jeudi 31 décembre 2009

Surnuméraire




Pour Enki Bilal, il y eut le trente-deux.
Et pour Hugo Pratt, il y eut le trente-quatre.
Laissons donc les dates de décembre s'ébattre
dans le satin froissé de noëls hasardeux...

Cela fait bien longtemps que le surnuméraire
de mes calendriers jivaro, gît friable,
au gré des flux du temps, des marées mariables
à l'autre jour qu'un an neuf, fut-il éphémère...

La vie commence avec l'éclatement textile
des fibres d'agenda et des fins de carnets,
des films sans le plastique – et de Marcel Carné.

L'année démarre un jour sans être bissextile,
l'année finit un soir, frottant parfois la lice,
leurs joutes sont baisers sur le miroir d'Alice.

mardi 29 décembre 2009

Autodafé





Nous étions véhéments sur nos claviers de rimes,
et de Yahvé aimants et faiseurs de miracles,
gravissant des degrés conduisant à l'abime
du mirage enfumé qui de nos gorges racle.

Nous mourrions brillamment, oublieux du présent
de nos statuts d'amants consacrés à nos vices,
portant l'odeur d'encens qui fleure du faisan,
et le parfum de sang des hyménées novices.

Nous fûmes du poète une grimace amère,
une marche obsolète à la boussole folle,
le reflet d'un miroir dans les yeux de nos mères...

Et s'il est tant à croire au bûcher où s'immole
un passé dépecé par le vinaigre, Homère,
laisse à mes vers lassés la chevelure molle.

dimanche 27 décembre 2009

Karakorum





Il montrait le sommet de son doigt cannibale,
grattant sur sa rétine une image entêtante,
lui qui s'était sommé comme on tire une balle,
d'accrocher la tétine à ses lèvres gerçantes.

Tant de bêtes tintaient des cantines ballantes,
gravissant ses degrés, ravissant mamelon,
que le ciel se teintait de nuances hurlantes,
prêtes à éclater du trop mûr d'un melon.

Puis le froid vint saisir la cohorte euphorique,
s'effilochant soudain sous des griffes fatales,
la laissant à gésir sur les pas amnésiques
du terrible dédain de cet autre Tantale.

Lorsqu'il parvint au fait de la montagne aimée,
il ne put constater qu'un vide à ses côtés,
il n'y eut point de fête au comble de l'acmé :
que d'ombres à tâter dans cette cécité !

Les enfants du paradis

samedi 19 décembre 2009

Le chien andalou

à mon Amour,

Elle aperçoit des cieux découpés à la lame
d'andalous chiens spécieux pissant dessus ces crimes,
que d'irrévérencieux matons de macadam,
transforment en essieux des roues où l'on s'escrime !

Des lames de rasoir, fendant l'air et le feu,
fandango dérisoire où la danse est le pire,
où toute implorescence est de paragrapheux,
le résumé d'essence où nos proses expirent...

Laissez le mouvement ! ne le menottez pas !
et si le mou me ment, ne me le notez pas !
Laissez moi seulement, ses bribes qui m'arrivent.

Tout Amour est un œuf, couvé par le hasard,
tout amant est un veuf à qui l'on dit « bizarre »,
tout avenir à neuf, et dis à la dérive...

dimanche 13 décembre 2009

Dix-neuvième





à mon Père et à Marie,

Il pourrait s'agir d'un arrondissement de Paris
celui, petit pauvre
qui fit des culbutes-Chaumont
au nord d'une Belleville
à l'est de Montmartre
à force de Sibylle
au temple enfermé dans un pentacle ésotérique
Bref
entre les seins de Paris
engorgé
engorgé comme son métro qui dégorge comme dégorge un cornichon
Corps
Nichons
entre les seins de Paris
cravaté par des apaches – heureux qui, communistes
depuis la place du colonel Fabien
ont fait un beau volage – et
étranglé d'offices notariaux
pour quelque héritage ou valeur immobilière
(l'immobile du crime)
cédant à d'autres la corde pour se pendre
station Danube bleu
valsant sur tant de places défaites
arrondissant les coings ou les pattes d'oie
sur le visage de la grande pute
Paris
Babylone
l'avant-dernier arrondissement avant l'achèvement de la forme
patinée
fuyant par le canal de l'Ourcq
sur lequel on patine par grands froids
uretère routière vers périphérique néphrétique
éreintée par le joug capital
des crises de surpopulation
émiette d'un petit trop poussé
les évocations d'une ceinture parisienne
chasteté
ventre rond
le dix-neuvième !
Non !
Je ne parlerai pas de Paris
ni de la station Magenta
ni de la beauté des Lilas
et de ses télégraphes
ou de ses télégrammes en gestation
ni de moi
– ce garçon un tantinet raseur a l'âme jetable –
ni de Badinguet qu'elle envoie valdinguer
quoique
c'est à cet endroit que se noue
à Magenta
– triste colorant d'empire
du pire, en vérité –
le nœud gordien du dix-neuvième :
un siècle fait de napoléons à saute-mouton
– où est le deux ? –
un siècle pétri de génies littéraires
un siècle pétri de génies picturaux, sculpturaux, récipiendaires,
le siècle de la musique – la musique ? – inventée
que nous offrit Mozart
mort trop jeune
essoufflé par son génie
comme tous ceux auxquels il le transmettra dans un siècle qui aurait du être le sien
le siècle dont je ne sais si nous ne nous sommes jamais relevés
français
tant sont de fantômes en châteaux aux murs dissociés
au mur des fédérés.

Je sais encor beaucoup d'enfants vivre aux cloches du romantisme
comme les parias d'un progrès subi à contre-cœur
et quelques communiants païens prêts à s'ouvrir le chœur
de cathédrales gothiques
et d'absides abstinentes
en confesse
fendues du trait de l'archer où l'art bat l'être
aux cloches de Notre-Dame
con fendu par l'extrait de notre pauvre lettre
écrite au vent des passantes de Baudelaire.
Je sais la débordante envie
de se propulser entre les notes de Chopin
de Liszt
entre les vers de Lamartine
entre les tomes des romans
qui d'Hugo furent sacrements
et des Dumas mystifications de Génies
entre des piles de poussières massives
molaires
mastication
entre les piliers d'un temple sale où mon
incantation
n'aperçoit nul écho....
Je me sens miraculé d'écrire au « vent mauvais », des bribes
de ce que fut ce siècle
évitant les diatribes
qui modèlent l'obsiècle
que des serfs cueillent anormaux
sur les trottoirs de nos marges.
Il se peut que tout commençât
par l'îlot du Grand Bé
et par mon grand recueillement
et par un coquillage bé
ouvert sur la voix d'un grand large
celle de Monsieur le littérateur de Saint-Malo
et de la campagne dinanaise
de Combourg
– quel nom con pour un bourg, non ? –
et les sermons de quelque abbé
Lamennais ?
De parler l'a mené à quoi ?
à la Chênaie
à deux pas de Dinan
– dont je tiens peut-être là le secret de mon magnétisme mystérieux –
Lamennais et son grand frère
congrégateur à Ploërmel
au petit séminaire de Pont-Croix
à la mission de Papeete...
Lamennais, l'ami de Liszt...
Moi ? De piano je reste coi !
Il m'aurait plu de m'être assis
auprès de Frédéric Chopin
ou bien auprès de Ferenc Liszt
pour creuser à deux l'âme humaine
ses résonances incertaines
ses accords et ses désaccords
ses dissonantes componctions
ces harmonies contemporaines
dont on a putréfié le corps.
Étrange communion.
La transsubstantation du corps et de l'âme des poètes
depuis l'îlot d'où dort paisiblement Chateaubriand
qui ouvrit avec Beethove
le chapitre infini du romantisme
et leur génie du christianisme
le pont en continuité du chemin tracé par Mozart et Rousseau
qu'emprunteraient les plus grands.

