mercredi 29 décembre 2010

Cyclopes




Qu'il m'ait fallu Brontès à défaut des trois sœurs,
le double en politesse et clous pour le cercueil,
je n'ai que ces six clop' barillant mon Mauser,
et l'œil dudit cyclope en pruneau que l'on cueille.

Cahin-caha, la tombe est ouverte aux grands cieux :
est-ce vrai que l'on tombe à s'être empoisonné ?
Du chariot de l'Ankou, moi je connais l'essieu :
un bout jaune, un blanc cou, de l'herbe emprisonnée...

A la roulette alors, des cigarettes rusent,
au pari pleurant l'or de nos bouches blessées,
nous mourrons infatués tel l'ignoble Crassus.

Nous pourrons – qu'on fut tué par nos traces laissées,
d'un rouge à lèvre amant sur un filtre ennemi –
respirer puissamment le poison qu'on vomit.

lundi 13 décembre 2010

Aphorisme du soir, bonsoir

Le cœur est un soldat qui ne sait trop s'il doit s'exposer aux chants de bétail, ou se protéger dans sa tranchée, par terre...

Michel P

mardi 30 novembre 2010

Le mauvais taon




Qu'on gratte une allumette au replis d'un sourire,
que celui qui s'y mette ait l'air épouvantail,
la paille brûle aux vents d'évidents souvenirs
sans que ne soit auvent du plus triste ventail.

Pelliculant le temps, nous marmonnons des scènes,
un vestige impotent de nos statures nées,
dont ne reste posture un tant soit moins obscène
que la vaste imposture où nous fûmes ignés.

Cigarette ! Au cancer je distille un poème :
L'amour dont on se sert est toujours multiforme !
Si sont mille façons de se dire « je t'aime »,

si sont cent malfaçons de se sentir difforme,
je me sens tout petit et perclus de l'arthrose
où manque d'appétit fait flétrir toute rose...

vendredi 26 novembre 2010

Timisoara

Demain je serai mort et l'aube sera belle,
nous n'aurons nul remord aux dents vite affranchies
du timbre de nos voix où brune mira belle,
où blondes au pavois seront vite avachies.

D'un bouclier si lisse où Méduse se mire,
miroir, ô mon Ulysse, on fera l'intestin
d'indigestion nomade en un doux Cachemire,
et de quelque Cyclade un infini festin.

Demain je serai vif et l'argent coulera
comme ingrat sur le suif de tristes décibels,
de notes avortées à Timisoara.

Demain je serai mort et l'aube sera belle,
les charniers m'ont heurté mais ne sont que mensonges ;
suis-je ainsi matamore et que mes mots me rongent ?

dimanche 21 novembre 2010

Aphorisme de nuit

C'est dans la plénitude des temps faibles d'une œuvre qu'apparaissent les vrais traits du génie créatif.

Michel P

vendredi 12 novembre 2010

Kerouac


ACDC.-.Highway.To.Hell
envoyé par DARKBENZIN. - Regardez d'autres vidéos de musique.



Kerouac a écrit "Sur la route" d'une façon monolithique.
Il a pris un rouleau de papier qu'il a collé sur le tambour de sa machine à écrire, et il a pondu quarante mètres d'un "tapuscrit" qui ressemble à la route qu'il parcourut. Ce "tapuscrit" fut alors adapté aux exigences de l'édition, mais il vient de reparaître - enfin - dans sa forme initiale, sans paragraphes ni rejets à la ligne : le rouleau original.
Il vient de reparaître sans les "coupes claires" de la censure, tel un rouleau des manuscrits de nos mères mortes, tel une table des lois à enfreindre.
"On the road" est un état que je connais parfaitement ; ce n'est pas le continent américain que j'ai déchiré de mes pneus, mais le far-west de la Bretagne vers Paris. Curieusement, Kerouac était d'une famille originaire du Huelgoat, là-même où j'écrivis et scandai mes premières proses hésitantes. Dans ce lieu fait de roches aux fées, où mon fils pêche des perches qu'il me remercie d'avoir senties sous un caillou qu'un titan laissa, je repense souvent à Jack Kerouac et à notre infinie déliquescence au nom du verbe triomphant, et des parcours étranges qui font de nous les témoins de nos époques.

jeudi 11 novembre 2010

Couleurs



Le bleu qu'on aime à tome est sujet de romans,
le vert qui naît galant, n'égale en rien tes lèvres,
le rouge est un mendiant bravant tous les tourments
qu'un charbon dichotome emblave de nos plèvres.

Le mauve tousse un peu l'arc-en-ciel tuméfié
qu'indigo la folie pousse à natif aux pieds,
des roses adipeux de couchants extatiques,
je n'ai plus que le gris de nuages statiques.

Le jaune des papiers me colle encore aux doigts ;
le brun de mes photos bruine en autant de tâches
qu'on range à tant d'orange où nos feux se soudoient.

Et s'il faut qu'amarante soient mes B.A. tristes,
de ce pourpre qu'indente un sang à toute attache,
quelques mots se sont peints d'un grand blanc futuriste.

mercredi 27 octobre 2010

Sortie du livre "Calligrammes"



Sur une première édition limitée, le bouquin qui résume mon expo' de dix-huit calligrammes, avec l'original, le texte versifié correspondant, et quelques explications sur le quoi, le pourquoi et le comment de ces constructions.
Quiconque est intéressé peut me le commander en m'adressant un commentaire.
Je lui ferai suivre les modalités particulières.
Merci d'avance !
La poésie ne vit que par ceux qui l'aiment.

samedi 23 octobre 2010

Octobre

Que m'importe de dormir à plus d'heure
quand la porte ouverte à l'oublié cœur,
laisse des mondes perdus devenir
de vastes chants offerts à l'avenir ?

J'aime Verlaine et j'adore Rimbaud,
j'aime l'automne et ses souverains beaux :
j'aime leurs miaulements de chatte aigrie,
J'aime les vers paumés dans un ciel gris.

Je décline les cordes d'un Villon
– ses sanglots longs me sont écouvillon –
et j'écoute Brassens prenant son sens
entre deux trois partitions de Saint- Saëns...

La vie est belle autant qu'un jeu d'enfant,
triste aussi, comme « Jody et le faon »,
avec ses couleurs changeantes de l'automne,
la vie n'est qu'une chanson qui détonne.

J'aime Verlaine et j'adore Rimbaud,
j'ai forclos mon regard vert en un bleu,
le souvenir implique ses bobos,
mais l'automne adoucit du roux nos bleus.

mercredi 20 octobre 2010

Troisième aphorisme et je vous laisse...

Aimer la vie n'est pas aimer la vie de l'autre : c'est aimer l'autre dans sa vie.

Michel P

Second aphorisme d'avant foot...

L'absurdité est le cadeau merveilleusement empoisonné que la langue fit à la raison triomphante.

Michel P

dimanche 17 octobre 2010

Aphorisme d'improbabilités

La voie de la poésie s'est imposée à moi comme au petit poucet les miettes de pain : on peut toujours espérer retrouver son chemin.

Michel P




Nulle métamorphose instillant notre paume
ne glisse anastomose à nos manques de veine,
ni plus que des poignets d'amour, vains anatomes,
ne sont serments reniés dans un geste de peine.

La mort n'est pas la mue, mais l'amour ne lit pas
le phylactère ému qui se grave en aigus
sous toute partition de notre marche en pas,
sous toute incarnation de notre être ambigu.

Nous cherchons une carte où nos rêves sont peints,
où nul « Monsieur Descartes » n'est encor promu,
nous cherchons d'autres feux, pas la boite en sapin !

Nous aspirons au mieux en espérant tant Mû !
Nous aspirons la mer pour découvrir sa face :
d'un petit polymère est sorti sa préface...

samedi 16 octobre 2010

Aphorisme importé d'une soirée parisienne...

J'ai plus souvent aimé mes histoires avec les femmes que les femmes avec lesquelles j'avais une histoire...

