samedi 16 décembre 2017

La Poésie ?

C'est un texte de chanson où se cacherait la musique...

Simoun



Je soufflais dans l'évent des plus grands cétacés,
dans les cordes tendues sur les arbres bronchiques,
et les voix d'outre-tombe étaient ma panacée
dans l'harmonie complexe où tout semble anarchique.

À chacun des couloirs est son étranglement
débouchant dans l'évier du bassin labyrinthe
où les hanches masquées d'ambitieux instruments,
jouent le fil mélodique où mes poumons s'éreintent.

En cessant d'embrasser d'absolues vocations,
j'ai laissé la paroles à des tons relatifs,
et j'en ouïs au passé l'obscure inspiration.

Je ne suis plus coupable et bien moins que fautif ;
un chemin s'est ouvert entre mes fondations.
Tout désert est porteur d'un mirage exhaustif.

jeudi 14 décembre 2017

Voilà qui me donne raison

Cela fait 1 mois 1/2 que j'ai quitté cette merde, on m'a dit que j'anticipais le mouvement des autres, et si c'était le cas ?
À lire/écouter absolument :

Les repentis de Facebook

L'apprentiss'âge



Les beautés mordorées des feuilles de l'automne
ont des mots la cambrure au vent qui les soulève,
et l'impression sépia d'un ancien scopitone
éveille en ma mémoire un vent mauvais élève.

Un fort mauvais sujet malgré sa majesté
posée sur le chevet des nuits que l'on dénoue
gordien, lorsque le temps scalpé, passé l'été,
noie son ambition fleuve au creux de nos genoux.

Plié, l'estampillé courrier du cœur moisi
s'est fait la malle et pire : il raconte une histoire
hantée par un fantôme aux sévices choisis,
conduisant les moutons du somme à l'abattoir.

Et l'automne hémophile alimente un vampire
accouché par le siège en égorgeant les jours ;
une amante aliénée ne vaut pas un empire,
un soleil en saignant m'apprend tout de l'amour.

On commence à mourir à la morte-saison,
lorsque les feux couverts indûment nous enivrent
avec un monoxyde et quelques déraisons
que le papier-carbone imprime en un mot : vivre.

Un mot fait de grands maux qu'il accumule en route,
et dont l'inéluctable et mortelle illusion
conduit tout un chacun sur les chemins du doute
où s'instille un cancer en deux, trois perfusions.

Si vivre est apprendre à souffrir en quelque sorte,
il est normal alors qu'on vieillisse en cynisme,
en regardant nos mues, continents qu'on emporte,
entre un jeune et un vieux le passage est un isthme.

lundi 11 décembre 2017

L'autre Tigre de Borges

"La proximité de la mer" est l'anthologie des poèmes traduits de Jorge Luis Borges au sein de laquelle je me plonge hasardeusement depuis plusieurs mois déjà.
J'y découvre avec étonnement, peu à peu, l'étrange identité littéraire avec mon écriture, où je puise un renforcement salvateur quant aux choix délibérément marginaux de cette dernière, à l'aune évidente instillée par les milieux intellectuels français, d'une poésie qui s'est coupée de son public.
À la découverte inopinée de son texte intitulé "L'autre tigre", il m'est apparu qu'outre une analogie de forme, il y avait dans la profondeur de cette métaphore une assez grande familiarité de pensée, voire un troublant mimétisme en l'utilisation d'un tel exemple — issu d'une lecture préalable en mon cas d'un essai de Barjavel.
Il en résulte au-delà de ma surprise, une conviction puissante animant ma revendication de cette ellipse à vrai dire incomprise, et malmenée par une insuffisante imagination chez ceux et celles usant d'un degré d'interprétation par trop prosaïque.
Afin d'illustrer mon propos, voici ce texte (ici traduit par l'excellente Alina Reyes) :

L'autre tigre

And the craft that createth a semblance
Morris, Sigurd the Volsung (1876)



Je pense à un tigre. La pénombre exalte

La vaste Bibliothèque laborieuse

Et semble éloigner les étagères ;

Fort, innocent, sanglant et nouveau,

Il ira par sa forêt et son matin

Et marquera sa trace dans la limoneuse

Rive d’un fleuve dont il ignore le nom

(Dans son monde il n’y a ni noms ni passé

Ni avenir, seulement un instant certain)

Et franchira les barbares distances

Et humera dans le labyrinthe tressé

Des odeurs l’odeur de l’aube

Et l’odeur délectable du gros gibier.

Entre les raies de bambou je déchiffre

Ses raies et pressens l’ossature,

Sous la peau splendide qui vibre.