Le Dix-neuvième est donc un toboggan
Il ne suffit que de glisser pour le suivre
glisser sur des phrases et des mélodies
au coeur du mot "Liberté"
dégainé
rengainé
tel un opéra de Verdi
Nabucho-dinosaure clignant toujours de ses faux-cils
sur des révolutions manquées héritées de la folie napoléonienne
sur l'ébullition de peuples en campagnes
sur l'incroyable agitation gagnée par la terreur
sur l'autre, dit « des lumières »
et qui n'offrit à son fils que du clair-obscur
et beaucoup de rouge par-ci, par-là
du noir et du rouge
parfait résumé stendahlien
pour cette glissade qui se prolongea en mordant sur le vingtième
(la guerre de cent ans n'en dura pas moins cent-seize)
comme sur Belleville
jusqu'au charnier de la guerre de 14.
Le dix-neuvième siècle dura jusqu'au 11 Novembre 1918.
Le grand Ludwig en fut le prodigue chapitreur
un prodige précurseur
de ses harmonies que les latins jugeaient barbares
et le François René, brillant écho
au point qu'on se les représente à l'identique
cheveux battus par les vents
tête baissée
sous le poids qu'un jour on nommerait
SPLEEN
parce qu'il y eut un coup de Poe
dans le chemin de l'écriture
un vent venu du nouveau monde
traduit par un paria de la société de l'époque
et Keats aussi
mais Hölderlin, néamoins...
mais n'allons point trop vite !
Il y eut Victor Hugo
qui traversa son siècle comme une aiguille à passementerie
qui sut tout écrire
et en quantité
qui fut un odieux parlementaire en ses jeunes années
et finit comme héros populaire
qui fut tout ce que je déteste
probablement par admiration
qui synthétise un refus de lire
potentiellement par flemme
objectivement par vénération
que je serais curieux de rencontrer
une fois au paradis
ou en enfer
je ne sais pas où se retrouvent les auteurs
musiciens, baladins et autres auxquels on refusa si longtemps les cimetières chrétiens
peut-être parce qu'ils vendent leur âme au diable
Hein Goethe ?
Qu'en dites-vous, Toi et Schiller ?
depuis votre refuge de Weimar
d'où s'initia plus tard
après que Liszt en fut Kappel-Meister
la république la plus triste
– curieux d'y avoir fait découvrir Wagner ! –
qui accoucha d'un antéchrist
et fit le lit d'Adolf Hitler...
Et toi pauvre Schubert ?
Malade au Goethe-à-Goethe
que ne t'a-t-on trop oublié ?
Que de tâtons à rechercher
trente-et-un ans de partitions...
Il y eut Hugo comme ligne de conduite
et bien d'autres avec lui
ou contre lui
mais il y eut son œuvre
comme fil d'Ariane
et son amitié d'avec Liszt
l'enfant prodige
comme Mozart
torride héritier des modes de l'époque
dont on eut dit qu'il fut le seul centaure, au volant de son instrument à queue
faisant corps
comme on fait corps des femmes
et que ni l'un ni l'autre ne manquèrent de faire
Liszt, Hugo,
un poème mis en musique...
L'un mit sa vie en vers
l'autre en musique
et tous deux traversèrent
ce siècle mi-cynique
mi-pervers
dont il nous reste un vaste théâtre symphonique,
Berlioz, Wagner
Wagner qui doit tout à Liszt
jusqu'à sa fille Cosima
Bayreuth
par anticipation, c'est presque Beyrouth
une sorte de guerre absurde que l'on mène à soi-même
un conflit théâtral
car au bout du compte ? Comment qualifier le romantisme si ce n'est de
Théâtral ?
La bataille d'Hernani...
conflit théâtral sur le théâtre d'Hugo...
On mit donc ce siècle sur les rails de querelles d'esthètes
de l'art
comme on le mit sur d'identiques et absconses truelles politiques
– la « truelle » est ma définition du duel à trois
avec une caméra de Sergio Léone, une musique de Morricone
songeant qu'elles auraient pu parfaitement illustrer Garibaldi –,
royalistes, bonapartistes et républicains
sur des rails divergents
écartelant l'essieu de sa locomotive
et les fuligineuses révolutions industrielles
qui firent découvrir à Darwin
avant même les Galapagos
le secret de la sélection naturelle
auprès de petits papillons sur l'écorce du bouleau
boulot
esclavage moderne
filatures
mines
Jean Valjean – enfin, Monsieur Madeleine –
Germinal
non, trop tôt !
Hugo d'abord !
Les chroniques du dix-neuvième sont de fantastiques chroniques sociales
il s'y raconte nos mœurs au passé au présent et à l'avenir
à Hugo la cours des miracles
et son reflet de Villon
en Baudelaire
et qui sait ?
en Rimbaud ?
À Balzac le pesant présent qui ne nous est pas vraiment un passé
à Flaubert l'avenir de ce que nous sommes
et de nos bovarysmes incirconspects
à Musset, Nerval, un zeste d'intemporalité...
à Lamartine le son du corps
– qu'eussiez vous imaginé d'autre ? –
et au reste de ce siècle leurs enfants naturels !

Sainte-Beuve
un nom à s'inviter au grand alcoolisme initiatique !
et toujours, inévitablement, les interprétations de Franz Liszt
– tiens ! Je le dis en allemand ! –
qui veut comprendre ce numéro 19
doit percer le codex des compositions de Franz, François, Francis, Ferenc Liszt
qui veut saisir la pulpe de ce siècle
doit pénétrer l'énigme musicale de celui qui en fut la plus singulière incarnation !
Pour une seule et simple raison :
avant de parvenir à se vouloir hongrois
il fut européen !
Il les connut tous ou presque
Il eut les amours romantiques de Flaubert, de Musset, de tous
Il fut le grand ami de Berlioz
Il fut le grand ami de Von Bullow
Il fut le grand ami de Wagner
de tous ces littérateurs susnommés
et la participation du violon d'Ingres
Il fut l'alter-ego de Frédéric Chopin
et souffrit de sa mort phtisique
comme de celle de son fils
car il n'est pas de hasard : la vie vous donne un passeport
pour souffrir de perdre ceux qui ne l'ont pas.
Chopin
à ces deux syllabes
j'en sais qui sentent la chair de poule
sur les avant-bras découverts pour le piano
que serait la musique sans Chopin ?
Frédéric fut dans un sacrifice conscient de son art à l'humanité
dans une mission
le cœur et ses histoires n'ont que des anecdotes
l'Histoire, Elle, est remplie de son génie créateur en perpétuelle ébullition
Chopin commença à faire mourir le numéro 19
Et Liszt à le réanimer.
Là, tout devient plus flou...
surtout lorsque ce dernier rencontre Charles Baudelaire
et
décelant en lui le trait du génie
inonde les cours d'Europe de recommandations
peine perdue
Liszt
Ô Liszt
Baudelaire
que pouvais-tu faire, qui te croyais si puissant, Liszt ?
Chopin
Sais-tu qu'en anglais, « sable » se dit
Sand ?
Les femmes... les femmes omniprésentes
souvent manipulatrices
– petites Agrippine des salons où l'on crochète les dandies entre ses serres –
rarement créatrices
MAIS
Sand
comme comptant les secondes qui restent à vivre
et que ce dont Marceline déborde vale mort
ne changera que de leur première présence au sein d'un Parnasse en bousculade
qu'une vierge rouge achèvera de célébrer.


Ce siècle fut un mois de putréfaction
le monde ne ressemblait plus
quoiqu'il le veuille
à ces étés tout en faction
mais à des crépuscules
à des soleils à des seuils
quand tout à coup tant s'y bousculent
sans frein ni prépuce
sires concis, non
noblesses perdues dans les heurts de la veuve
semblables aux cranes des catacombes.
Dans leurs orbites vides
ils se sont enfin contemplés
et ont accouché de l'absolu :
je crois que le premier enfant fut Paul Verlaine...
Ce n'est pas facile !
non, d'être l'aîné
mais Mallarmé !
Bordel !
Je m'y noie
Voilà !
On a fait la crèche !
Et Jésus est né sous le pseudonyme d'ARTHUR Rimbaud
sous le souffle du boeuf et de l'âne
sous le souffle de Mallarmé et de Verlaine
Jean-Nicolas Arthur Rimbaud
le Messie de la littérature...
L'effondrement qu'il provoqua est équivalent à l'éruption du Krakatoa
La même année que ses parutions...
Ah ! La poésie était prospère mais rimée
Mérimée !
Brahms écrivait de la musique
Sublime
juste après Mendelssohn
juste après Schuman qui en était le premier supporter
juste après que Clara
haineuse envers Liszt
– parce qu'il représentait tout de sa faiblesse de femme
que par bonheur Mahler
sut illustrer d'harmonies définitives –
ait fini par le conduire à l'asile
douloureux prémices
car
Camille naissait sous le bras téléguidé de Rodin
et Rimbaud avait décidé de mourir en Afrique
parce qu'il avait la peur de ne rien pouvoir un jour écrire de plus beau
et qu'il cessa d'écrire comme on cesse de vouloir vivre
en attendant la guillotine d'un temps qui ne put jamais le juger.
Mais qui sut qu'à ses côtés
présidait un autre prophète de l'apocalypse littéraire
Ils n'eurent pu point se rencontrer
car ce dernier mourut à Paris
avant que le premier n'y parvienne
et ce dernier en forme de premier
calanché phtisique, lui aussi, probablement,
à vingt-quatre ans !
écrivit la chose la plus posthume que l'on puisse imaginer :
des chants en champs de proses et en inflation lyrique
comme nul engrais puisé à la sève putride des décompositions
n'en produira plus jamais...
Isidore Ducasse
pseudo-Compte de Lautréamont
vécu le temps d'une phalène.

