mardi 31 août 2010

L'œuvre au rouge, ou grand-œuvre ou grand-magistère



De terre est tiré l'Homme et Femme de sa côte,
de leur parabellum un conflit millénaire :
l'argile rouge est-elle un baiser sans sa faute,
ou main sacramentelle en impies tortionnaires ?

Nous naissons façonnés d'un désir de parents,
et chaque nouveau-né sculpté de projections :
nous n'existons que dans un fantasme inhérent
au sexuel accident d'une éjaculation.

Il nous faut donc renaître autrement, ailleurs,
et laisser se repaître un charognard avide
de la vieille carcasse, ossements gouailleurs.

Comme Monsieur Ducasse, en faisant face au vide,
rêver, se rêver soi dans la lie de la glaise,
et dans le lit de soie d'une gironde anglaise...

dimanche 29 août 2010

Aphorisme du soir

"Peinture et poésie confinent à la mythomanie : elles nous poussent à croire en nos propres escroqueries."

à mettre dans la bouche de Rimbaud pour ma pièce...

vendredi 27 août 2010

La toile






Il n'y a rien : la toile est blanche
comme un cerveau de javel est
lasuré d'entre quatre planches,
mon caleçon se démerdait...

Et sur le drap du triste suaire,
certains la firent macabrée,
d'autres aussi parfois en suèrent,
d'un jus qui ment qui m'a cabré.

Certains la firent prosélyte !
La pauvre chérie du ruisseau,
battant tambour de ses élytres
et des alcools sous le boisseau.

Sous les boissons des tristes sorts
et le bois sage des élites,
j'en connus dont le gai ressort
se mesurait surtout par litres.

J'en connus des poètes vains,
troquant un cœur pour une bite,
et de l'absinthe pour du vin,
le désert est aux mozabites.

Le désert clair des yeux absents,
des faméliques injonctions,
que nos abcès implorescents
rappellent à nos componctions.

Où sont les tables de la Loi ?
Sinon pour repaître infamant,
et que le gras le long des doigts
coule en ces broches m'enflammant.

Ô toi, ma belle inspiration,
avec tes seins lourds et distraits,
avec tes hanches dont l'onction,
sont de mes vers le moindre trait,

rappelle l'onde du néant
et le zéro qui m'est discret,
vers l'infini de l'océan
et le Koestler que j'indiqu'rai !

Les nombres premiers sont nombreux.
Ils nous sont des noms incommuns,
impropres à quoi que soient ceux
qui les voulurent plus humains.

Ils brûlent d'un feu sans raison
ni cause, ils brûlent nos passés,
ils brûlent terres et maisons
et nos carcasses dépecées.

Makine en parle trop souvent !
J'aime le lire : il est un grand !
Sur son caveau souffle le vent
de Montmartre, et le bel écran

des vestiges resplendissants
d'une littérature oisive
dont je suis l'astre bondissant
et la fontaine permissive.

Il n'y a rien : la toile est blanche
et la danse rouge est fantoche ;
le bleu des yeux, c'est le ciel,
et le vert : celui de l'Irlande.

Le blanc ? C'est un drapeau posé
comme un drap sur des corps laiteux.
Le retirer ? Je n'ai osé...
La paix se trouve-t-elle en eux ?

jeudi 26 août 2010

Gauguin








Il est venu chez moi voler des couleurs,
sur l'étal des émois et sur nos mères d'huile,
sous leur coiffe ahurie par le poil racoleur
du pinceau, dont furie de l'ardoise oublie tuiles.

Parvenu, ce messie – ah, mais oui mais si mais -
avec des indécis, de s'en faire disciples,
et toute son école en bon ordre d'armée :
Pont-Aven, on s'y colle et l'on s'y mire en cible !

Faire court sur Gauguin, loin des hémicycles,
c'est oublier le gain pour l'ivresse du vent :
c'est troquer longue-vue contre pauvres bésicles.

Tahiti : je l'ai vu dans ma vie de l'avant...
Il volait les pastels de mon grand-père enfant !
En volant comme tel, on marquise et l'on fend.

mercredi 25 août 2010

Rendre







Qui fera le portrait de l'affreux hydre aux liches ?
De ces démons abstraits dont les eaux au moulin
charrient tous nos limons dans un flux de pouliche
mettant bas les sermons délivrés au malin.

D'écheveaux hors d'haleine, on nous en fit bien foin !
Moi ? Mon poste à galène en soumet des plus rudes,
des bibles indues et des versets chafouins,
j'ai versé l'onde due dans les cous les plus prudes...

Coups de points à la ligne et cul de jatte aimable :
si mon encre est maligne et ma gouaille invective,
laissez-moi les poisons d'une vie si blâmable.

Laissez-moi la toison de ma brebis votive :
je la tonds au printemps des peuples ignorants,
et quand l'hiver attend, par mes mots je la rends.

mardi 24 août 2010

Van Gogh








Tempête sous un crâne où cyclone à l'œil vert,
celui de l'asynchrone absinthe – ô fée pâlissante –
qui suinte sur la chromate église d'Auvers,
suée par l'acrobate à tempe érubescente ?

Quoi ? Parler de vision, n'est-ce point constater ?
C'est dans ses divisions que l'artiste blindé,
prophétise le monde insu – car l'esthète et
le maudit font l'amende – à nos cerveaux scindés.