Michel P

jeudi 14 octobre 2010

Bilan du 10/10/10 : assez satisfaisant

Bien sûr, c'était un salon du livre, ce qui n'est pas l'idéal pour mettre en lumière une exposition qui servait plus de décoration que de sujet de rassemblement... De nombreux auteurs connus, un public divers et varié venu tant pour la BD que pour le livre d'enfant, pour le roman souvent et rarement pour la poésie.
Mais ceci, je le savais, et j'ai profité de la concomitance de cette date et de l'édification de ma collection pour une première présentation discrète.
Du côté positif, j'étais installé à côté de Louis Bertholom, poète rock finistérien et renommé - fan' de Kerouac comme moi -, dont par le passé j'avais organisé un récital. On a mieux fait connaissance. Et puis on a pas mal vendu : pour ma part, neuf livres et un cadre. Une recette décente pour une journée consacrée à sortir de l'anonymat !
A présent, j'ai hâte de trouver un lieu d'expo' dédié. J'ai compris que ce n'est pas l'évènement qui fait l'intérêt, mais l'intérêt l’évènement. J'apprend. Il faut parvenir à se situer sur cet intervalle.
J'ai hâte de me trouver un exposant.

lundi 11 octobre 2010

Aphorisme d'éditeur

Avoir un vers dans la paume, c'est suivre la ligne devis !

Michel P

Aphorisme désabusé

L'art n'avance pas avec les gens qui vendent, mais avec ceux qui inventent.

Michel P

Aphorisme d'insomnie

Notre mémoire des dates est dictée par la puissance de nos traumatismes ; leur page se tourne lorsque certaines s'oublient.

Michel P

jeudi 7 octobre 2010

Avis à la population cybérienne !






Voilà ! Cela se précise !
Dimanche, ce fameux 10/10/10 qui sent le soufre - belle date pour un coming-out public, tout de même - j'expose pour la première fois ma collection de calligrammes, en format A2 sous verres 70 x 50.
Ce soir, je me suis farci mes neufs paliers sans ascenseur avec les cadres ! C'est bien : ça me fait faire un peu de sport, car c'est diablement lourd c't'affaire ! Il y en a dix-huit...
Demain je ferai les encadrements des dix-huit reproductions que j'ai faites tirer chez un imprimeur numérique brestois, le même chez lequel je dois aller en fin de soirée prendre livraison des cinquante exemplaires du livre qui résume cette exposition.
Et oui ! Je me suis auto-édité. J'avais un enjeu : l'exposition, et guère le temps à sacrifier pour une aléatoire recherche d'éditeur. J'ai donc pris mes risques. Oh, ce n'est pas un très gros investissement, mais quand on est au chômage, un investissement même modeste est un risque non négligeable. Je dois rendre hommage à mon père qui, m'ayant donné un peu de fric, m'a permis de prendre ce risque.
Je me suis dit que si je ne le prenais pas, je risquais de passer à côté de ma vie et de le regretter pour le restant de mes jours. Alors, puisque j'avais la chance originale d'avoir créé des calligrammes, je me suis dit qu'il fallait que je constitue une collection exposable. Une collection qui me permette de sortir d'un Internet finissant par devenir un ghetto pour écrivains. Ensuite, il me semblait évident de constituer un recueil comportant les dix-huit reproductions, leur texte versifié ainsi que des commentaires sur leur conception. Le tout pour un bouquin en format A4 de 80 pages. Merci à l'impression numérique qui me permet également d'imprimer en 50 exemplaires et à un coût décent. Et c'est ainsi que naissent "Les éditions du Capitaine" ! Pour l'instant, ce n'est qu'un prête-nom pour le décorum, mais très probablement une future micro-entreprise. J'ai mes idées là-dessus que quelques d'entre vous connaissent déjà.
En tout cas je fais consciencieusement ma petite compta', factures et décompte des frais de route y compris, quoique je ne compte pas mon temps... Ce dernier sert à combler le vide existentiel qu'offre la post-crise de notre économie mondialisée. Mon conseiller Pôle-emploi m'a donné raison : ça maintient la pèche !
J'ai le sentiment de parvenir à tenir mon planning, et ce malgré les multiples réparations auxquelles j'ai du procéder sur mes deux autos vieillardes. Mais là encore, je rends hommage au petit garagiste que j'ai trouvé, qui joue des clés comme moi du clavier, et pour pas trop cher. On se trouve souvent des points communs insoupçonnés avec des gens insoupçonnables.
Demain, je dois donc préparer mon expo' - mise sous verre et empaquetage en papier bulle -, passer à la bibliothèque de Châteaulin afin de les rassurer, faire un tour à la rédaction d'Ouest-France où je connais le rédacteur, pondre quelques cartes de visite, et finalement filer à Brest chercher mon carton de bouquins.
Samedi matin, envois à la BNF et à mes proches des premiers exemplaires par voie postale... L'aprème, je redescend mes cinq étages avec les gros paquets, direction la biblio' afin de mettre en place l'expo'. Le soir, je souffle. Et dimanche matin, réveil à 7h pour filer un coup de main au montage des barnums... Je rentrerai ensuite chez moi, prendre une bonne douche, et me retrouver tout pimpant pour le salon du livre.
Il y aura du beau monde au salon du livre, une quarantaine d'auteurs dont certains célèbres au moins régionalement. J'espère ne pas sembler trop ridicule... De toute façon, j'm'en fous ! J'arrive en petit artisan, un peu comme mon garagiste. Les intellos à la con - s'il y en a - ne m'intéressent pas.
Je fais ce que je crois bon de faire, et j'espère interpeller l'attention de quelques visiteurs.
Pour vous qui êtes probablement loin, sachez qu'une fois constituée, cette expo' a une vocation itinérante. Vous pouvez m'aider en me trouvant des lieux d'exposition. Vous avez bien compris que cette expo' est aussi une stratégie de com' ! Elle me permettra évidemment de vendre mes reproductions encadrées à 30 € pièce, mon bouquin - que vous pouvez bien sûr me commander en passant par mon courriel - à 15 €, mais aussi de me faire connaître, de créer du lien réel, et de parler de mes multiples autres écrits.
Quoi qu'il en soit, Max Jacob avait un peu beaucoup raison quand il disait que "le métier d'artiste est un métier de crêve-la-faim".
:)

Aphorisme d'apéro



On peut écrire brillamment sans connaître la littérature, mais on ne peut améliorer cette écriture qu'en franchissant ses portes.

Michel P

mercredi 29 septembre 2010

Qumran




Sans rien comprendre au monde, ignorant ses ressorts,
on s'engouffre à la sonde aux tréfonds des abysses,
et je ne sais pas plus si quelconque en ressort
avec l'œil d'un Horus ou le bec d'un ibis.

Je ne sais rien des pyramides inversées,
des nombres d'or, des « pi » numides invertis,
des labyrinthes mus par nos larmes versées,
ces fleuves inconnus qui m'ont tant perverti.

Je ne sais rien de moi ni moins encor de vous,
nos fils allant de soie s'étoilent dans le vide
et l'ombre de Narcisse imprègne notre moue.

Sans rien que je comprisse aux lignes de nos rides,
il m'est gravé pourtant aux creux que la main porte,
un manuscrit datant du sel de ma mer morte...

jeudi 23 septembre 2010

Le tiers inclus (texte versifié)


Afin de voir le calligramme correspondant, cliquez ici.


ne pensons pas si souvent qu'à notre personne,
qu'à notre bout du nez,
car ne sommes en somme
que des impatients, des cœurs bornés,
un con sonne.
Un col blanc,
javellisé de plans,
de rencontres molles
et d'hôtels qu'on immole,
de peurs d'être à deux mieux qu'un,
de comportements pour le moins mesquins.
Si nous ne pensions pas à demi-maux ?
Mais demains à deux mains ?
De mots et d'émaux ?
Si nous étions dans
une volonté de partage, enfin,
sans se bourrer de précédents,
sans penser de fait au mot fin,
on se sentirait vraiment libre,
tous aurions cesse de payer
et l'amour aurait un calibre :
ta jambe dans ton bas rayé.
Nous rêverions d'avenirs,
fabriquerions un biplan
plantant les souvenirs
tel un Mister Caplan.
On est Hitchcock
à chaque prise !
À chaque coque,
à chaque brise !
On s'ouvrirait
à nos passions
on souffrirait
de délétions.
Et on aurait
incandescents
de nous l'orée
du bois naissant.
On aimerait
de notre pied blessant,
le talent d'un Achille éblouissant,
l'étalon d'une agile aménorrhée...