Puis Hugo mourut
peu après Monsieur Offenbach
qui nous avait enchanté de grosses bouffes où la dérision prenait valeur d'abaque
à la mesure de la beauté
de ses contes que l'on ne sait inachevés
l'aiguille à passementerie cessa son canevas
Camille aima à tort
Rimbaud mourut un laid jour de sa propre négation
Verlaine ne s'en remit jamais
Tristan Corbière ne fut que sa confirmation
et les romanciers crurent que le naturalisme était la voie
et Zola eut de la voix !
mais pas de descendance littéraire
et le roman s'effondra
et la poésie aussi, malgré Laforgue
la littérature s'effondra comme un empire !
Comme un troisième empire !
Sur les murs tachés de sang de la Commune de Paris
à laquelle avait cru Rimbaud
Verlaine aussi
peut-être leur seule croyance
teintée du vert de la fée
Tout s'effondra
car le dix-neuvième est un château de cartes d'identité
où toutes sont imbriquées...
Dans leur drame
Mademoiselle Claudel et Monsieur Rodin continuèrent à sculpter
Octave Mirbeau oublia le poète qu'il aurait pu être, pour les critiquer
le petit frère écrivit
faisant semblant de ne pas oublier
le cataclysme rimbaldien
ni la bousculade baudelairienne sans laquelle il n'eut été qu'une vague
au lieu d'un Tsunami
Paul Claudel fut le témoin des morts
et des internés.
Il fut le témoin de ce mauvais passant
ce Mau-passant
qui aurait du bousculer la littérature de sa fin de siècle
cet écho de Poe mais en manque
et fut l'acteur de l'excursion à Ville-Evrard
curieux écho d'un jeu de paume à la façon de Villiers de l'Isle-Adam...
Ne m'en veuillez pas !
Paul Claudel est le croque-mort du dix-neuvième.
Il fit de sa sœur une victime expiatoire !
Et toute la littérature s'effondra
– probablement pas tout l'art
qui fit jonction
à coups de Debussy
à coups de pinceaux
Lautrec
Gaugin
Van Gogh
qui souffrirent et burent beaucoup afin d'y parvenir –
laissant le dénuement et ses questions auto-référentes
Jusqu'à ce qu'enfin
un seul les synthétisât
dans le portrait définitivement aboutit de ce que fut ce siècle
de profondes confusions
et d'inspirations jusqu'encore inimitées :
c'est en Swann
en soit
que ce fit le portrait proustien
d'un inénarrable gâchis.
Puis vint
logiquement
la guerre.
Le surjet, rejet
– tu sais, ce truc qui nous fait passer la phrase d'un vers à un autre –
fut la « Belle époque »
grâce à Proust
une extra-balle à la période que nul ne pouvait ni ne voulait abandonner.
Puis vint la guerre.
Survivaient à ce marasme quelques poètes
en Russie
Elle-même que ce siècle avait vue naître en son miroir artistique
celui de Dostoïevsky, Tolstoï et des autres
celui de Moussorgsky, Rimsky, Borodine et des autres
Maïakovski
et ici
le petit suisse
Cendrars
et le grand Apollinaire
tandis que Gourmont rongeait sa gourme
mais il y eut la guerre...
Le Dix-neuvième est mort une matinée
celle du onze novembre mille-neuf-cent-dix-huit
Il est mort de la grippe espagnole
Blaise Cendrars nous le rappellera à jamais !
Il est mort dans la tombe d'Apollinaire
le jour de ses obsèques
au Père-Lachaise
dans le Vingtième.

samedi 12 décembre 2009

Faery




Je vais vous parler de la Magie,
à des années-lumière au moins
du sexe et de nos termajis,
de la virée tzigane au joint
phallique, encapoté de vide,
où les bohèmes sont infâmes
et les matins déserts arides.
Je vais vous parler de la Femme.

Je vais essayer de trouver
l'image et les mélodies justes,
afin de vous ensorceler,
de vous glisser au creux du buste
des féminines fééries,
et de mon sacrifice humain
au feu de cette brûlerie,
aux croix ignées de ce chemin.

Aimer ne peut-être toucher :
« ne touche pas aux allumettes ! »
alors, tripoter un bûcher...
Aimer n'est pas une amourette !
Pourtant, aimer ne peut durer
non plus longtemps qu'une chandelle,
il est l'effet-bougie doré
d'une auto-combustion charnelle.

Je suis l'éternel abonné
de ces pan-divines sorcières,
à qui les Lettres ont donné
le creux des mots en souricière
et la fibre hallucinogène,
le charme absolu : Loreleï,
Morgane et les autres sirènes...
et leurs étreintes pour batailles.

La Femme a pour essence, en fait,
l'indicible aura du mystère,
passant du deuil au soir de fête,
d'un clignement de sa paupière ;
qui oserait la posséder ?
c'est elle qui nous ensorcelle !
qui ne pourrait en décéder ?
ce sont nos tombes qu'elles scellent...

« Consacrer sa vie » est donc dit !
Entre le Diable et le Bon Dieu,
voici la belle maladie :
celle du beau sexe insidieux
qui nous pénètre beaucoup plus
que nous ne pouvons y prétendre,
des plains de ses montagnes russes
reliées à nos cartes du tendre.

Ce sont des regards et des pauses,
de petits instants de majesté
où notre admiration s'impose,
où meurt la masculinité,
ce sont des œuvres d'art vivantes
et des secrets dissimulés
dans des formules émouvantes,
qui nous transforment en mulets.

Il y a dans celle qui est Femme,
un mélange de sucre et de poivre,
un mix de glaces et de flammes,
la certitude d'être un havre...
Pourquoi ? À cause de ses cuisses ?
qui sont comme un port pour des porcs ?
Fasse l'odieux que je ne puisse
y voir sombrer mon propre sort !

Car est en Elle l'ombre d'Ève,
le rayon de la création,
un flux d'inépuisable sève,
marelles en récréation
(entre enfer, entre paradis),
et la présence de Lilith,
l'insuffisance des non-dits,
l'absolutisme d'Aphrodite.

vendredi 11 décembre 2009

Mirago







Quand un soudain mirage – hurle, ô ma virago –
surgit à tout virage, à chaque vieux ragot,
il m'en vient à compter sur les doigts de mes jours,
mais aussi de conter mes nocturnes amours.

Pourquoi vous, êtes-vous venue hanter mes rêves ?
pour Chopin ? pour ce rien dont à la fin l'on crève ?
Pour le verdâtre feu de vos yeux qu'époumonent
mes vœux tuberculeux à vos traits de Madone...

Sur les partitions nues de notre imaginaire,
s'écrivent croches, cœurs, et pelotes de nerfs,
les rives inconnues de notre incertitude.

Pourtant, ce reflet qui donne à l'effroi des airs
de vent, bien mal acquis, vient des froids déserts
de nos quêtes sacrées et de nos solitudes.

mercredi 9 décembre 2009

Le Dandy manchot






À Blaise Cendrars,

Une chose parmi tant d'autres,
me stupéfie chez ce poète :
c'est d'avoir par dessus l'épeautre,
à ces lecteurs que vous tous êtes,
jeté le grain de ses tempêtes,
les foudres de sa poésie,
cessé les vers – poudre et salpêtre –
pour les récits qu'un roman scie.

Blaise, il eut deux vies littéraires
– si ce n'est plus –, deux vies majeures
en tout cas, que des lits terrèrent
au creux des tranchées, surnageurs
des fleuves de sangs et des morts,
et des mots, des mots amputés
comme sa dextre à nos remords,
nos chiens de fusil en butée...
----------------------------------nos sommeils lourds,
---------------nos rêves légers,
-----------------------------------nos yeux balourds
---------------------------------------------------------d'avoir reçu
------------------------------------------------------------------------en dot de nuit,
-------------------l'air enneigé
-----------------------------------de nos sentiments trop-perçus
-----------------------------------------------------------------------au fond de Lui.

Il fut poète et romancier,
sut changer le sens de sa plume,
et d'un caractère qui m'en sied,
battre le plomb contre l'enclume,
changer celui de balle en or,
aussi le trou de l'R en Q,
à tous ses amis qu'il honore,
et dont lui seul eut survécu...
----------------------------------ou presque presque,
------------d'un charnier mu
---------------------------------par quelque fresque :
-------------------------------------------------------- « Une charogne »
-----------------------------------------------------------------------------de Baudelaire,
--------------clin-d'œil ému,
-------------------------sous leurs lorgnons, pleurs d'oignon lorgnent
-------------------------------------------------------------------------------la fin de l'ère.

La fin des empires abstrus.
L'œuvre de Blaise est au vingtième
siècle un tel chef-d'œuvre d'intrus !
que je pense au « carpe diem »
de nos cigarettes pendues
à nos lèvres, Prévert, au chaud
de tant de fumées dispendues,
à celles d'un Dandy manchot.

lundi 7 décembre 2009

Le Maître-mots




A Francis Dufourcq-Lagelouse, Maître calligraphe,


Si tant est que tant parlent de leurs maux,
qu'oubli de poste est un timbre à leur voix,
au pied de lettre abattu tel ormeau,
je sais des encres qu'un mollusque voit.

Je sais un graphisme aux rondeurs de peau,
et l'art sans Cauchon gâchant son bûcher
d'une autre flamme dont les oripeaux
sont oriflammes pleins et déli-és.

Je sais mettre mots et le maître-mots,
courbant l'échine sous une encre noire,
je le sais géant, graphes anormaux,
épuisant le Nil de son écritoire.

