc-jeu, faire ce qu'il nous plait,
Sans ces « Je » sans danger des printemps avortés ?

Le Mai laid, c'est foutu, reste Juin pour renaître,
Pour mûrir, un été, comme les blés tardifs,
Comme ces treilles-clefs accrochées aux fenêtres,
Dont les raisins font jus de bons vins laxatifs.

lundi 19 mars 2018

Tanka du soir



L'encrier des nues
Qui de pluies mouille mes terres
Affirme un modèle
Aux syllabes ingénues
Que je lance dans l'éther.

dimanche 18 mars 2018

Vitruve




Longtemps, j'ai défriché des broussailles nerveuses
et restauré le meuble objet de vos cerveaux,
dont les bleues propensions aux dérives rêveuses
ont quitté les hauts quais démarrés par niveaux.

Mais si l'heure est venue d'oublier les amers
et les points de repère où l'on fixait son cap,
il me faut louvoyer à l'exemple d'Homère,
auprès des odyssées farcies de handicaps.

Il me faut squeletter l'image de la Mort
et réorganiser celle aussi de la Vie,
sans souci ni des voix, ni d'eux, ni des remords.

Il me faut composer un hymne assez déconfit
pour passer pâle, enfin pour passer en dehors
ainsi du cercle inscrit d'un sourire ébahi.

https://soundcloud.com/annaondu/vitruve



mercredi 14 mars 2018

En nos nuits quotidiennes




C'est le tapis violent de nos projets déchus,
qui nous conduit tout rouge aux accès indécents
de colères rentrées et d'idées moustachues
qui nous barbent, fleuries de remords incessants.

C'est l'idée de la mort où s'enferme la vie
trop souvent balbutiante à l'aurore avortée,
qui supplante en un sens ce qu'on peut à l'envi,
désirer de meilleur en n'étant pas tenté.

Nous nous perdons sans cesse en de faux labyrinthes,
où la passion s'estompe et se perdent les dons,
nous figeons dans la cire où le talent s'éreinte
un meilleur de nous, même en demandant pardon.

Nous sommes des vagabonds aux mains du destin
dont l'amour à ce point sommaire est un mirage,
et dont le grand désert en forme d'intestin
sans cesse nous digère et nous renvoie notre âge.

Alors, inlassablement battus par les ans,
les écueils aiguisés de nos cœurs endurcis
tranchent de l'art brutal aux ciseaux méprisants
de la rancœur adulte et des rêves rancis.

Pourtant, si tu tailles profond, l'ami sculpteur
qui fraise de tes mots nos ego d'obsidienne,
il t'adviendra peut-être en tapant par erreur,
d'écorcher un soleil en nos nuits quotidiennes.

https://soundcloud.com/annaondu/en-nos-nuits-quotidiennes

samedi 10 mars 2018

120 BPM




S'il en faut cent-vingt par minute
et que du cœur un battement
n'est qu'écho d'amours que vous n'eûtes,
alors dites-moi qui nous ment.

Dites-moi le vrai qui du faux
triera l'ivraie du mauvais grain,
qui dira — comme on porte à faux —
la vérité des grands chagrins.

Dites-moi la raison de vivre
et l'absurdité du désir
absolu dont l'eau nous enivre.

À chaque marée de plaisir
on croit qu'un instant nous délivre,
or un instinct vient nous saisir.

https://soundcloud.com/annaondu/120-bpm

vendredi 9 mars 2018

Le cœur des ténèbres




Nous pataugeons dans le chaos
de notre empire en décadence,
et les prémices du K-O
décorés d'odieux pas de danse,
ont les relents des vents macabres
auxquels un pendu se balance,
auxquels un étalon se cabre,
au mètre, à l'or et leurs silences.

Il n'est plus temps pour les palabres,
il n'est plus l'heure aux componctions :
si le cou plie de coups de sabre,
on se dira l'extrême-onction,
mais le moment des jeux funèbres
est encor loin des injonctions
me guidant au cœur des ténèbres
et mon poème à l'extorsion.

Car comment devenir célèbre
en soutirant à vos pâleurs
un sang d'égratignure en zèbre
et coulant d'encre au premier pleur ?
On dit que l'on porta très haut
ce que Vaudou disait des fleurs,
et que poussant dans son préau

mardi 6 mars 2018

La gravité quantique à boucle




Nous croyons voir le temps passer
tandis qu'on passe avec le temps,
que la croyance à dépasser
c'est d'être au cœur de l'existant ;
nous nous berçons de l'illusion
selon laquelle un ordre existe,
où nos futurs à profusion
face aux passés présents résistent.

En pensant mesurer les heures,
on observait changer les choses,
alors qu'en fait d'analyseur
il faut admettre — on le suppose —
une autre entrée dans nos secondes,
où ce sont nos évolutions,
nos changements, nos mues fécondes
accouchant de leurs solutions.