ULTRAFEMINISSIME !
Ne soyons  pas pour autant innocents de nous
ni moutons de Panurge,
de la noix nous est le brou
pour nous maquiller sans que rien n'urge,
sans peu ni prou.
Rafistolons nos vues
réciproques et lapidaires,
qui n'a jamais fait de bévues ?
S'il est besoin, j'en suis récipiendaire.
S'il faut aimer, c'est sans affrontements !
Un contre un ne fait le cœur d'un enfant.
Un contre n'a fait qu'épuiser
Le cœur des amants.
Certaines ont vampirisé
sans se douter qu'en s'épuisant,
elles s'étaient la branche sourcillée
sans se douter ce qu'aimer est vraiment !
Elles ont perdu en quatrains dissouts
ce que les corps ont disséqués,
et dans la tirette à dix sous,
la vérité de ce qu'est
un grand amoureux soul.
Un contre un, c'est s'affronter,
et se détruire, ce n'est pas aimer.
Il faut se laisser luire une belle entité,
un parfait illusoire en tierce identité !
Si la vie imparfaite n'est pas toujours rimée,
elle offre son remake au gré juste arrimé.
si les bas glissent
tout doucement
sur ses cuisses,
laisse les faire,
point d'enfer
à nul amant !
sa cheville
se tortille
d'un baiser
posé inadvertant,
sur un espoir, un cri,
cirage noir écrit.

Oh ! Oui
car en vrai ceci
mais surtout cela

Au couple n'est besoin de se nourrir de l'autre,
Il se construit des deux sans qu'il en soit exclu :
les projets sont portés par ces deux bons apôtres
à ce troisième humain qui n'est qu'un tiers inclus !
En l'oubliant tout n'est pour nos yeux que de poudre
et d'explosions peuplées de Cow-boys et d'indiens.
Donc l'âme à ce moulin porte ses grains à moudre
qui leur offre en retour un pain blanc quotidien.

dimanche 19 septembre 2010

Châteaulin (texte versifié)


Afin de voir le calligramme correspondant, cliquez ici.


Tout au bout du canal allant de Nant' à Brest,
tel un dernier fanal au bord d'un gouffre (l'eau),
elle a posé l'écluse en un poing sur le reste,
comme une ultime excuse à ce dernier sanglot.

Sont bien des théories pour expliquer son nom !
Mon récit favori, c'est du glorieux Alain
qui aux trop ambitieux sut imposer son non
et régner sous les cieux de Dol à Châteaulin.

Il ne subsiste rien de son puissant château,
si ce n'est – aérien – son rocher millénaire,
une tour éventrée tel un gisant bateau
et les murs dits « du diable » en onde circulaire.

Les anglais l'ont brûlé tant fuyant Duguesclin.
Il fut démantelé par la suite, os par os,
pierre par pierre, amont découlant du déclin,
mais la ville a le nom de ce fort si féroce.

D'autres pensent aussi aux artisans du lin,
du tissu dont on fit des gréements d'albatros
aux grands oiseaux cinglant en bordure du loin,
sans saint Glin ni saint Gland pour les bénir de crosses...

Puis la ville a vieilli aux carrefours extrêmes
d'une région cueillie par la queue pourrissante
d'un bout du monde austère où n'est plus monotrème
qu'un curieux mammifère aux terres finissantes.

Il y eut Jean Moulin, sous-préfet d'avant-guerre,
à jouer les plus malins, soulignant d'un trait rouge
pour des états majeurs d'immatures « naguère »,
pour les mauvais nageurs, ce gué dont l'Aulne bouge.

Rivière serpentine où la tête est à l'envers,
ta courbe m'entêtine à l'image d'un sein,
ma bouche s'est nichée dans le creux de mes vers
afin de les tirer du nez du raz de Sein.

Et le canal, patient, roucoule imperturbable,
sous leurs coefficients les marées l'investissent.
Du grand ogre Saint-Louis sort encore un cartable,
l'écrouelle éblouie que la vie rapetisse.

L'ordinateur consacre un très saint Idunet,
la chapelle qu'on sacre en est d'autant marrie,
le marché du jeudi fait toujours place nette
aux quais peuplés – je dis – de tristes méharis...

J'ai laissé la moitié de mon cœur par ici :
dans l'un de ses quartiers à l'humeur parricide,
j'ai laissé ma moitié sur scène parisis
d'un fleuve tout entier et de quelques absides.

Mais lorsque je reviens sur les rives de l'Aulne,
je me sens souvent bien, appaisé, déconstruit ;
je repense à Fournier, aux légos du « Grand Meaulne » :
tu auras beau te nier, seule la vie t'instruit !

Or le viaduc surplombe un tout en sens unique.
Le gris nuage plombe une onde dédaigneuse.
Le pont l'enjambe aussi – cavalier harmonique –
et leurs dos indécis taisent la note hargneuse.

Mon fils pêche une perche un rien si moins tendue
que son fil qui me cherche au télégraphe ardent.
Ma fille enquiert sa marche inouïe des sons ardus
des clapotis d'une arche aux eaux la cascadant.

Et Châteaulin grandit des gens qui, l'habitant,
font sourdre des non-dits quelque autre vérité
des brochets embrochés, des saumons ruisselants,
des sandres sans crochet de sabres hérités.

Un jour je partirai. La ville sera close.
Mes yeux seront fermés aux boucles du canal.
Comme dans tout divorce il y a force clauses :
j'écrirai sur l'écorce où le trait n'est qu'annales.

Là, je raconterai la geste d'un amour :
la geste incinérée comme un château régent
trônant entre des ponts sur le grand fleuve Amour
et sur le vain répons du grand Alain Fergent.

À la croisée des chemins, en pénétrant Crozon,
on passe Châteaulin sans savoir de quel mal
on tatoue doucement ses lignes d'horizon :
en lignes tout se ment, ce lieu m'est animal !

lundi 13 septembre 2010

Chuvisco de Ouro



I

La force se situe dans le cœur d'un triangle,
entre angoisse qui tue, assurance perverse
et fierté pour les peines d'orgueil, et qui sanglent
aussi bien que ces chaînes dont on fit commerce.

Le grand éléphant blanc – posté sur ses défenses –
ne sait qu'en dédoublant tout être de toute âme,
on surpasse le poids du soufre et des offenses,
et des corps un emploi les fourbissant en lames.

Si lourdes sont de sens les lignes d'un visage,
tant emplies de puissance et de troublants contrastes,
qu'on ne les croit venues que de cet héritage,
alors que leurs vœux nus sont ceux d'un Zoroastre...


II

Les lutteurs d'Ousmane Sow, debouts et scarifiés,
comme deux gouttes d'eau qu'ils sont aux capoeiristes,
chantent l'immémorial des peuples sacrifiés
au grand vice impérial du verbe esclavagiste.

Ils dansent de combats pour la fraternité,
l'égalité des droits malgré nos différences,
et ce depuis bientôt plus d'une éternité :
si l'arche est un bateau, que dire d'une alliance ?

Et pourtant un regard suffit à l'exprimer :
l'instant sans crier gare où l'œil a vu Caïn,
Abel et compagnie d'une main comprimés,
quoique les compas nient en vains manichéens.


III

C'est en rupture !
Ce qui est en rupture est grand.
Horizon...
Thal...
Les vers t'y calent
en t'intégrant !
L'ombre... l'épure
et la sculpture
vont rugissant
comme un grand lion mature au mufle mugissant.

Nos vies sont pétries comme notre image,
de replis que l'on trie, de plaies et d'accidents,
d'un grand Rastafari mais de petits rois mages,
et quoique l'enfant rit, nous nous sentons prudents.

Mais reste sur la gorge un triangle de nerfs
où la force se forge à l'enclume réelle
de nos acquis passés, au marteau du tonnerre
qu'un présent frappe assez, qu'un futur nous cisèle.

Fiana

À Fianarantsoa ou dans tes airs malgaches,
soudain l'on s'aperçoit des cartes dans nos mains
que l'on laisse glisser, tant que notre mal gâche
d'une ligne éclissée ton souffle trop humain.

Ce parfum tropical porte plus qu'une haleine :
son fixe et radical, diffus mais d'un gaz car,
à l'opposé de l'or, de l'ambre des baleines,
en respirant t'endort, rêvant Madagascar.