Dans le geste juste et son tournemain,
crissements de plume – oh ! l'oiseau s'envole –
je sais de ses « L » sur le parchemin,
les contours des vies qu'à tord l'on frivole...

S'il était écrit qu'il fut mon parrain,
et que mon chemin fut enluminé
de quelques onciales au tain de l'airain,
il est le miroir de l'illuminé.

mercredi 2 décembre 2009

Symphoniste





Berlioz, en deux syllabes seules,
en ta flamboyante rousseur
symphonique, où le soufre esseulle
un sel acide à nos noirceurs,
un Faust en blanc sans faux-semblants
et l'indicible trille où bougent
les doigts des musiciens tremblants
sous l'infatuation du rouge...

En deux syllabes fantastiques,
comme un violon tentant la prose
au creux d'harmonies fanatiques,
je t'ai revu tenant la pose,
entraperçu des yeux de Liszt,
carillonnant d'amours, si j'ose,
dont un seul étouffa la liste,
le souffreteux amant, Berlioz...

Faut-il me perdre en tes couloirs ?
et dans tes phrases contournées ?
qui coulent coulent comme Loire
ou Saint-Benoît-le-Bétourné(1),
au fil de l'eau de nos déboires
et des mélodies détournées :
tant va la cruche aux vins à boire
que nos vies l'on voit retournées...

Berlioz ! Qui fit en deux mesures
bien plus que ne fit nul poète,
peux-tu me dire en quel azur
se trouve le grand gypaète ?
qui plane au-dessus de nos œuvres,
qui se la joue « magicien d'Oz »,
nous enlaçant comme couleuvre,
peut-être fut-ce toi, Berlioz ?



(1)  http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Benoît-le-Bétourné

mardi 1 décembre 2009

Réséda

Il m'arrive rarement de m'investir pour de grandes causes... Je n'aime pas l'art engagé ! Toutefois, me sentant être passé très près de la catastrophe, je ne pouvais pas me sentir totalement étranger au SIDACTION. J'ai donc écrit ce court sonnet :

Un jour coïncida de ce que subside a,
un con jour présidé par des mœurs génocides,
où l'on se posséda comme en un coricide,
où l'on prit pied d'un nez se mouchant dans les draps.

A ce jour succéda l'angoisse fratricide,
un test intercédé de nous la précéda,
ce qu'on rétrocéda d'un comptoir décida
les abandons cédés à nos presque suicides...

S'il faut élucider d'un cœur si tant d'absides,
dont nul ne procéda que par le réséda,
laissez ma rose idée dans ces feux translucides...

Et que l'on s'obséda, ou que l'on s'excèda,
à savoir qui l'on est, à savoir qui trucide,
le seul qui décéda, c'était bien du SIDA.

lundi 30 novembre 2009

Fantaisies








Leur siècle les fit naître ensemble,
en trois endroits non cardinaux,
quoiqu'il en soit ou qu'il en semble
des nombres qu'on dit ordinaux,
d'un premier, second, d'un troisième,
faut-il échoir à la personne
un rang d'oignon lacrymogène ?
Liszt et Chopin et Mendelssohn.

Sur la fratrie des grands génies
qui ont peuplé l'humanité
de tant d'accords et d'harmonies
faut-il songer aux vanités ?
De ces jumeaux de Jupiter,
faut-il cacher la cuisse où sonne
un voile, et qu'une jupe y terre ?
Liszt et Chopin et Mendelssohn.

J'ai parfois pensé le piano
sans l'avoir jamais pratiqué,
sur un visage et des yeux clos
récitant de Si de La, clefs
de Sol aux phrasés étriqués,
un de mes vers qui sonne "automne",
Beethove et son laps surdité...
Liszt et Chopin et Mendelssohn.

La beauté s'écrit, se compose
sur les claviers de nos regards,
comme novembre décompose
les lettres des nouvelles gares...
Et les notes qui les épèlent
comme un fruit dont la chair étonne,
nous laisse penser la vie belle :
Liszt et Chopin et Mendelssohn.

vendredi 27 novembre 2009

L'impromptu



Impromptu ? Ce n'est pas improvisé, mais c'est
- quoique nous l'eussions su - un cheval sur la langue
- ou sur la soupe -, un pas de plus à reverser
à nos idées reçues pour être moins exsangues.

Je reste fasciné par les accords tritons
des musiques de Liszt, et par les palindromes,
qui si bien renversés redondent ce qu'ils sont,
tels tant de mes versets servant un tel syndrome...

Être à l'envers soi-même et l'inverse de soi,
en une seule piste, être un disque à deux faces,
un double requiem ornementé de soie,
de notes dessinées pour que rien ne s'efface...

Mais il y a l'impromptu qui surgit dans nos vies
et bafoue la routine à laquelle on se tient,
l'impromptu tant obtus que soudain l'on dévie
aux courbes serpentines de l'onde Chopin.

Récemment l'on m'a dit que ça fait des spirales
tout autour de la note où le flux se déverse,
comme nomomanies à nos nomades râles
dont pleurer ne dénote aucune franche averse.

Une petite bruine, à la la limite, à Brest,
Barbara, barbe à ras, Barbe-bleue, Barbe-torte,
et quelque sombre ruine où mots de Nothomb restent
à ma pointe du Raz, ses trépassés en sorte...

Les mêmes tours se font autour de notre fond,
qu'ils soient tours de magie ou qu'ils soient tours de garde,
nous nous entrelaçons lascifs ou las glaçons
autour des nostalgies dont notre âme se farde !

Mais l'impromptu prépare à son tour un chemin
que nul n'avait prévu ni nul n'avait rêvé,
où tout est un départ vers ces nouveaux demains
dont nulle longue-vue ne vit les cieux crevés.

jeudi 26 novembre 2009

Triton



Du Triton sont des sens et des métamorphoses
et cette étrange essence – à se la battre à sienne -
de braises où Cendrars s'en remet au Formose
afin de rendre en cendre arts et virées amphibiennes.

Le Triton vert et noir, ou l'accord en trois tons,
ne subit l'urinoir que de nos pis aller :
pour changer il faut croire à demain - y croit-on ? -
ne cesser de s'accroire aux disciples zélés.

D'un Triton deux couleurs, oh, me sont attachées,
et d'un son du coup l'heur à mon oreille frappe ;
seraient-elles de Faust, ô nos mues entachées ?

D'un Triton d'holocauste ou déraisons en grappe ?
Peu importe au final où le piano de Liszt,
moi m'emporte idéal, à son diable et sa liste...



lundi 23 novembre 2009

L'Ode au Cheval-vapeur



Je vais vous chanter ici
l'Ode au Cheval-vapeur
triomphal
cliquetis
l'eau d'horizons moteurs
la machine à Papin
à pépins
tel un quidam des temps modernes
chevalier sans adoubement
autre
que les milliers de kilomètres
- quelle eau mettre
ou quelle essence rare
quelle huile sainte
ou quel gaz au lignes
traces pneumatiques
de mon essoufflement phtisique
(tousse tousse, ô mon beau destrier quadri-rotulien !)
quel avoine entropique usant les calottes polaires ? -
et que les détours de compteurs
auxquels nos existences nous conduisent plus sûrement
que nous-mêmes au volant.

Je vais vous chanter l'histoire d'un univers que le taylorisme et Ford ont changé
l'histoire de crapahuts personnels
et de la grappe à « hue ! » que je fis aux montures
de nouvelles lunettes sur le monde
que d'aucuns nomment « voitures » :
celles que j'usais furent blanches
comme pour chasser des noirceurs
et fuir la chute de ma maison du cher
en collectionnant des reçus de cartes bancaires
pompes
- funèbres pompes pour mon compte en banque ! -
automates d'autoroutes autonomes et automnales
- tout est prévu pour que ne résiste aux mots que l' « auto » !-
en évitant les radars comme un slalomeur de haut-vol
en aimant à coups d'essuie-glaces
sur les pare-brise de mon cœur
mes enfants d'abord
des femmes ensuite
car « les femmes et les enfants d'abord ! » n'est pas proféré dans le bon ordre
(on le sait quand on a fait naufrage)
des odyssées récurrentes
des triangulations de l'Hexagone
- à part courir, que fait-on ? -
et des envolées telluriques
vers des cratères acariâtres
et des embarquements pour Cythère
car nos amours sont opiniâtres...
Parfois
Il m'est arrivé de me demander si
l'accélérateur n'était pas devenu un diverticule de mon pied droit
comme un greffon
un prolongement de l'être physique
un amalgame à la Giger
mi-homme et mi-machine
autoradio actif
et le levier de vitesse un troisième segment de mon bras
le ronronnement du diesel
un écho de ma respiration jusque dans mon sommeil
et la bonne marche de l'ensemble
une excuse à mes déperditions biologiques.
Un jour
je me suis transféré dans l'âme d'une automobile
et je n'ai plus su qu'exister
au sein d'un crime sans mobile :
au sein de l'instrument le plus meurtrier de la création
de la création de l'Homme
un Frankenstein industriel
Christine
une voiture vivante au lieu de soi...
Il y a une explication à cela.