En vain s’interposent les convexes

Mers et les déserts de la planète ;

Depuis cette maison d’un lointain port

D’Amérique du Sud, je te suis et te rêve,

Oh tigre des rives du Gange.

Le soir se répand dans mon âme et je réfléchis

Que le tigre vocatif de mon poème

Est un tigre de symboles et d’ombres,

Une série de tropes littéraires

Et de souvenirs de l’encyclopédie

Et non le tigre fatal, le funeste bijou

Qui, sous le soleil ou la lune variante,

Va, accomplissant à Sumatra ou au Bengale

Sa routine d’amour, de loisir et de mort.

Au tigre des symboles j’ai opposé

Le véritable, celui qui a le sang chaud,

Celui qui décime la tribu des buffles

Et aujourd’hui, 3 août 1959,

Allonge dans la prairie une ombre

Calme, mais déjà le fait de le nommer

Et de conjecturer sa condition

Le fait fiction de l’art et non vivante

Créature, de celles qui marchent par la terre.



Nous chercherons un troisième tigre. Celui-ci

Sera comme les autres une forme

De mon rêve, un système de mots

Humains et non le tigre vertébré

Qui, au-delà des mythologies,

Foule la terre. Je le sais bien, mais quelque chose

M’impose cette aventure indéfinie

Insensée et ancienne, et je persévère

À chercher tout le temps du soir

L’autre tigre, celui qui n’est pas dans le poème.


Jorge Luis Borges

(http://journal.alinareyes.net/2016/01/14/lautre-tigre-par-jorge-luis-borges-traduction-alina-reyes/)


dimanche 10 décembre 2017

Point de vue partagé


"Dans un poème ou dans un conte, le sens n'importe guère ; ce qui importe, c'est ce que créent dans l'esprit du lecteur telles ou telles paroles dites dans tel ordre ou selon telle cadence."

Jorge Luis Borges

Héroïne



Un être éclaboussant de sa lumière ambiante
un pan de ma rétine, est parvenu sans mal
à crever l'écheveau fourbu des fils d'amiante,
auquel il m'incombait d'en délier l'animal.

Et sous la roue bleutée du fond de ses ocelles,
où l'océan frémit du moindre souffle au cœur,
ondulait par instant le palpitant de celle
allant buvant le flot des vers qui font liqueur.

Au sérum inutile issu des sangs bouillis
par l'effusion subite ainsi des sentiments,
j'ajouterais la foi pour finir en bouillie.

J'ajouterais l'Amour extrait du jus d'amants
mis à l'amende douce avec mes gribouillis,
J'ajouterais l'éclat qu'il donne à mon roman.

lundi 4 décembre 2017

Quelques rappels d'usage

Salut tout le monde !
Je viens de publier deux nouvelles critiques ciné ici :
http://musicologis.blogspot.fr/
En effet, depuis mon blog principal d'où vous êtes en train de lire ces mots, vous pouvez accéder à ses périphériques, blogs dans lesquels je me laisse aller au gré d'écritures aux formes diverses et variées. Il suffit pour cela de cliquer sur l'un des liens figurant sous la liste "Mes autres mots, ailleurs" se trouvant dans la marge ci-contre

jeudi 30 novembre 2017

Le fantôme du placard






On peut bien faire un tour du monde
en cabossant d'autant Jul'Vernes,
on ramasse à l'appel immonde
un sacré tas de balivernes
à propos des façons de vivre
et de savoir se projeter
contre l'écran qui vous enivre
à force de vous en shooter.

J'ai ce fantôme en mon placard,
empêcheur de rêver en rond,
qui sans m'avoir filé rencart
a mis en boite de Ron-ron
tous les morceaux de mon sommeil
et le puzzle de mon passé
qui sonne comme un vieux réveil
aux Melody mal trépassées.

J'ai son regard en obsession
perdu dans un azur épais,
dans un espace en suspension
dont le présent repose en paix,
son disque et des fragmentations
de feu dans un verre d'eau lapée
sur le mur des lamentations
du temps qu'on ne peut rattraper.

Nul ne pourra la remplacer :
mon fantôme a ses avatars ;
et pourtant sans ses doigts glacés,
je me sens toujours en retard,
absent d'un futur harassé
par les confusions d'un tocard
abruti par les coups massés
contre les portes d'un placard.