Si quelques traits violents tirés d'âmes guerrières
– tels ceux des pairs d'Ossian, de Finn et des fianna –
rendent à ton visage une froideur pierrière,

le constant métissage où ta chaleur, Fiana,
se répand comme un sang, confine à ces couleurs
sur les doigts innocents du plâtre des mouleurs.

mercredi 8 septembre 2010

Aphorisme d'apéro

"La grandeur d'une œuvre n'est pas tant dans le nombre de volumes imprimés que dans le fait que le sien soit devant les autres !"
Répartie de Rimbaud dans ma pièce.

mardi 7 septembre 2010

Aphorisme (suite)

"La petitesse de l'œuvre minimise évidemment le risque de redites..."

Camille Claudel, toujours dans ma pièce... :)

Aphorisme de début de soirée

"J'ai l'orgueil de penser ne m'être jamais répété. Il va sans dire que si tel constat m'était apparu soudain, j'arrêtais illico d'écrire ! Et j'ai senti qu'il valait mieux ne pas m'y confronter, anticiper. Pauvre Paul..."

Toujours dans la bouche d'Arthur Rimbaud pour ma pièce.

Le migrain




Sauriez-vous me parler de vos peurs indicibles ?
de ce qui fit hurler les rails de votre voie ?
et vous fit enferré le cœur en d'autres cibles
que celle préférée vous éteignant la voix...

Sauriez-vous me conter l'hésitation d'un pas ?
Le lâcher-prise écourté d'un bonheur sacrifié ?
Les circonvolutions de ces « je ne sais pas »
qui comptent l'addition des amours torréfiées...

J'empaquette les grains de beautés hésitantes ;
j'ai piqué le migrain – mal de tête des hommes –
à force de questions sur vos chairs palpitantes...

Il me semble – en gestion de sentiments – qu'en somme,
vous préfériez au pire un néant bien stérile,
au risque d'un empire un gris façon terril.

Aphorisme de la nuit

Créer, c'est articuler un monstre offert aux pulsions scoptophiles de ceux qui en sont incapables.

samedi 4 septembre 2010

La légende de Novgorode





à la petite Jehanne de France, ou à Hélène, peu importe : c'est pareil.


Cette "épopée héroïque et cocasse"
prend racine à Krasnoïarsk
- répète après moi : KRAS-NO-YAR-SQUE -
enfin tout juste après
à Taïchet
à Krasnoïarsk
j'avais fait sauter un train
le premier
l'odeur de la mèche
le bruit
le feu
l'artifice
Blaise Cendrars qui était un fin mystificateur doit s'amuser de mes supercheries
depuis son nuage
moi qui suis tant à l'ouest que je n'ai jamais dépassé les chutes du Rhin
ni les chutes de reins
pourtant à Krasnoïarsk
on est à mi-chemin entre l'Oural
et le Baïkal
entre Nijni-Novgorod
la nouvelle Novgorode
- d'où le nom de la Légende
puisque c'est là que l'on pénètre en Asie pour la première fois
dépucelage -
la nouvelle Novgorode
Gorki
du nom de Maxime
que l'on voyait aussi riche que la cité Varègue
ces vikings qui donnèrent leurs yeux bleus à la Russie
Novgorode
trafiquante médiévale
Venise incarnée dans les terres
rubis sur l'ongle
et moi, solitaire
entre Nijni-Novgorod
et Irkoutsk
- répète après moi : IR-KOU-TE-SQUE -
au milieu était Krasnoïarsk
puis Taïchet
au milieu de "La prose du transsibérien"
et des rails fondus qui scellèrent notre alliance
et moi solaire
pareil à Keats
pareil à Baudelaire
pareil à Rimbaud
pareil à Verlaine
pareil à Poe
mimant Apollinaire
pareil à Cendrars
au creuset des larmes défendues
et des serments inavoués
nous sommes arrivés
dans des cités où les bulbes d'or laissaient promettre une floraison grasse et colorée
dans des dédales somptuaires enivrant de possibles orientaux
orientés
désorientés
nous ne sommes arrivés nulle part
nous n'avons trouvé nul trésor
chaque gare est un vieux port
et chaque vieux porc
un bouge où l'on s'égare
Jeanne !
à présent que nous faisons route ensemble
il est bon que tu m'écoutes !
La légende de Novgorode je l'ai montée de toute pièce pour t'épouser
au sommet il y a les fameux mille et trois clochers
ça croustille de rutilance
les moines sont des papis gâteux
leurs lèvres enfoncées bavent d'envie de raconter l'histoire
mais les mots sont tués par la défaillance de leur mémoire
Hélène !
Je crois que j'ai voulu trop être aimé de toi
de Troie
je ne suis pourtant pas à cheval sur les formes
mais quand les poulains sont faux
les germes s'abattent à la faux
"La légende de Novgorode" est une facétie magique dont je fais à mon tour ouvrage
c'est le propre d'une légende !
Un texte qui n'a jamais été écrit vaut bien plus qu'un texte mort
il raconte le vide ambitieux des secondes à venir
il te dit "je t'aime"
mais ne te l'écrit pas
il te dit "poème"
et moi je ne sais pas
ne me perds jamais
il y a les couloirs
et les compartiments
il y a le vouloir
qui quoi qu'en part t'y ment
il y a les arcanes étranges des wagons plombés
qui sont comme des dents à peine encor tombées.
Nous sommes tous en notre adolescence
il faut l'admettre
devenir adulte demande énormément de chemin
chemin
cheminées
fumées
cigarettes
amour
à Nijni-Novgorod
sur la banquette du train
je m'étais endormi.
Une main fluette m'avait éveillé.
Une main porte plein d'histoires !
La sienne
dans le triangle de ses lignes
la nôtre
dans son intention maligne
la vôtre
dont la présence m'éloigne.
Une main porte aussi des bagues
et des absences de bagues
des vides colorés de blancs
des doigts coupés même présents.
Jeanne !
Nijni-Novgorod, c'est la butée du funiculaire de Montmartre, non ?
Hélène !
fantôme de feu
Blaise
Freddy
il n'y a pas de fumée sans feu
et Novgorode s'élève ainsi qu'une Saint Jean
parce que tout brûle
c'est l'entropie
parce que l'on brûle sans parfois parvenir à dire ni pourquoi ni comment
c'est cela la "Légende de Novgorode"
et qu'il n'y aura jamais quiconque pour éteindre
ce feu qui la dévore.

Jeanne !

Hélène !

Je crois qu'il fit à l'aise cendre art.



Nous ne sommes que des baisers posés à l'embouchure de flacons alchimiques.

mercredi 1 septembre 2010

Accidentaux



Si nous fûmes bercés dans une coque dure,
rejetons déversés dans des berceaux gîtant,
nous gardons sur la peau le fait que rien ne dure,
le signe dont l'appeau fit de nous des gitans.

S'il on est à tout age un éternel enfant,
et à tout tatouage une fuite éperdue,
c'est qu'un jour un naufrage, à peine adolescent,
nous bâtit un barrage et nous fûmes perdus.

Tout moisit, tout est rance, et les eaux sont saumâtres,
sur le pont de la Rance il nous est des frontières
que la Bretagne emmisère en « limes » acariâtres.

Serions-nous comme Isère issus des fondrières ?
Ou comme Iseult le fruit de tapages nocturnes ?
Peu importe le bruit à nos vers taciturnes.

mardi 31 août 2010

L'œuvre au rouge, ou grand-œuvre ou grand-magistère



De terre est tiré l'Homme et Femme de sa côte,
de leur parabellum un conflit millénaire :
l'argile rouge est-elle un baiser sans sa faute,
ou main sacramentelle en impies tortionnaires ?

Nous naissons façonnés d'un désir de parents,
et chaque nouveau-né sculpté de projections :
nous n'existons que dans un fantasme inhérent
au sexuel accident d'une éjaculation.

Il nous faut donc renaître autrement, ailleurs,
et laisser se repaître un charognard avide
de la vieille carcasse, ossements gouailleurs.

Comme Monsieur Ducasse, en faisant face au vide,
rêver, se rêver soi dans la lie de la glaise,
et dans le lit de soie d'une gironde anglaise...

dimanche 29 août 2010

Aphorisme du soir

"Peinture et poésie confinent à la mythomanie : elles nous poussent à croire en nos propres escroqueries."

à mettre dans la bouche de Rimbaud pour ma pièce...

vendredi 27 août 2010

La toile






Il n'y a rien : la toile est blanche
comme un cerveau de javel est
lasuré d'entre quatre planches,
mon caleçon se démerdait...