Rouler
rouler mithridatise les poisons qu'on vous inocule !
En roulant
les pressions sur la poitrine pèsent moins
rouler, c'est dérouler
les paysages sont un film qui cherche à vous détourner de votre psychodrame
un film imprévisible
un film à la plastique irréprochable
enveloppant sous cellophane les éléments qui sont à conserver
et laissant au hasard ce qui peut advenir ensuite
rouler
c'est recommencer à vivre
se laisser à la bienvenue des champs qu'on n'écrit pas
se bercer d'un ronron utérin au sein d'une coque dure
et renaître à chaque fois que l'on en sort
ailleurs
en des lieux pétris de bonne ou de mauvaise fortune
- le miracle du marin qui débarque -
simplement parce que l'on se retrouve dans l'inconnu
lors que le connu nous fait souffrir
rouler sa bosse
« touchez ma bosse Monseigneur ! »
nous sommes souvent les bossus de nos vies
ça porte bonheur
normal !
Personne ne souhaite être bossu de la vie...
Pourtant, tant le sont...
En roulant, on aime bien les bosses
elles confèrent un supplément d'apesanteur
l'espace d'un instant
et dans dans le sentiment d'apesanteur
on cesse de s'appesantir
on rebondit
on survit
on voit
la Terre
d'un œil glauque
rétroviseur
des mares
des j'en ai marre
des flaques d'huile amassées
des lacs de larmes constitués
par les barrages du non-dit
on part
on change de galaxie
on explore des super-nova
tout nous va !
Rouler
rouler bien c'est rouler en lenteur
comme la tortue de la fable
sans jamais s'arrêter
rouler sans pause
faire pipi dans son crâne
et ignorer la faim
puisque tous ignorent la fin
c'est écrire sur le parchemin des routes
ce que l'on croit que nul avant nous ne posa
une litanie splendide
de questionnements
de réponses
de contradictions
et la beauté des décors qui nous la suggère
tant nous sommes de petites choses errant de-ci de-là, à la vindicte de nos mauvais horaires
des trains ratés
qui nous font harnacher les chevaux-vapeurs de voitures épuisées.
Rouler bien n'est pas rouler vite
c'est user du temps que l'on y passe comme de deux parenthèses
pour l'oublier précisément
à l'américaine
road 66
où les shérifs fréquentent des homards
et Jack Kerouac
dont les ancêtres sont du Huelgoat
ici, tout près de chez moi
et son chaos granitiques de rocs immenses jetés les uns sur les autres comme des pneus un jour de grève des routiers
rouler bien
c'est coller à la route et s'envoler dans l'imaginaire
pareil à nier notre mortalité
et les dangers que l'on encourt au volant
c'est forclore les angoisses du voyage
et vivre le changement de dimension du siècle du mouvement insensé que fut le vingtième.

Avant ?
Avant, on se mariait au sein du même village
ou bien, juste explorateur, déjà
avec un rejeton maudit du village voisin.
Après ?
Après, on apprit l'existence des congés payés
et des embouteillages
on apprit que le monde n'est pas plus loin que le nez d'un cabriolet
et que le patachon
qui conduisait Chopin à sa maîtresse
faisant fi de sa vie personnelle
- la fameuse vie de patachon -
était le Vincent Van Gogh d'un art de vivre moderne
le Maïakovski des escaliers mécaniques
et le Picasso des perspectives hauturières
et des noblesses roturières
sans adoubement autre
qu'une écharpe de bitume sur l'épaule
lourd fardeau du fardier de Cugnot
pesant héritage où se blessent nos cœurs
dans d'étranges voyages
dans d'étranges circuits
sur de moins étranges répétitions de parcours
au gré d'un vent issu de l'accroissement des gaz à effet de serre
rapace inéluctable
nous guettant de son aire viciée.
Avant ?
Avant, nos frontières n'étaient que des vues de l'esprit
- à moins d'être frontalier -
le monde mesurait trente kilomètres
seuls les marins
grands oiseaux des mers mythiques
échappaient au commun des vivants
l'Homme connaissait son prochain de proche en proche
- d'où ce terme de « prochain » -
et laissait au Marin le rêve de l'ailleurs
et du fameux Eden où tout est meilleur
les vaches galopaient ici
les gazelles sûrement aussi
mais dans le vacarme assourdi des livres de classe et des récits de Stanley
de Livingstone ou de Charcot
mêlées aux phoques et à l'ours
à la grande Ourse
au ciel pour point de référence
du berger
au Marin
et des étoiles dominatrices
du sextant
avant que n'arrive un GPS
Grande Peine Sulfateuse
jusque sur un tableau de bord
de bord ?
A bord des vaisseaux pneumatiques
des bâtiments précaires de nos pérégrinations quotidiennes
des chevaux qu'un fisc confisque à leur vapeur
pour fixer des taxes nouvelles
et des limites à ce qui ne devait en avoir...

Après ?
Après tout fut question de ces limites :
vitesse
alcool
limite d'age
dans un sens et dans l'autre
limiter l'illimité
consommation
d'essence
deux verres d'essence
limite du nombre de morts
deux bières par jour ?
La flûte de Pan dort sur ses deux oreilles
(air-bags d'un côté et de l'autre)
et la place du Maure
corse le tout
tandis que les banlieues ceinturent d'insécurité
notre vision périphérique...
Les voies prennent des noms poétiques :
la Francilienne !
C'est si beau !
Je ne peux pas même imaginer qu'y eut pensé Rimbaud :
une ceinture de chasteté sur la plus belle cité de la création !
Paris a mis sa Francilienne autour de la taille
afin que nul ne viole son vagin des voies sur berges.
C'est une vraie chanson de geste
de gestes malsains
de doigts tendus
de bretelles détendues par des mains souveraines au carrefours de la ville-lumière
d'illusions défroquées par des Bibles, des Evangiles ou des Corans
qui font que nous courrons
enfin que nous roulons.
Après, advint mon histoire
mon chemin
les heures qu'il me vient parfois à conter
et dont je ne troquerai pas la moindre seconde
tant ce procédé fut le mien
pour trouver un chemin dépassant les numéros des routes
et le cinéma des relations défuntes
les pièces mélodramatiques qui se jouent sur font bleu-marine
et l'obole des amours suivantes.
Et la grande aventure sans devanture !

Au départ
Il y eut la France en diagonale
Marseille
Marseille depuis le Finistère et via Paris puis la Bourgogne
Il y eut la diagonale du fou
et son retour en une seule traite
en dévorant agressivement
la beauté d'Alès et de Nîmes
en dévorant des gencives la beauté des Cévennes
en dévorant la vie
en remontant les chaînes des volcans
comme un tank
en perçant des droites inconnues
et des tunnels inconçus
et des extrêmes imperçus
en excusant la bêtise de l'avant de ne les avoir point sus
en croquant le bleu de l'asphalte à pleines dents !
Il existe au centre de la planète France
une autoroute gratuite
jusqu'alors
où gisent cars
comme dans un cimetière de baleines
et où je triturai l'essence de la vie
pour en faire un ambre existentiel
et pour continuer...
Je réduisis peu à peu mes écarts
mais convint à parcourir encore
d'autres vastes destinations
patient
pour le bien de tous
et quelques délestages
pour tout ce dont à la fin tous toussent
pour des liaisons qui ont le goût de stages
je fis encor des triangles équilatéraux
en nord mendiant, en Loire étant,
en scarifiant le compteur kilométrique de cicatrices éphémères
en maltraitant un peu plus les quelques chevaux-vapeur
dont il me fut donné le goût.
Et jusqu'à Bruges
où je suis monté
je suis gonflé du subterfuge
où ma bohème s'est envolée
petit ballon que nul n'a su crever
et vrai voyage
et vrai rêve
seule image
et vraie pension nomade
où toute route m'est ballade.

samedi 21 novembre 2009

Alchimie

Exodus by Bob Marley & The Wailers on Grooveshark


(1330-1418) : Nicolas Flamel
Quel joli patronyme !
que la flamme, elle,
induite par l'athanor de la passion humaine
- la vasque femelle -
où brûlent encore les fantômes de nos jeunesses détestées
par les dents qui se cassent
les cheveux que l'on ramasse
dans les conduits d'évacuation des douches roides
de lustres écossés
haricots magiques de notre alchimie.

« Changer le plomb en or »
me dis-tu ?
Convertir le mal pour un bien
les soldats pour des dents de raccroc
et quelques crocs de rats
plantés
au cœur de l'œuvre en trois temps
trois mouvements
couleur couleuvre
trois couleurs
trois coups leurrent
l'étroit cou-leurre de l'athanor
col
planté entre deux monts devenus
des frontières de paternité
la passe de Khaïber
où tout hindou couche
pour devenir roi
pour devenir père
pour mourir aussi puisque l'on tue le père
et que quand le roi est mort
on crie « Vive le Roi ! »
sur le cadavre de Kipling
« God save the King ! »
et « tu seras un Homme mon Fils ! »
départi d'artifices
départi de hoquets
dans la glace
du toit du monde où je t'ai placé...
Transmuter
mieux que muer
transmuter le plomb en or
et le verbe en pléthore
de vers
arrosant le jardin de l'avenir
de nos canaux qu'irrigue
la sève de la vie
d'un monstrueux lavis
qui devient un être entier.