Ce n'est pas le temps qui nous fait :
c'est nous qui fabriquons le temps,
et ce qu'on croit de ses effets
n'est qu'un reflet déconcertant
de mouvements, d'interactions
de la matière en quantité
qui constitue par effraction
la boucle à notre gravité.

dimanche 4 mars 2018

Honte



Et nous nous complaisons
dans notre déraison,
car nous stabylotons
rouge un odieux téléthon
vers les disparitions
des moindres émotions...

Quelle honte !

Un monde aussi pourri
des puissants qu'il nourrit,
peut-il encor donner
l'abscisse et l'ordonnée
des lois, de la morale
aux miséreux qui râlent ?

Honte à vous !

Rejetons de l'échec
assourdis par les chèques
en blanc des œufs cassés
sur l'or dédicacé
de vos comptoirs de banques
où l'impair passe et manque.

Honte à vous !

Financiers indigestes
éliminant d'un geste
un Tiers-Monde éreinté,
deux Tiers-Monde exploités,
l'humaine condition
dans vos compromissions...

Quelle honte !

Ôtons à ces saigneurs
en étant bons cogneurs,
un peu de l'arrogance
et de la suffisance
où ces gens se repaissent
au sang d'la foule épaisse.


mardi 27 février 2018

Étrangère




L'amour absolu n'existerait qu'en dehors
de la carapace exiguë de nos frontières,
et l'ailleurs aurait le goût d'un quelconque Tiers-
Monde incongru dont les baisers vaudraient de l'or ?

En Russie s'ils sont bons, ma salive et mon encre
ont trop peu de réserve à les nourrir d'espoir,
à moins qu'un jour, entre le fromage et la poire,
on serve ce dessert en oubliant ses chancres.

En Amérique, à perdre mon latin, je cherche
en vain l'écho Nord-Sud incontinent qui coule
à la façon d'un Titanic où l'on roucoule
une passion morbide et qui nous tend la perche.

En Afrique aussi, mes poursuites rimbaldiennes
hériteraient d'une abyssine aux yeux de chat,
tandis que le Négus aurait pour mon rachat
la belle jambe amputée d'un vers, saoudienne ?

En religion comme en amour, il faut mentir
et s'inventer de nouveaux horizons possibles,
afin que ceux perdus, que l'on avait pour cibles,
existassent encore à la fin du partir.

Aux chinoiseries que je laisserai là-bas,
mon Amour — où que tu sois — je me dévouerai
pour imaginer les mots qui te décriraient
sans l'artifice indicible où je me débats.

Suffirait-il d'échoir aux nationalités
pour oublier que notre rencontre est future ?
Et que si tout reste et que pourtant rien ne dure,
un paradoxe est le miroir de ta beauté ?

L'amour absolu — ce prétexte littéraire —
est un pourvoyeur de chemins à parcourir,
or, si tant est qu'on veuille un jour en discourir,
un prétexte est un moyen dispensé d'horaires.

Alors, il me reste évidemment tes yeux verts
à dépeindre avec un sirop de mon cerveau
fertile, avec un peu de ce qui équivaut
sans doute, à la gouache exclusive de mes vers.

lundi 26 février 2018

Et un second tanka pour la route !



Sur l'or en passant
Comme une main sur l'échine
Adoucie de pluies,
J'ai laissé l'eau m'envahir
Et ce bleu d'encre de Chine.

Nouveau tanka (ça f'sait longtemps !)



C'est la main de Dieu
Posant ses doigts rayonnant
D'un filtre aérien
Sur le rivage insidieux
Qu'elle couvrira d'un rien.

dimanche 25 février 2018

Suprême ombre, suprême aurore


...Du reste, ce qu'on appelle beaucoup trop durement, dans de certains cas, l'ingratitude des enfants, n'est pas toujours une chose aussi reprochable qu'on le croit. C'est l'ingratitude de la nature. La nature, nous l'avons dit ailleurs, «regarde devant elle». La nature divise les êtres vivants en arrivants et en partants. Les partants sont tournés vers l'ombre, les arrivants vers la lumière. De là un écart qui, du côté des vieux, est fatal, et, du côté des jeunes, involontaire. Cet écart, d'abord insensible, s'accroît lentement comme toute séparation de branches. Les rameaux, sans se détacher du tronc, s'en éloignent. Ce n'est pas leur faute. La jeunesse va où est la joie, aux fêtes, aux vives clartés, aux amours. La vieillesse va à la fin. On ne se perd pas de vue, mais il n'y a plus d'étreinte. Les jeunes gens sentent le refroidissement de la vie; les vieillards celui de la tombe. N'accusons pas ces pauvres enfants.

Victor Hugo, "Les misérables", Livre neuvième - Chapitre I - Extrait final