Et sur le drap du triste suaire,
certains la firent macabrée,
d'autres aussi parfois en suèrent,
d'un jus qui ment qui m'a cabré.

Certains la firent prosélyte !
La pauvre chérie du ruisseau,
battant tambour de ses élytres
et des alcools sous le boisseau.

Sous les boissons des tristes sorts
et le bois sage des élites,
j'en connus dont le gai ressort
se mesurait surtout par litres.

J'en connus des poètes vains,
troquant un cœur pour une bite,
et de l'absinthe pour du vin,
le désert est aux mozabites.

Le désert clair des yeux absents,
des faméliques injonctions,
que nos abcès implorescents
rappellent à nos componctions.

Où sont les tables de la Loi ?
Sinon pour repaître infamant,
et que le gras le long des doigts
coule en ces broches m'enflammant.

Ô toi, ma belle inspiration,
avec tes seins lourds et distraits,
avec tes hanches dont l'onction,
sont de mes vers le moindre trait,

rappelle l'onde du néant
et le zéro qui m'est discret,
vers l'infini de l'océan
et le Koestler que j'indiqu'rai !

Les nombres premiers sont nombreux.
Ils nous sont des noms incommuns,
impropres à quoi que soient ceux
qui les voulurent plus humains.

Ils brûlent d'un feu sans raison
ni cause, ils brûlent nos passés,
ils brûlent terres et maisons
et nos carcasses dépecées.

Makine en parle trop souvent !
J'aime le lire : il est un grand !
Sur son caveau souffle le vent
de Montmartre, et le bel écran

des vestiges resplendissants
d'une littérature oisive
dont je suis l'astre bondissant
et la fontaine permissive.

Il n'y a rien : la toile est blanche
et la danse rouge est fantoche ;
le bleu des yeux, c'est le ciel,
et le vert : celui de l'Irlande.

Le blanc ? C'est un drapeau posé
comme un drap sur des corps laiteux.
Le retirer ? Je n'ai osé...
La paix se trouve-t-elle en eux ?

jeudi 26 août 2010

Gauguin








Il est venu chez moi voler des couleurs,
sur l'étal des émois et sur nos mères d'huile,
sous leur coiffe ahurie par le poil racoleur
du pinceau, dont furie de l'ardoise oublie tuiles.

Parvenu, ce messie – ah, mais oui mais si mais -
avec des indécis, de s'en faire disciples,
et toute son école en bon ordre d'armée :
Pont-Aven, on s'y colle et l'on s'y mire en cible !

Faire court sur Gauguin, loin des hémicycles,
c'est oublier le gain pour l'ivresse du vent :
c'est troquer longue-vue contre pauvres bésicles.

Tahiti : je l'ai vu dans ma vie de l'avant...
Il volait les pastels de mon grand-père enfant !
En volant comme tel, on marquise et l'on fend.

mercredi 25 août 2010

Rendre







Qui fera le portrait de l'affreux hydre aux liches ?
De ces démons abstraits dont les eaux au moulin
charrient tous nos limons dans un flux de pouliche
mettant bas les sermons délivrés au malin.

D'écheveaux hors d'haleine, on nous en fit bien foin !
Moi ? Mon poste à galène en soumet des plus rudes,
des bibles indues et des versets chafouins,
j'ai versé l'onde due dans les cous les plus prudes...

Coups de points à la ligne et cul de jatte aimable :
si mon encre est maligne et ma gouaille invective,
laissez-moi les poisons d'une vie si blâmable.

Laissez-moi la toison de ma brebis votive :
je la tonds au printemps des peuples ignorants,
et quand l'hiver attend, par mes mots je la rends.

mardi 24 août 2010

Van Gogh








Tempête sous un crâne où cyclone à l'œil vert,
celui de l'asynchrone absinthe – ô fée pâlissante –
qui suinte sur la chromate église d'Auvers,
suée par l'acrobate à tempe érubescente ?

Quoi ? Parler de vision, n'est-ce point constater ?
C'est dans ses divisions que l'artiste blindé,
prophétise le monde insu – car l'esthète et
le maudit font l'amende – à nos cerveaux scindés.

Boules coupées en deux comme nos hémisphères,
ne sont à présent d'eux réunis qu'univers
emmêlant les couleurs et laissant les miss faire.

Si l'on se sent petit, grand, un peu Gulliver,
dans la psychopathie s'appelant Liliputh,
Van Gogh et ses douleurs n'ont jamais fait les putes !

samedi 21 août 2010

Kornwall





Elles étaient treize


les treize filles du fermier chargées sur la remorque du tracteur parmi le foin

(des balles qui n'étaient pas perdues pour tout le monde !)

elles devaient avoir entre vingt et sept ans

ce qui en fait treize

et douze retours de couches

elles étaient statistiquement convenables

c'est à dire brunes blondes et rousses

en proportions celtiques

et leurs proportions étaient également convenables

et leur peau veloutée par l'improbable soleil de ce juillet cornique

semblait douce

comme le vent relatif des vingt miles per hour du tracteur

sur ce théâtre improvisé nous étions deux acteurs

blonds

lui avait les yeux bleus

moi j'étais grand

nous étions vêtus de surplus militaires

ce qui suffit à nous faire apparaître allemands

parce que le germain marche intuitivement plus volontiers chargé de vingt-cinq kilos de survie

tandis que le français grabataire

n'est chargé que de réputation

de pastis, de pinard et quelque fois d'eau-de-vie

tant il faut d'eau pour en faire ablutions.



Un autre fermier

la veille

nous avait informé qu'il faisait cent degrés !

– Farenheit, s'entend –

dans le Bodmin moor

nous fûmes poursuivis par un nuage de taons

et lorsque le taon cherche à te rattraper

c'est un présage proustien !

nous avions couru en zig-zag

cela fait vingt ans que je cours encore ainsi

cela fait de jolies vagues

de jolies rides

aux commissures des bouches adolescentes quoique vieilles

aux bords des lèvres cramoisies

puis nous arrivâmes dans la crotte d'une « farm »

que malgré nos souliers de marche

nous cherchions à éviter comme un péril mou

alors qu'une belle jeune femme

pieds nus dans la merde

s'en allait chercher son père

noire comme l'ébène

sauvage

l'autre fermier

nous étions sur les falaises de Tintagel

près du défilé que borde le mystique château du roi Arthur

où plus exactement celui du duc de Cornouailles

où – sous le subterfuge du fou Merlin –

Uther Pendragon engrossa la femme du duc

Ygrène

afin d'en concevoir Arthur

demi-frère de Morgane

sauvageonne

noire

Morgane-la-noire

migraine

nous étions suspendus au mythe comme à ces falaises vertigineuses

et comme à cette beauté vénéneuse

car cette nuit-là

la plus belle qu'il me fut donné de passer à camper

je ne dormis point fermé

mais ouvert à la mer d'Irlande

généreuse

bâtissant autour de nos tentes gonflées par la brise nocturne

ces petits murs de pierres posées et entrelacées telles des lacets de cothurnes

dont nos ancêtres ont constellé nos landes

de leur inimitable et fascinante intemporalité.



L'on m'a dit que la pire chose en Himalaya

outre les sangsues dont on se protège comme on peut avec des parapluies

puisqu'elles pleuvent des frondaisons en détectant la chaleur des corps

ce sont ces interminables escaliers que l'on gravit

sans que jamais ne s'achève en un alléluia

la plainte de la pente où s'offre le décor

des marches que l'on mène au tournant de sa vie.



Les falaises

de la côte nord des Cornouailles anglaises

sont percées comme des outres

par des multitudes de rus

ce sont des montagnes russes

que l'on monte et que l'on descend

en juillet ou bien en août

par d'identiques escaliers

où de mètres deux cents

sont l'addition minimale

à nos pas résiliés

et nos hormones déjà mâles

sous un soleil incandescent

à faire fondre un bonhomme de sel

où la tachycardie te guette

où l'on se met à courir effrayé

du malaise de son compagnon

où l'on cherche en vain une oasis dans un pays d'eau

où l'on se remet en route après coup

multipliant les kilomètres de la carte par les déclivités

et par ces degrés que l'on maudit

température

créneaux de quarante centimètres

à l'épreuve de toute bite d'amarrage

que l'on surmonte à chaque pas

rehaussant le sac à dos à chaque étage

lui qui de ses lanières te tranche les épaules

te file des boutons de pus à force de macérer tes clavicules dans ta sueur

on appelle ça « le voyage qui forme la jeunesse »

et achève les chevaux.