« Changer le plomb en or »
d'un subterfuge

la Pierre philosophale
use
ponce
les rugosités de l'existence
les va-et-viens inutiles de tant d'hésitations
de tant de refus ou d'acceptations
de temps perdus à chercher à gagner du temps
alors que nous ne sommes voués qu'à le dépenser du mieux possible
et que chaque étreinte
chaque procréation
ne peut nous ramener
qu'à notre humaine condition
ni dieux
ni maîtres
du temps qui se rit de nous
hermétique
tel un récipient dont on ne peut contenir
la fuite intérieure
de notre contention
vase clos
- vasque femelle -
vaste fumisterie du Nous
dont il faut un jour prendre conscience
si l'on veut avancer
sur la voie de la science
sur la voie du bien-être
et du savoir de ce pourquoi l'on naît.
Subterfuge ?
Quelle curieuse étymologie !
Elle sent le brûlé
le soufre
l'Alchimie
Ignifuge est plus rassurant !
Un monde ignifugé
qui ne craint plus les incendies
qui est froid, isolé des tortures à la tête de cigarette
un monde différent du père Popieluszko
un monde sans souffrances
ni solidarité
ni bourreaux
ni tortionnaires
bref !
une vue de l'esprit pour amateurs de séries télévisuelles à l'eau de rose
pour négationnistes de guerre en ex-Yougoslavie
pour aplanir les conséquences de cinq cents ans de haine en Irlande
et planer
d'une Europe idéale
presque masturbatoire
alors qu'il s'agit de s'accoupler.

« Changer le plomb en or »
à quoi bon jouer les Gilles de Rais ?
À quoi bon se faire passer pour Barbe-bleue ou pour un violeur d'Outreau ?
Dutrou ?
Dutrou, d'Outreau, ce contrepet m'a toujours amusé...
Il résume nos confusions :
un juge
comme un coussin péteur
a du juger en fonction d'une musique des mots
influencé par son air malsain à base d'hydrogène sulfuré
œufs pourris
une odeur de soufre
Alchimie
Je ne crois pas vivre dans un monde moderne :
la torture a changé de forme
mais elle est omniprésente !
Les coupables sont toujours ceux que le peuple souhaite voir pendus
comme un cigare au bord des lèvres d'une pute des bordels de Djibouti
je n'ai pas vu
on m'a dit
mais un cigare est toujours coupable
d'une petite guillotine
juste pour fumer
le feu
d'une pointe rouge
dont on tatoue les martyrs de la Terre.

« Changer le plomb en or »
Mon Amour,
il est simple de dire les choses, de les écrire, plus difficilement de les faire, pourtant je m'y efforce
il s'agit de respecter les temps
comme en musique
de marquer de cette pointe rouge
comme d'un stick à ta bouche suave
l'heur des confluences incongrues et des perspectives bataves
les trois temps de l'Alchimie :
l'œuvre première est au noir.
On conduit l'être à sa putréfaction
que ne résiste nulle impureté !
Sont tant de souvenirs en faction
qu'il faut cette matrice cureter !
La seconde est au blanc :
petit magistère
Lune de miel
Lune de fiel
l'une m'est à l'autre ce que l'autre ne sut être à mon ciel
l'éclaircie.
Les cieux de pluie me sont si communs
ici
la pluie est un élément de composition poétique
lorsque l'on omet de se laver
on devient vert comme l'Irlande
les algues se mettent à nous pousser sur la peau
on devient de la couleur de nos pays
on fructifie
les cadeaux empoisonnés des vasques caténaires
- vases féminins -
déployant l'immensité de leur onction thuriféraire
pour un tout petit peu
de douceur débonnaire
et la couleur des yeux
qu'on croit toujours première.

Vert
de loin ou d'un pré
je rumine l'herbe du regard.
Quant à l'œuvre au rouge et à son arbre solaire
hagard
je ne sais qu'en penser.
L'air
de rien ou de près
qui ne laisse au hasard
que tant de miettes épistolaires
qui me font écrire enfin
l'Alchimie des mes vers incertains
qui se fondent en toi pour je ne sais quel matin.

mercredi 18 novembre 2009

De l'escroquerie artistique

Ce court billet fait suite à une formidable discussion sur l'espace de mon ami poète Morgan Riet, durant laquelle lui-même, Vincent M-A et "Je", nous étions livrés à un massacre désinvolte de la pseudo-poésie pompeuse et délétère.
Avant toute chose, je vous invite à revoir, ou à voir (pour peu que vous ne connaissiez point cette pièce merveilleuse), "Art" de Yasmina Reza, avec par ordre d'apparition Pierre Vaneck, Fabrice Luchini et Pierre Arditi, que Dailymotion nous offre en version intégrale : http://www.dailymotion.com/video/x66105_art-de-yasmina-reza-la-piece-aux-2_fun
Offrez-vous une heure et quart de pur bonheur devant votre écran d'ordinateur ! Passés les fous-rires, vous aurez le temps de songer à la profondeur de la réflexion sur l'amitié, et aussi sur l'art... Car tel est mon propos ce soir !
Bon !
Cet après-midi, je me suis hasardé à lire un truc sur la toile. Par gentillesse, je ne dirai ni quoi ni de qui (ne vous sentez pas tous visés, vous avez peu de chances de connaître), mais cela ne m'a fait ni chaud ni froid, tant l'aspect succinct de ce "travail", sans rimes ni l'once d'une vraie structure créative en vers libres, m'a semblé merdique... Non ! Ce n'est donc pas cela qui m'a énervé ; ce qui m'a énervé, c'est le commentaire que j'ai trouvé en-dessous.
Je veux bien être le Pierre Vaneck de service, mais ce truc était une MERDE ! Et que l'on dise d'une MERDE que c'est sublime, m'a profondément déstabilisé... J'ai cherché à y voir une image poétique (les fameuses bandes moins blanches sur un tableau blanc), mouais, peut-être, mais j'étais pas plus convaincu.
Je sais ce qu'est suer sur une œuvre lorsque l'on crée : ce n'est pas chier huit lignes sans structure avec l'apparente facilité de l'ange initiateur de pouvoir du Beau !
Et n'est pas en cause ma préférence de genre ; je suis fan' de l'écriture de Cendrars et de celle de Maïakovski (grands modernistes), je kiffe les vers libres de mon pote au point d'en avoir choisi une tournure à ma propre écriture. Non, c'est que cela me gonfle quand en matière d'art on néglige le vrai travail de l'ombre des créateurs à la sueur, pour des MERDES pondues avec l'élégance des dieux, sans effort. Et ce, tant en littérature qu'en musique, en peinture qu'en sculpture, en tous ces arts qui ont pour objectif de FABRIQUER DU BEAU, de nous raccommoder avec la putain d'vie tant elle est parfois difficile à vivre...
Je vais vous dire un truc : nous vivons dans une société qui, craignant de louper l'artiste qui va provoquer une vraie rupture en matière d'épistémologie de son art, tel Van Gogh, Rimbaud ou Camille Claudel, qui craignant de les laisser crever dans leur misère et elle, la société, dans le constat de sa bêtise et de sa pauvreté intellectuelle, préfère considérer ce qui change, choque et surprend, comme d'emblée du "beau"...
Alors oui, je ne peux pas empêcher quiconque de trouver quoi que ce soit de "beau", je me retrouve dans la position de Vaneck dans la pièce... Mais quelle ESCROQUERIE !
Et cette ESCROQUERIE ARTISTIQUE repose sur le principe sus-mentionné. Les plus habiles l'utilisent, parfois même inconsciemment, tels des mythomanes persuadés de leur mensonge...
Une chose me rassure toutefois : ce ne sont que les siècles qui décident de la valeur de l'œuvre. Quant au marché...

mardi 17 novembre 2009

Aleksandria



De lettre en minus cris, ça nous en fait combien ?
A vaincre la raison, je ne sais plus très bien...
Ce sont des histoires sans nom, drôles de trains
qui nous conduisent à germer de ces quatrains :

Ils viennent girofler la lanterne magique
des nuits tant esseulées de nos peurs névrotiques,
et le feu d'un regard de lumière antalgique,
de quelque giron phare, Alexandrie mythique.

Dressée, tel un beffroi,
font de source et fraîcheur,
qui insinue sa chair
dans ton sein, dans ton froid.
Nul n'est mauvais prêcheur
au faux-filet casher
du vœu auquel on croit,
par chance et par bonheur.

Et l'horizon marin des cieux hellénistiques,
des cités de porphyre aux teintes élastiques,
nous cause encor d'onyx et de pierre en distique,
comme des yeux que firent des dieux agnostiques.