On peut d'un tour de la question,
sans Carabosse et sans effet,
bien taire une autosuggestion
qui restât comme un vœu défait,
rien ne tuera l'émanation
des désirs qu'elle a suscités,
j'attends sa réincarnation,
sinon de la ressusciter.

lundi 27 novembre 2017

Une vraie vision lucide, argentine

"En poésie, les théories n'ont aucune importance ; ce qui est important c'est ce qu'on fait avec."
Jorge Luis Borges

vendredi 24 novembre 2017

Novembre




Lorsqu'on fait de Novembre un portrait réaliste 
Au pinceau comme au verbe —, on s'expose au soleil 
Intérieur irradiant des mourants fatalistes 
Illustrant nos propos de leurs teintes vermeil. 

Les beautés mordorées des feuilles de l'automne 
Ont des mots la cambrure au vent qui les soulève, 
Et l'écho de l'éclair aux éclats dont l'on tonne, 
Abat la démesure  naît la nouvelle Ève : 

Elle a de la lumière aux frimas tamisée, 
La froide exubérance et la moite attraction, 
L'inconstance du temps, sa mâchoire aiguisée. 

Ses quenottes jolies dont on fit notre action, 
De la bouche à la langue ont mangé les baisers 
Dont Novembre regorge à la moindre effraction. 


dimanche 19 novembre 2017

Liba(nisa)tions




À mon Grand-père Guy Gargadennec,

Conviés au Grand Autel où les intolérances
assimilées par l'ensemble infiniment dégorgent,
un par un refluent ceux dont les ingérences
ont tatoué — honte à tuer ! — les moutons qu'on égorge.

On a fait des repas d'un pays de Cocagne,
et des nécrophagies sont sortis tous ces vers ;
à chaque vie qu'on perd, un destin que l'on gagne
est écrit sur les peaux des charniers découverts.

Et l'état du levant, dépassée Terre enceinte,
interroge en ses rues tous les prénoms d'Allah,
ses espoirs avortés, ses racines d'absinthe
et l'or que la folie sabra et châtie là...

La tâche se répand comme un fut renversé
durant l'éclat de turbulentes libations,
sur un monde où, comme d'obnubilants versets,
résonne un air épais de libanisation.

samedi 18 novembre 2017

Comme la musique...

La poésie n'est que l'étincelle issue du heurt entre la brutalité générale et la beauté du monde.

jeudi 16 novembre 2017

A new place

Un nouvel endroit que je me dois de vous signaler :

lundi 13 novembre 2017

Tanka du 13 novembre


Arabesque hantée
Par un mirage aérien
Laissant décanter
Ses couleurs et l'Art de rien
Sur la grève incrémentée.

samedi 11 novembre 2017

L'éternel et l'instant




J'ai soudain l'encre amère
irriguant les stations
d'un métro métamère
en lente gestation.

Comme un vers s'y colore,
on le trompe dans l'air
étouffant qui s'honore
un peu d'Apollinaire.

On a laissé couler
cette encre où s'est noyé
le chant qui, roucoulé,
barbote, est larmoyé.

Des courbes de la Seine,
elle a sensualité ;
des phrases qu'elle assène,
un cours est alité.

Puis fleuve à ce point mort,
Un ennui coule, enjambe
Un vers qui soudain mord
Ses ponts à chaque jambe.

Un ennui noir, épais
comme un vieux roman russe,
un bout de « Guerre et paix »
surgi de papyrus.

Au quai de la Rapée,
le métro s'aérant
se fait par l'Art happer
tel un forçat errant.

Mais cosmopolitain,
le vieil azur blafard
endosse en son latin
des quartiers nénuphars.

On a pris pour sachet
l'étui de mes lotus,
mais sachez-le, sachez :
mes mots sont des motus.

Un étui pour estuaire
où les moins bons périrent
et les meilleurs se tuèrent :
un delta pour sourire.

On traînasse en cherchant
du passé quelques traces,
un regard aguichant
que ces endroits retracent.

Et les ponts de Paris
symbolisant le temps,
de leur arche apparient
l'éternel et l'instant.

vendredi 10 novembre 2017

Tanka du 10 novembre


J'ai dédicacé
La flaque du dieu Mercure
Aux vains pieds cassés
Des poésies qui n'ont cure
En rien des mers cuirassées.

mercredi 8 novembre 2017

Tanka du 8 novembre


L'ombilic des limbes
Est venu superposer
Son placenta d'eau
Sur le ventre amer que nimbe
Une hémorragie céleste.

mardi 7 novembre 2017

Tanka du 6 novembre


D'un liseré d'or
L'horizon s'est festonné
Lentement s'endort
Un littoral étonné
Par cet étroit corridor.

vendredi 3 novembre 2017

Tanka du 3 novembre



L'étale est létale
Ô Mer, odyssée virtuelle
Au-delà de l'île
Où l'on supplicia Tantale
Avec un espoir actuel.