Sur la route

puisque l'on a parlé de bite et à présent de route

dichotome

le choix de se faire embarquer semblait évident

au point de stopper un tracteur revenant de la fenaison

et de poser le sac pour de menus miles

et de se regarder dans le miroir du bleu des yeux de la grande sœur qui me parla en allemand

puis en français

lorsqu'elle entendit mon fantastique accent shakespearien

mon pote ne disait rien lui : il était mort

Elles

Elles étaient treize

j'ai vicieusement compté

mais l'aînée parlait pour les autres

ou presque

car la cadette revendique un peu toujours son droit de citer

et je peux vous jurer

posé sur une botte de paille

dans la plus naturelle et sublime déréliction

que nous nous sommes incidemment trouvés entre treize merveilleuses femelles

toutes du même sang

et très belles

rapidement nous cessâmes la discussion

afin de profiter de cet instant

je ne sais plus exactement quand nous descendîmes

l'impôt fermier se nomme ainsi la dime

mais en atteignant le kyste de Penzance

furoncle au cul des Bretagnes sur leur chaise d'aisance

j'ai revécu l'incident de la splendeur de mes Cornouailles

et je le revis insensément

vampire absorbant ses doses d'ail

français qui pue le beurre d'escargot

avec sa maison sur le dos

et ses bohèmes où qu'il aille

avec ses « wait and go »

et ses passions d'Eldorado

que tout déjoue

je revois l'espoir céruléen d'une fille qui m'effleura la joue.

vendredi 20 août 2010

Avatars




Le Graal


sa quête m'a toujours fasciné

cet objet que l'on recherche sans savoir

ni ce qu'il est

ni pourquoi

mais pour croire

qu'il possède des vertus insoupçonnées

si longtemps

je l'ai cherché

des années de terre gaste et d'errances

de douloureuse garde et de souffrances

un beau matin

je l'ai cru trouver

je vis alors de mes désirs l'objet

et mon corps sut à quel point

ou pensa

combien il était vide quand il fut plein

d'une âme recouvrée.



Un lendemain, je t'ai rencontrée

comme je te rencontre encor parfois au futur

dans d'autres lendemains bariolés d'azur

tu m'as accompagné

parfois porté

– ce dur chemin mène à la vie et au grand jour –

avant que l'horloge de nos heures communes ne se fut arrêtée

tu m'as recueilli

protégé, soigné, choyé

amoureuse de ce que tu donnais

et l'oiseau s'envole une fois guéri

ou moins malade

ou moins chétif

ou moins fort mauvais poète

ou moins autre chose qu'écrivain

au moins ça justifie comme un traitement de texte

et comme les pages des livres de Folon

qui s'envolent elles aussi lorsque vient l'heure de la transhumance et des migrations

et quand bien j'existerais dans ton futur présent

en guettant celui que tu attends

si c'est mon tour d'y voir

tel âne en y laissant ma sueur

ami de cœur, de peine et confident

confis dans les bons sentiments

Ferronnière dans ma mémoire

ou dans quelque autre avatar

ou dans mon sens

puisque mon sang t'y ment

j'écrirai les fruits des bavures d'encres irisées

que font nos tâches fouettées par la risée.



Mon train repart toujours vers l'ouest trop lointain

le far west inopportun

emportant avec lui les restes incertains

des carcasses de poulet dont les petits os font mal aux gencives

des pique-nique

– Dieu que ce terme est trivial –

où les poses sont lascives

les promesses cyniques

les embrassades joviales

et les amours permissives

emportant tout sur son passage

et sur son repassage

emportant la mâchoire

tel un crochet de Jack Dempsey

sur les rivages des rivières où l'on put choir

pour des moments passés

main dans la main

doigts dans les yeux

à défaut de fourchettes pour repaître dans les champs

à défaut d'un peu plus de verve dans nos chants

et de regards un tantinet chassieux

qui sont autant de souvenirs communs

les gages de nos jours meilleurs

– les usuriers sont aux aguets –

et notre image sur une écorce dans un cœur

– des rames de papier font que l'aubier pagaie –

restera celle d'une fleur

un pissenlit ?

un hortensia ?

une cyme de roses trémières à escalader ?

noires comme celles du mal

cueillies du bout de l'ongle en un dédale

de vieilles rues édulcorées

d'un Locronan rongé par l'intelligentsia

qui depuis Prévert a fait son lit

d'une cité maudite et si semblable à ces femmes en avatars

prêtes à éclore à leur bonheur.

jeudi 19 août 2010

Nouveau dendrogramme : "Triades"


(Cliquez sur l'image pour agrandir)

mercredi 18 août 2010

Aphorisme du soir

Il ne faut pas quêter les commentaires flagorneurs quand on crée sur internet, mais le silence de ceux qui passent sans ne rien oser dire : c'est lui qui est rassurant.

dimanche 15 août 2010

Fuites

Cowboy by Portishead on Grooveshark



Le soleil était au zénith
nul ne sait à nos latitudes tempérées ce que ce terme recouvre
une chape de plomb
que l'on cherche invisible
puisqu'elle nous surplombe
qu'elle plante son dard au sommet de nos cranes
aiguille principale des poupées vaudou s'agitant dès lors ainsi que des pantins
sous l'empire implacable de l'équateur
percés le long de notre méridien
et nous découpant - sagittale - entre capricorne et cancer
l'ondulation du bord était sensible quoique faible
assimilable
nous avions chaussé nos poings
nous nous donnions en spectacle pour le bon plaisir gladiateur d'une jeunesse inconséquente
nous avions ganté nos jambes pour frapper au gré des oscillations marines
parce que les boxes
françaises
anglaises
américaines et thaïlandaises
sont l'imparable moyen de nos confrontations post-adolescentes
un mode d'affirmation
au rythme régulier de la gîte d'un bâtiment de guerre
métronome
et la technique du chassé
silence dans une partition
pour faire chuter les acrobates
et ramener leur égo à plus de componction
et leur squelettes aux cliquetis dont ils débattent
sous l'écrasante pesanteur d'un astre dominant mais harassé
comment m'étais-je alors retrouvé
dans pareille galère embarqué ?

Je me souviens de la rue Royale...

C'était un beau mois de juin
les mois de juin quand il sont beaux à Paris
le sont plus que partout ailleurs
les décolletés des jeunes femmes sont de petits oiseaux aux ailes en V
ils laissent leur parfum en guise de fiente au revers des cols
s'insinuent aussi entre les pavés
c'est le parfum de la fin de l'école
il hante les métros du poids lourd des heures de sèche
et les camions-bennes de bulletins collés aux ordures
c'est le mois où tout le monde s'en fout
le mois de l'été oublieux que rien ne dure
succédant à mai et ses promesses de fou
un mois doux comme une peau de pèche
ayant craché les noyaux des cerises
un mois que les sur-moi grisent
or
mon sur-moi devait précisément s'être enivré
de ruptures à consommer comme autant de Téquila frappées
d'amarres à larguer dans le grand déballage des trahisons inéluctables
de ponts à couper dans le chaos qui fait suite à tout séisme
dans l'apparente légèreté des êtres de vingt-deux ans
psalmodiant leur hymne trompeur aux gazouillis des oiseaux nidificateurs
fausse ambiance
décor de carton-pâte
musique d'ascenseur pour l'échafaud
faux
concert pour sous-préfète nimbée de couacs
cancer utopique instrumenté par le metteur en scène du théâtre de sa vie
éléphant sans son cornac
corps sans son oliphant
qu'on sert en topique à toutes les questions suspendues dans l'air suave d'un joli mois de juin parisien
la bouche de la Concorde avait une haleine d'aisselles salées
et la rue Royale remonte encore en moi vers la Madeleine de Proust
sur la droite le « ministère » de la Marine
pour un coup de bluff
pour un échange complice avec un jeune enseigne de vaisseau faisant son temps
pour un papier rose – dit des pistonnés – offert à compléter par un vieux major roué
pour un vrai faux-départ
pour fuir
pour fendre l'écume des jours
rejetée au bout du monde près de la pointe du Raz
dans un cercueil froid.

Pont-Croix...