Suivant la route d'un itinéraire enfin,
au creux d'un ventre où je crierai toujours ta faim,
tu rends soudainement uniques et certains
les uniformes lourds, poètes et crétins.

Dressée par nul effroi,
ni sang, ni nulle peur,
qui insinue sa chair
en un sinus étroit,
tu es mon Nil happeur,
mon delta, marais cher,
tu vogues comme Troie,
par chance et par bonheur.

En paroles de nuit, mes écrits incertains,
pourtant, trouvent le jour d'amers s'étant éteints ;
Est-ce ton incendie et le feu de tes livres ?
Est-ce d'un son dit ce dont tu me délivres ?

En paroles de nuit, mes écrits éclaireurs
n'en sont pas à un prêt, biblio de l'erreur...
Mais pour peu qu'éclairé, si ton signe m'atteint,
J'eusse le souvenir de ta flamme au matin...

Je saurais que c'est Toi !
Qu'à trop parler on pleure
sur nous, sur nos malheurs
sur la vague à la foi...
sur les vagues de leurres.
Laisse aller cette fois :
ta lumière, Aleksandria !
Et toutes ses ampleurs.

lundi 16 novembre 2009

Un bout de chemin ensemble

Si toute paupière est à l'œil un crépuscule,
et que parfois long nez soit ce qui le bouscule,
n'envoyons point Cléo paître à notre amertume,
dont n'est aucun écho de nos amours posthumes.

Nous sommes circonscris de doutes et d'envies,
nous sommes circoncis du culte de la vie,
ne désirons qu'infime univers de « nous deux »
et le moment intime où tout est hasardeux.

Puis, tout comme un vent frais, tout chasse nos tourments,
de qui la chouette effraie, on trace des serments,
des êtres que l'on cloue aux portes du passé,
de jolis Christ enrouent nos plaies qui sont pansées...

On dresse un mur d'échine, et il décrit nos lignes
de conduite, et se signe à l'aune d'un contrat
en quadruple exemplaire, aux stigmates malignes
des croix que pour se plaire, on crut bon graver là.

Et puis l'on se réveille, à garder près de soi
des faiblesses d'oreille aux froissements de soie
de draps que l'on se tresse en innocence pure,
emprunts de la détresse où se noient nos épures.

Sentir le chaud soleil d'un ventre sous la main,
l'incarnât du vermeil, un baiser de carmin,
fondre en fiente, en pigeon, sur un portrait ultime,
que nous seuls nous pigeons, Dewaere et balle intime.

Je veux marcher, marcher sur tant d'autres chemins
pour voir ensemble enfin, de quoi se fait demain,
de tes éclats de rire, et tant de nos soupirs,
nos regards sont l'impôt du meilleur pour le pire.

Soufflet

Drogue ! Antépénultième hymne homo à nos maux,
et triste requiem à nos vers anormaux,
tu viens peinturlurer d'un vert que ceint Étienne,
la vue que nulle urée ne ferait mieux que tienne.

Et nos sabbats d'onctions sur des croupes de chiennes,
sont de nos connexions les indicibles chaînes ;
si ce froid nous empêche à nous rejoindre enfin,
ne gardons de la pèche un rien que notre faim...

De tes bras m'enlaçant j'aimerai la chaleur,
De ton opalescent regard, les braises froides,
dont je veux, me berçant, l'appétit avaleur.

Car sous ta latitude où mes besoins s'enroident,
s'il est décrépitude étant un équateur,
j'ai pris pour habitude un baiser-étouffade !

dimanche 15 novembre 2009

Hécatonchires




Il me tarde de reprendre le train
le train des convenances
le train des choses
le train de la vie
le train-train, quoi, comme on fait coin-coin
dans chaque arrondissement de Paris
mutuel, urbain,
bonjour, bonsoir
le train des solitudes dérisoires
et des automnes qui précèdent les hivers
puis les printemps de renaissance.

Ma vie commença par le lien ténu
d'une voie ferrée
cordon ombilical d'un monde à sa mamelle
suce-pendu, aux confins de l'occident
qui tranche le soleil, le soir
de sa lame de rasoir.
Ma vie commença par le pari osé
de distendre, au sein du même fuseau horaire
l'identité nationale.
Malheur à qui écoute Mahler
en rameutant
de tels souvenirs géographiques.
De cette démarche Commune
l'on s'emmure du fait d'errer
sur les parterres de coquelicots et de bleuets
des vers d'un fort d'où « aimons-nous »
est un euphémisme grippal.
Et pourtant
en partant
sur les chemins d'amasse-poussière
sur les travées mérulées d'enfances céruléennes
comptabilisant les traverses mercières
de nos reprises sur un pantalon troué
de chutes enfantines
nous retissons
Bayeux
Aïeux
des scenarii qui mènent à des potences
de vélos
et des synopsis sur des palimpsestes qui n'ont pas eu de pot.

La voix Ferré
je reprends donc le récit :
parfois, il m'arrive de voir dans le vaste réseau de rails qui couvre le Monde
une sorte de polichinelle articulé
où chaque lieu dépend d'un autre
un théâtre de Guignol étant son propre marionnettiste
les entrelacs complexes d'une mécanique huilée par le flux des humains
au sein de fils à couper le labeur.
Babel existe !
Nous l'avons bâtie !
Mais elle ne nous a nullement rapproché du Dieu pour lequel nous nous sommes pris...
Elle n'a finalement fait que nous rapprocher de nous
enfin des autres
pour autant qu'on cessât de les ignorer
et de ne voyager que pour découvrir l'endroit
et non les gens qui le peuplent.
Vous êtes-vous déjà demandé
COMBIEN
de jours, semaines, mois ou années
vous aurez passé dans votre vie à joindre un point à un autre ?
A pied, à cheval, en voiture, en train
ENTRAIN
?
Vous êtes-vous demandé SI
entre naître et mourir
nous ne faisions
jamais que, finalement
établir une jonction ?
Et que les pointillés dont se composent nos vies
- métro
dormir
aimer
divorcer
manger
chier
thésauriser
construire
détruire
théoriser
carrièrer
couler
pisser
boire (ah, boire !)
baiser
enfanter
accoucher
élever
vieillir
perdre
partir
métro -
se remplissent d'un vide qui ressemble à la mort ?
Vivre ne serait donc que s'efforcer à resserrer ces pointillés
comme les trains s'époumonent à écourter la succession des traverses
et les temps musicaux entre chaque jointure de rail.

Ou bien alors
vivre serait remplir ces vides
d'une conscience suprême du voyage
dans la moindre des onces de son temps
dans le moindre de ses silences
dans le moindre intervalle mélodique du cht-cht
des roues
des pans
de nos parcours impersonnels.
Soufflant la buée sur la vitre
afin que nos doigts violent sa virginité neigeuse
pour l'ECRITURE
OUI !
Jusque sur la vitre des voyages ennuyeux
puisque les vies de nombreux sont des voyages ennuyeux
nous comblons des fossés de non-être
par des bêtises éphémères mises à l'index
de la peur du vide.
Nous sommes la même entité à cent mains
badigeonnant de sept à cent-vingt ans
les mots du genre humain
sur les carreaux illustrés
de poétiques plaques métalliques
les dénominant en langages européens
de
« Nicht hinaus lehnen »
« E pericoloso sporgersi »
« Do not lean out of the window »
« Il est dangereux de se pencher au dehors »
Telle est la poésie du voyage en train
résumée en ce seul quatrain.
Et ses lecteurs
écrivains digitaux
comme à Lascaux
confient leur lenteur
aux confusions hécatonchires
gardant le monde des enfers
et du chemin de fer
et de tant de tags
puisqu'en germain ça veut dire « jour ».

Ma vie commença par le lien ténu
d'une voie ferrée
comment faire « eh ! »
lorsque nous tous on continue ?

CHAOS

J'ai Érythrée des os de Lucy
En travers du nez
comme d'une maison friable
suspendue à des nerfs de bœufs...

Le monde est un juge castrateur :
Nos bâtisses sont l'objet de contensions
écartelées entre les yeux d'observateurs engoncés de bon droit,
et les oreilles d'un peuple sourd à nos supplications.

Il y a quelques millions d'années,
quand elle s'endormit dans un lit de vase,
Nul ne fut à planter des fleurs sur sa dépouille indivise :
de petits os,
tels ceux qu'il ne faut pas donner aux chiens de peur qu'ils ne s'éventrent,
des os de lapins posés par les écueils de l'histoire,
et que reconstituent les apôtres d'une science illusoire.
J'ai irrité mon encéphale du squelette de Lucy,
à me gratter l'épithète avant la phrase
et l'emphase avant le verbe,
avant l'adverbe,
avant l'Eve,
pour ne rien sortir d'autre du tombeau
que l'Evidence d'un pomme pourrie au chaud
de mes mains qui lacèrent sa peau virginale
de traits de ressemblance.