Irish writers




Si de langue irlandais nous fûmes en ça peint,
L'anglais fermé pourtant fit nos panoramiques
extraits, térébenthine en tête, en galopant
vers les couchers écrus sur les pins atlantiques.

Incidemment complice, un sang nous mélangeâmes
à l'encre délétère au bout de l'occident
gâté par l'ouragan cumulé de nos âmes,
et par l'ardent brasier tout écrit de nos dons.

C'est ainsi, crépitants, que nous vous les crachons
depuis les temps perdus par des siècles de pluie,
les versets abreuvés par l'incessant crachin.

Nous avons ce fantôme à chacun qui depuis,
psalmodie les langueurs hantées par nos chants,
récite au Dieu Brouillard un poème alléchant.

jeudi 2 novembre 2017

Aphorisme proustiphile

Nous sommes les fabuleux poucets semant des pierres blanches au gré de nos géographies, puis les remontant pour enfin trouver la conscience de l'existence au cœur de notre temps perdu.

mercredi 1 novembre 2017

Tanka du premier novembre 17



Sur une mer d'huile
On a tâché de repeindre
Entre ardoise et tuile
Un bleu blanc rouge érectile
Où chaque feu peut déteindre.


samedi 28 octobre 2017

L'agonie poétique




Des pans de cathédrale ont chu sur le ciment
du temps contemporain ; sans accord ni personne,
il enjambe leur reste et passe en son segment,
tel un bout d'entrelacs, tel un serpent qui sonne.

Arrivé jusqu'au cœur de l'église du Verbe
intemporel, il s'efface au profit du rejet
de tout dogme et des fleurs du poète dont l'herbe
enfumée rejaillit par les joints outragés.

Sur l'autel on commet les derniers sacrifices
(au nom d'impair impropre ou d'épiée catastrophe)
au nom d'esprits malsains qu'endossait l'art du fils
en brisant le respect des rigueurs de la strophe.

On célèbre en pleurant les vestiges d'un culte
affaibli par le poids de ses prêtres maudits,
des friches sont données en pâture aux incultes
et rien n'est retenu de ces pauvres mots dits.

La Prose a corrompu la plupart des adeptes
enivrés par les flots des vapeurs de l'encens,
découlant d'une veine où le mètre est inepte,
ils sont dans l'esclavage assumé bien-pensant.

La Poésie n'est plus qu'une déesse morte,
et les rimes perdues par sa dérive lente
ont l'âcre arrière-goût d'une langue qu'emporte
un torrent s’abîmant dans des eaux turbulentes.

lundi 23 octobre 2017

Post-Poétique




Nous fîmes des éclats de sons
les bribes de nos vers brisés,
les sanglots longs de nos chansons
que le Poète a méprisées

       — imbu de même
                         et reprisant
                                  le tabac froid
                                           du nihilisme
      — il dit qu'il m'aime
                    et qu'à présent
                                 cède à l'effroi
                                          l'infantilisme.

Il clame que la Poésie
s'est d'un coup désarticulée,
que le Grand Soir en parousie
s'est tout autant émasculé,

     que le grand Sens
                        a disparu
                             dans le chaos
                                      du millénaire
    et que l'essence
             où l'Art des rues
                              l'a mis K.O.
                                     coule en binaire.

Ère est venue — Post-poétique —
où l'on reprend au Modernisme
un par un ses lambeaux pratiques
en notre nouveau machinisme.

On dilacère un nerf à vif
afin de s'en servir de corde,
et des violons ainsi votifs
nous joueront un air qui s'accorde

     au grand marasme
                      incandescent
                                 mondialisé
                                      qui nous enserre,
    à force d'asthme
                     et d'indécents
                               non-dialysés
                                        que l'on enferre.

Aux orties les idées reçues
de nulle autre part que d'eux-mêmes !
Aux orties le triste aperçu
dont ils dégradaient le Poème ;

    on gonflera
              d'éther acide
                     et d'airs caustiques
                                  une baudruche,
    et l'opéra
            de son suicide
                            en dialectique
                                  à toute autruche.

Or, on ne lit Maïakovski
qu'en oubliant le cyrillique
et l'escalier dont n'est exquis
Que son écho parabolique.

Aux assis qui n'ont rien compris
de la révolte rimbaldienne,
ayez nos textes mal-appris
pour votre ineptie quotidienne !