Placardé sur le mur du cimetière du décembre précédent
un écriteau peut-être écrit tard :
« PRIERE DE NE PAS DEPOSER D'ORDURES ICI »
c'est ainsi que je parvins à mêler les fous-rires aux larmes de douleurs
hommage ultime à l'esprit vif de feu ma mère
scellé pour l'éternité dans un coffre-fort en granit du pays
ELLE, elle n'était pas présente
ELLE, elle aurait du être présente
mais les chemins de la vie s'aiguillent au gré de nos erreurs d'appréciation
mon vieil ami, lui, était bien là
nous partîmes ensemble à la mer
sur les falaises qui la bordent au nord de Pont-Croix
afin d'éviter subrepticement la corvée des lieux-communs du café-pain-beurre post-mortem
et – qui sait – de rendre à cet instant l'ombre d'un romantisme propre à nos cultures
c'est en cet instant que je fis le serment de revenir
c'est à dire de fuir
car chercher l'atteinte d'un lieu
c'est fuir ceux vers lesquels nous devrions naturellement aller
tous ces voyageurs orientés qui pourchassent leurs démons
sont autant de Rimbaud désorientés sur la route d'un impossible oubli
des veaux par des vaux, dévots et par des monts
desquels nul ne sort jamais anobli
mais avec l'unique pis-aller
d'une vaine quête de son mieux.

Hourtin en novembre...

Le macadam du matin perce la fine semelle des chaussures de revue des marins
il les perce d'aiguillons de givre qui vous font sentir la vie se battre jusque dans les doigts de pied
et le soleil se lève
mauve
sur l'étang où se posaient les hydravions du temps de St Ex'
mais où plus rien ne se pose sinon le reflet du ciel lors des couleurs
qui sont plus riches qu'un triste bleu-blanc-rouge
Yves Montand est mort
Le tireur d'élite alcoolique du « Cercle rouge » est mort
avec les « habitants du placard »
mais pour de vrai, cette fois
pour devenir marin, il y a quelques prérequis :
savoir faire des nœuds
être sportif
marcher au pas en chantant des chansons à la con
c'est ELLE qui m'avait accompagné sur le quai de la gare d'Austerlitz
j'ai du louper quelque chose ce jour-là...
en tout cas
j'ai appris ce qu'est un train de fayots
dernier frottis social :
des appelés arrivent avec des couteaux
même un flingue !
un copain de chambrée tiré de la lie de Brest
procède avec les antidouleurs anticoagulants
comme un paysan avec de l'engrais
sur le champ de sa rage de dent
la pudeur n'est pas de mise sous les douches
et me permet
consterné
d'avaliser la théorie de la membrure de mes frères de couleur...
le jeu complexe des demandes d'affectation m'embarque à Brest
pour une unité que j'ignore encore :
j'attendrai au dépôt
dépotoir ?
fuir Hourtin et ce putain de camp !
le car
le costume marin
quelques canons de Bordeaux à Bordeaux
quelques bordées, quoi !
et ce train de nuit au wagons plombés :
une nuit blanche à renifler le vomi de la jeune France
je ne pensais pas que voyager dans de pareilles conditions était encore envisageable à notre époque
je ne saurais dire combien dura cette nuit
aujourd'hui encore
elle me semble intemporelle.

Brest, la gare, très tôt le matin...

J'avais l'avantage de connaître déjà Brest
un car militaire dispatchait l'ensemble des recrues sur la palette de l'arsenal
le dépôt, c'était pour les derniers du panier
le jour était levé lorsque nous parvînmes à la caserne de la Penfeld
« Penfeld » est un nom breton
même si son suffixe suggère un sous-grade digne des « Bienveillantes »
et son ambiance aussi
lorsque nous sommes arrivés
un garçon venait prétendument de subir un viol collectif dans les douches
la veille...
nous nous étions parqués en attente d'affectation
on serrait les fesses !
un de mes copains m'avait surnommé « l'irlandais »
pourtant, avec ses tâches de rousseur, ça lui serait mieux allé
il y avait dans l'odeur brestoise de ce vendredi sauvage
un parfum de robinsons abandonnés sur l'île de leur devenir
et c'est ainsi que se passa la journée
à tourner en rond comme des fauves en cage
sans savoir ce qu'il put advenir
de nos futures campagnes pour l'heure en bocages.

Tunnel de la station « Hôtel de Ville », quelques semaines auparavant...

S'il y eut ELLE,
il y avait aussi CELLE
qui des années durant m'avait choyé dans le silence des femmes
la faute à ce mauvais choix initial
la faute à ce qui se goupille mal ensuite
la faute à la fuite
qui allait s'accorder à son pluriel si spécial
si spécieux
qu'après notre après-midi nous allions rejoindre les rames
de la galère métropolitaine
quotidienne
après ces derniers moments si précieux
CELLE
qui m'envoya l'uppercut de sa déclaration flamboyante
de ce qui n'avait pas fané durant des années de dissimulation frustrante
de ce que je ne pouvais pas digérer
K.O. debout
dans l'incapacité de joindre les deux bouts
de gérer
mes synapses
CELLE
qu'au bout d'un bref instant
d'un court laps
de temps
de ceux qui semblent pourtant d'une éternité lancinante
lorsque le moment s'accidente
avant que de s'occidenter
puis de s'oxyder
CELLE
que j'ai humiliée
en proférant « plus jamais »
contre son « toujours »
sans deviner qu'un siècle durant
je me maudirai
m'exclurai du rang
de n'avoir su lui dire les trois mots galvaudés
qui scellent
les pactes d'Amour.
Oui, CELLE
que je laissai dans la lumière blafarde des néons « d'Hôtel de Ville »
car je venais de rompre les amarres en plein Paris
sans me retourner
« Fluctuat nec mergitur » ?
Quelle blague !
Et dans ce beau suicide inconscient fait au milieu des tours
dans la ville du gibet
en mon cœur s'enfonçait la dague
de l'immortel regret
pour CELLE qui d'un serment anatome
allait devenir mon subconscient fantôme.

Yamoussoukro...

Je suis toujours à me demander si j'ai vécu ou rêvé ce moment
les autoroutes ivoiriennes pourraient résumer les visions de Dali
des trous et des bosses et des pendules molles
des piétonnes infarouches
tranchant l'artère lentement
faisant de boubous des feux rouges
aux véhicules véhéments
une saignée dans l'Afrique équatoriale
pour se rendre compte de ce que nos yeux ne peuvent croire :
un toit d'or
L'Eldorado d'Orellana
et la folie de ces n'importe-quoi.

Le soleil était au zénith
le cerveau se met à bouillir comme une casserole sur le feu
sinon qu'il est sous le feu
les poissons-volants remplaçaient les poisons violents
mon bateau m'avait guidé sur les rivages de l'Afrique occidentale jusqu'à l'équateur
je n'ai jamais pris une photo de ce temps
je me disais déjà qu'il ne fallait pas corrompre par l'image figée
ce que ma mémoire finirait par fabriquer du voyage
rares sont les clicheteurs à ne pas avoir tué l'instant de leur avidité
tels des conquistadores
pour ma part
j'ai mis mes souvenirs en caveau
afin qu'ils vieillissent
dans les alcôves de mes fuites
j'aurais pu vivre une existence banale
réussir professionnellement
socialement
familialement
affectivement
effectivement
rassurer mes aînés
rassurer une femme
accroître un capital
thésauriser
veiller à la meilleure éducation de mes enfants
puis mourir avec de belles obsèques
– payées par l'assurance qui va bien –
où tout le monde m'aurait pleuré
avant que de m'oublier très vite
car le spectacle continue
non
j'aurais pu mais j'ai fui
qu'ai-je fui ?
Je n'ai pas la réponse précise...
si ce ne sont peut-être ces quelques mots laissés aux alizés fouettant les plages sénégalaises
le lien intime que j'en sus dresser avec mon littoral d'extrême occident
et l'être que je suis toujours sur la falaise
la vie comme elle est faite d'accidents.

jeudi 12 août 2010

Dendrogramme



(Cliquez sur l'image afin de l'agrandir)