Il ne faut pas laisser le pouvoir aux phrases
de rendre un quelconque écho
de ces sentiments dont l'extase
dissèque chaque os
chaque tendon
chaque artère
Il ne faut pas
Il faut laisser le scalpel des prédations modernes
Ouvrir un saignement que l'on déteste
Aux paupières d'un monde en quête d'exhibitions.

Il faut écrire et attendre
le heurt de gauches et de droites insécantes
et nos arcs à tendre
une parousie inconséquente.

vendredi 13 novembre 2009

Déclaration

Il est grand temps que j'écrive en vers libres, afin de laisser respirer ma poésie.

Triste novembre...

Novembre est le mois du morne. Du spleen. De l'automne. De Verlaine. Annonçant l'hiver, laines et frimas, feuilles échues et chutées, chut et pourrissant.
Il fallait bien être Verlaine, avec ses aubes grises chantées par Barbara - Gottingen -, pour célébrer d'aussi belle manière ce mois de la pourriture.
La pourriture est une étape du grand cycle de la régénération ; ce n'en est pas forcément la plus folichonne, mais elle a aussi sa nécessité sans hasard. Les cadavres tombés des frondaisons comme des poilus à un chemin des dames annuel, n'en finissent pas de mêler leurs humeurs déliquescentes aux merdes de chien citadines et aux bouses rurales.
Novembre est également un mois d'armistice. Depuis tout enfant, ce mot m'a toujours épaté, tant dans son fond que dans sa forme. Armistice. Comme tout enfant j'ai posé la question : "ça veut dire qu'on a fait la paix, Papa ?"
Ah non ! Moi aussi je suis papa à présent... Ah non, non, non ! "Armistice", ça veut dire qu'on a arrêté de faire faire la guerre, mais qu'on n'a pas encore fait la paix. J'imagine Hugo (oui, j'ai affublé mon fils du sobriquet de l'homme de lettres que je déteste le plus, mais ceci est une autre histoire) me zieuter d'un air circonspect... Tu verras mon fils, lorsque tu auras divorcé, tu comprendras le sens du mot "armistice".
Et puis, novembre est aussi le mois de la mort des poètes : le 10 de 1891 pour Rimbaud, le 9 de 1918 pour Apo. Balaise, Blaise nous le rappelle dans "La main coupée" : le jour du susnommé "armistice", il rentre des funérailles de son pote, mort au champ d'honneur de l'ancêtre de l'haschinnénin. C'est con la grippe, hein ? Tu survis à une guerre pareille pour crever de cette saloperie ! Cela me rappelle l'histoire que me racontais mon père, celle de ce pilote mythique de formule 1, Alberto Ascari, je crois, en tout cas l'un des rares à pouvoir tenir la dragée haute au monument dont même les gosses d'aujourd'hui connaissent le nom avec celui d'Ayrton Senna, Fangio. Donc Ascari, l'engin dans son engin, il est sorti du tunnel à Monaco, et sur une putain de flaque d'huile, le v'là t'y pas qu'il prend la tangente direction la grande bleue. Ce sont des hommes-grenouilles qui l'ont sauvé de la noyade. Quatre jours plus tard, ce con mis au repos par son écurie, ne peut s'empêcher de prendre part à une séance d'essais privés durant laquelle il trouve la mort dès la première boucle. Mektoub !
Ce n'est pas important de mourir ! Tout le monde meurt ! Ce qui est important, c'est quand, comment et après quoi. Finalement Ascari a eu une belle mort puisque j'en parle encore... Rimbaud ? Il a crevé comme un rat ; les rats sont hémophiles, tout le monde le sait, il suffit d'entamer leur cuir pour les laisser crever. Rimbaud ? Il était déjà mort : il a cessé de vivre le jour où il décida de cesser d'écrire ; on parle de tout à son sujet, syphilis, cancer, gangrène... Oui gangrène, au moins de l'âme... Rimbaud est un fantôme qui nous laisse écrire à sa place pour tenter de la racheter au diable, mais la patente est à la hauteur de son génie. Très chère. Son génie très cher...
Bon Dieu, il faut vraiment être Verlaine pour parler de novembre, et faire d'une pourriture de mois des poésies aussi belles que la "Charogne" de Baudelaire.

Le Beau

« Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu'il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu'il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c'est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. »
Charles Baudelaire

Aphorisme du jour


Ce qui me rassure, participant à des concours littéraires, c'est que Blaise Cendrars ne reçut qu'une seule et unique distinction dans toute son existence : le prix du roman de la ville de Paris. C'était quelques jours avant sa mort, il était déjà grabataire après un premier AVC...

jeudi 12 novembre 2009

Inspiration

Puisqu'un jour, tu ne viendras plus
frapper aux portes de mon crâne,
puisqu'il aura plu et déplu,
ta gouttelette en filigrane,
et que des cieux ne tomberont
que les filets des soleils d'autres,
dis-moi que nous moissonnerons
sans troquer le blé pour l'épeautre.

Dis-moi, toi, mon inspiration,
quel poète est le plus mauvais,
violant le mot « macération »
pour en tirer des « je m'en vais »,
pour arrêter toute écriture
et jouer Rimbaud sur de faux-airs,
emprisonnés de fioritures
et de déballages diserts...

Dis-moi que c'est moi, mon miroir,
que je suis le plus haïssable,
que je suis dans un entonnoir
tel un château - Kafka - de sable,
qu'il faut en sortir ou mourir,
que je dois m'attabler sans crainte
à l'œuvre de chair à nourrir
qui puisse laisser une empreinte.

Dis-moi la lumière à ton tour
et les mots vivifiants du monde,
Les Caravage et les atours
dont on orne le plus immonde,
la beauté de la création
malgré l'en-soi du diable en l'Homme,
malgré nos franches destructions,
au gré de mes Capharnaüm.

mercredi 11 novembre 2009

Na guerre

Dieu, qu'il y en avait de la verdure au pieds
des soldats qui gisaient sous l'incessante bruine,
des pantalons garance une infortunée ruine,
du soufre la fragrance en cartouches usées.

Petits piou-piou punis enluminant l'entour,
jolies fleurs démunies de la respiration,
qu'on comptait dans les champs sans autre inspiration
que ceux d'un martial chant dont ils étaient l'atour.

Si l'alizarine est pigment de la garance,
que les prés de bleuets et de coquelicots
sont aux poilus l'effet de nos cocoricos,

que soient de l'Allemagne et de la pauvre France,
le poids d'un Charlemagne au cou de nos souffrances,
et l'ex-chapelle aimant ces sarcophages rances.

11 Novembre

"Le métier d'homme de guerre est une chose dure, pleine de cicatrices, comme la poésie."
Blaise Cendrars


Blaise Cendrars était suisse de nationalité originelle. Dès 1914, il fit parti des 88 000 combattants étrangers qui s'engagèrent dans la légion pour défendre les couleurs de la France. Il écrivit même et signa un manifeste incitatif à cet engagement, de son nom de poète : Blaise Cendrars.
Mais jamais, durant son service, engagé sous un faux nom anglais, il ne mit en avant sa stature littéraire hors norme.
Il perdit un bras, le droit.
Il survécut à cette boucherie sans précédent, parce qu'il avait perdu le bras par lequel il avait écrit de si belles poésies.
Il raconte, par la voix de Jacques Bonnaffé (dans la version dite de 4h que je possède en collector de 3 CD, de son roman "la main coupée, et que je me suis offert d'écouter à nouveau ce soir, pour le souvenir), comment se déroula cette apocalypse grégaire.
Nul témoignage n'est plus saisissant ni étoffé que le sien. Les archéologues de la guerre de 14, dont j'ai pu entendre cet après-midi sur France-culture, les explications de l'un d'entre eux, y font sans cesse référence.
Il y raconte aussi comment il écrivit pour la première fois de sa main gauche, les lettres aux femmes, fiancées ou amantes de ses copains perdus.
Après la guerre, Blaise Cendrars devint un romancier majeur. Il venait d'enterrer son maître, Guillaume Apollinaire, bêtement mort de la grippe espagnole -mais meurt-on intelligemment ?-, et je ne crois pas qu'il fit l'effort idiot de croire aux lendemains qui chantent d'internationales aujourd'hui désuètes...
Il perdit un fils aviateur en 1945. La description qu'il en fit ne peut susciter aucun commentaire, juste le silence à l'ombre de l'homme et l'admiration à la lumière du littérateur.

"Hélas !... Le 26 Novembre 1945, un cable de Meknès (Maroc) m'apprend que Rémy s'est tué dans un accident d'avion.
Mon pauvre Rémy, il était si heureux de survoler l'Atlas tous les matins, il était si heureux de vivre depuis son retour de captivité en Bochie.
C'est trop triste...
Mais un des privilèges de ce dangereux métier de pilote de chasse est de pouvoir se tuer en plein vol et de mourir jeune.
Mon fils repose, au milieu de ses camarades tombés comme lui, dans ce petit carré de sable du cimetière de Meknès réservé aux aviateurs et déjà surpeuplé,
chacun plié dans son parachute,
comme des momies ou des larves qui attendent chez les infidèles, pauvres gosses, le soleil de la résurrection."
Blaise Cendrars