Ceci est un "Dendrogramme", c'est à dire une écriture en forme d'arbre.
Cela faisait un bon petit bout de temps que je cherchais le moyen de déstructurer non le vers, mais l'organisation du poème elle-même, à offrir un autre - plusieurs autres ? - point de vue au lecteur sur une œuvre littéraire, à m'émanciper de la linéarité dictatrice du fil de l'encre, comme auparavant le firent les cubistes de la fixité de l'image saisie.
A cette époque déjà, Apollinaire et ses calligrammes, Maïakovski et ses escaliers aux rimes internes, cherchèrent à embrayer - dans la grande vague du modernisme - la vitesse d'une écriture tridimensionnelle.
J'ai beaucoup appris à leur lecture, j'ai saisi leur soucis et leur recherche et m'en suis proprement imprégné.
J'ai beaucoup écrit en escalier et réalisé un nombre de calligrammes supérieur à celui de mon glorieux prédécesseur. Avec toujours ce sentiment de quête inaboutie...
Le calligramme est une voie achevée de la dimension littéraire : Apo' avait parfaitement choisi son nom, car il suggère la calligraphie - art de tracer la lettre belle - en ce que sa beauté réside dans la capacité que nous avons à disposer l'ensemble du texte lui-même en un signifiant évident. Mais il laisse le texte sous la contrainte de la forme globale, et s'il le figure autrement, cette figure reste bidimensionnelle. Le calligramme ne fera pas d'enfant : il est un art en soi que je vénère, que j'adore pratiquer, un art pour lui-même.
Volodia Maïakovski a poussé sa recherche sur une autre voie : celle de la déstructuration du vers, afin de faire apparaître une verticalité transversale au fil de son écriture. Par la rime entre autres... Par la suggestion aussi... Son rôle dans l'évolution destructurée de l'écriture poétique est faramineuse ! Le lire en Octobre 2005 me fut une incroyable révolution. Mais d'écrire aussi par escaliers ne me satisfit jamais totalement : cet artifice laissait toujours, au final, la linéarité reprendre son droit.
Durant mon exil et ma retraite normande de cette semaine, j'ai été amené à la lecture du roman de Dan Franck, "Bohèmes", contant l'itinéraire des artistes initiateurs de l'art contemporain (entre 1900 et 1930). Passionnant. Et évidemment, je fus interpellé par les deux créateurs du cubisme : Picasso et Braque.
C'est l'explicitation par l'auteur de la profondeur de leur recherche qui a produit un déclic chez moi.
Je dois vous préciser que la première partie de mon existence adulte fut consacrée à l'enseignement pour ces mêmes adultes... De fortes responsabilités au sein d'un dispositif pilote, m'enjoignirent à m'ouvrir à des méthodes considérées comme révolutionnaires. Parmi celles-ci, je m'intéressai particulièrement à celle du mind mapping - ou méthode heuristique - développée par Tony Buzan. J'en devins même un spécialiste au point de posséder le logiciel qui m'a permis de numériser - l'original est manuscrit - le "Dendrogramme" ci-dessus. Mais de là à faire le lien entre la poésie et technique d'organisation, il était un gouffre !
Un gouffre que j'ai franchi en saisissant une question fondamentale de la peinture.
Le "Dendrogramme" est un poème qui n'a de sens de lecture que celui que son lecteur choisit : suivez une branche ; revenez ensuite à celle maîtresse d'où vous aviez bifurqué... Faîtes comme bon vous semble : le "Dendrogramme" est un poème dont vous êtes acteurs ! Il est à la fois unique et multiple selon chacun de ses points de vue, selon les combinaisons que vous saurez trouver. Il n'enferme pas le texte au sein d'une image : c'est le texte qui crée l'image globale. Il n'est pas compliqué mais complexe : à l'age de la théorie du chaos, nous devons nous efforcer d'une approche systémique qui privilégie la perception globale par toutes les voies offertes des approches analytiques. Et plus encore...
Je lui ai choisi ce nom pour sa forme arborescente, mais chacun sentira d'évidence son aspect labyrinthique. Je travaille en ce moment même à sa conversion sur un logiciel heuristique en 3D ; il deviendra alors ce que j'aurai le plaisir d'intituler - merci Monsieur Pratt de me laisser emprunter cette expression ("MÛ", Corto Maltese) - un "Labyrinthe harmonique".
Bien entendu, dans la création que je vous livre ce soir, l'arbre est dichotome (chaque branche en donne deux), ces dites branches sont des vers octosyllabiques disposés en sorte de rimer de façon suivie. Mais ce ne sont dans ce cas présent que des règles que je me suis imposées... afin de faire ainsi que beau me semble.
Le reste est libre !
J'aurais pu mettre une marque déposée sur le terme "Dendrogramme", mais ce serait bien mal me connaître. Je ne travaille pas pour moi : je travaille pour que notre art avance.

vendredi 6 août 2010

Traits pour traits







à Anna, ma fille.


Ils avaient bercé ta prime enfance
cloués au murs comme une chouette
à la porte de l'inspiration
chouettes !
dans leurs cadres rococos qu'il fabriquait lui-même
signe de sa survivance
par-delà le temps et les générations gourmandes
qui se rongent les phalanges telles des enterrées vivantes
et ne songent plus
ne rêvent plus
n'existent plus
sinon dans l'illusoire d'un miroir des fatuités instantanées.
Ils représentaient la terre d'où l'on t'a tirée
sans besoin du moindre forceps
à l'indienne
lorsque ta mère te pris sous les aisselles
entre ses cuisses
et que le miracle éternel de la vie qu'on prolonge par une autre
prit en ce jour l'orthographe de ton prénom palindrome.
Ils la représentent toujours !
Ils se sont accrochés à d'autres murs
ils s'accrocheront à d'autres encore
durant des éternités que l'on ignore
peut-être à Paris, peut-être à Saumur
mieux que le vin vieillit la peinture !
Sans doute te sont-ils si communs que presque insignifiants ?
Ils font partie du décor, dit-on...
et dans ton adolescence aux doutes lénifiants
ils sont suspendus au lèvres de mes dictons
de ma façon d'en parler
de t'en parler
de parler de lui
de toi
de moi
de ce qui nous relie
des fils invisibles de la génétique
des filles dont la naissance est le point culminant d'un parcours un peu compliqué
de son talent et du tien avec mes phrases en trait d'union
de ce qui se cache derrière le soleil embrasant de vos êtres
bulle brûlante où rares sont à pouvoir se poser
et plus encore à se reposer...

J'ai aimé ton arrière-grand-père avec fascination
Amon-Râ, Hélios, Hypérion
dans des odeurs de térébenthine
que j'ai du garder pour te servir de tétine...
Ma sœur est devenue ta marraine
traits pour traits
passion pour passion
au gré des modes de l'art pictural
de vos atavismes
du mélange des couleurs et de la sûreté du geste
d'une expression qui me domine
et pour laquelle la plume ou le clavier ne sont que de bien piètres béquilles
signes d'un handicap
dont je témoigne en claudiquant du pointillisme de mes touches déteintes
héritage d'un Cap
d'un bout du monde où tu aimes à te retrouver
où l'on passe de la quiétude d'une rivière et de son pré
à l'océan croqueur de dunes
puis aux galets des trépassés
posés en tant d'infinies lunes.
Ma Fille
Tu es l'incarnation – et ce terme n'est pas vain – du Finistère
qui te porta en son sein :
il t'a légué son côté farouche
opaque à qui cherche à te comprendre
et derrière ton rideau de bruine
quels sont les contours chaotiques qui te dessinent.
Et c'est aussi pour cela que tu dessines
pour suggérer
langage des signes
hiéroglyphes
depuis l'aube de l'humanité on s'est tracé partout !
Cavernes, pierres, argiles, supports de Satan !
Puis vinrent toiles et papiers...
Toiles où l'on se noie
papiers où l'on n'a pas pied
chaque esquisse aura dit de toi
un petit bout de ton entier.

Ils sont toujours là
les tableaux de ton arrière-grand-père
un jour tu les auras
lorsque sera finie ma propre guerre.
Lorsque je vois l'ancienne photo de Tahiti
1916
je m'interroge : « t'a-t-il dit
qu'on se ressemble traits pour traits ? »
que mon bonheur est une vague
balayant comme un tsunami
les bas-fonds que parfois l'on drague
à la recherche d'un ami
à la recherche de ton art
et de ta compréhension
et de ton mode d'expression
et de ta beauté si bizarre
que nul n'oubliera, ma chérie
la perfection de tes ascèses
la ligne de tes traits magiques
leur beauté quasi-pathétique
mon espoir en Toi, maïeutique
et mon amour hémorragique.