Boules coupées en deux comme nos hémisphères,
ne sont à présent d'eux réunis qu'univers
emmêlant les couleurs et laissant les miss faire.

Si l'on se sent petit, grand, un peu Gulliver,
dans la psychopathie s'appelant Liliputh,
Van Gogh et ses douleurs n'ont jamais fait les putes !

samedi 21 août 2010

Kornwall





Elles étaient treize


les treize filles du fermier chargées sur la remorque du tracteur parmi le foin

(des balles qui n'étaient pas perdues pour tout le monde !)

elles devaient avoir entre vingt et sept ans

ce qui en fait treize

et douze retours de couches

elles étaient statistiquement convenables

c'est à dire brunes blondes et rousses

en proportions celtiques

et leurs proportions étaient également convenables

et leur peau veloutée par l'improbable soleil de ce juillet cornique

semblait douce

comme le vent relatif des vingt miles per hour du tracteur

sur ce théâtre improvisé nous étions deux acteurs

blonds

lui avait les yeux bleus

moi j'étais grand

nous étions vêtus de surplus militaires

ce qui suffit à nous faire apparaître allemands

parce que le germain marche intuitivement plus volontiers chargé de vingt-cinq kilos de survie

tandis que le français grabataire

n'est chargé que de réputation

de pastis, de pinard et quelque fois d'eau-de-vie

tant il faut d'eau pour en faire ablutions.



Un autre fermier

la veille

nous avait informé qu'il faisait cent degrés !

– Farenheit, s'entend –

dans le Bodmin moor

nous fûmes poursuivis par un nuage de taons

et lorsque le taon cherche à te rattraper

c'est un présage proustien !

nous avions couru en zig-zag

cela fait vingt ans que je cours encore ainsi

cela fait de jolies vagues

de jolies rides

aux commissures des bouches adolescentes quoique vieilles

aux bords des lèvres cramoisies

puis nous arrivâmes dans la crotte d'une « farm »

que malgré nos souliers de marche

nous cherchions à éviter comme un péril mou

alors qu'une belle jeune femme

pieds nus dans la merde

s'en allait chercher son père

noire comme l'ébène

sauvage

l'autre fermier

nous étions sur les falaises de Tintagel

près du défilé que borde le mystique château du roi Arthur

où plus exactement celui du duc de Cornouailles

où – sous le subterfuge du fou Merlin –

Uther Pendragon engrossa la femme du duc

Ygrène

afin d'en concevoir Arthur

demi-frère de Morgane

sauvageonne

noire

Morgane-la-noire

migraine

nous étions suspendus au mythe comme à ces falaises vertigineuses

et comme à cette beauté vénéneuse

car cette nuit-là

la plus belle qu'il me fut donné de passer à camper

je ne dormis point fermé

mais ouvert à la mer d'Irlande

généreuse

bâtissant autour de nos tentes gonflées par la brise nocturne

ces petits murs de pierres posées et entrelacées telles des lacets de cothurnes

dont nos ancêtres ont constellé nos landes

de leur inimitable et fascinante intemporalité.



L'on m'a dit que la pire chose en Himalaya

outre les sangsues dont on se protège comme on peut avec des parapluies

puisqu'elles pleuvent des frondaisons en détectant la chaleur des corps

ce sont ces interminables escaliers que l'on gravit

sans que jamais ne s'achève en un alléluia

la plainte de la pente où s'offre le décor

des marches que l'on mène au tournant de sa vie.



Les falaises

de la côte nord des Cornouailles anglaises

sont percées comme des outres

par des multitudes de rus

ce sont des montagnes russes

que l'on monte et que l'on descend

en juillet ou bien en août

par d'identiques escaliers

où de mètres deux cents

sont l'addition minimale

à nos pas résiliés

et nos hormones déjà mâles

sous un soleil incandescent

à faire fondre un bonhomme de sel

où la tachycardie te guette

où l'on se met à courir effrayé

du malaise de son compagnon

où l'on cherche en vain une oasis dans un pays d'eau

où l'on se remet en route après coup

multipliant les kilomètres de la carte par les déclivités

et par ces degrés que l'on maudit

température

créneaux de quarante centimètres

à l'épreuve de toute bite d'amarrage

que l'on surmonte à chaque pas

rehaussant le sac à dos à chaque étage

lui qui de ses lanières te tranche les épaules

te file des boutons de pus à force de macérer tes clavicules dans ta sueur

on appelle ça « le voyage qui forme la jeunesse »

et achève les chevaux.



Sur la route

puisque l'on a parlé de bite et à présent de route

dichotome

le choix de se faire embarquer semblait évident

au point de stopper un tracteur revenant de la fenaison

et de poser le sac pour de menus miles

et de se regarder dans le miroir du bleu des yeux de la grande sœur qui me parla en allemand

puis en français

lorsqu'elle entendit mon fantastique accent shakespearien

mon pote ne disait rien lui : il était mort

Elles

Elles étaient treize

j'ai vicieusement compté

mais l'aînée parlait pour les autres

ou presque

car la cadette revendique un peu toujours son droit de citer

et je peux vous jurer

posé sur une botte de paille

dans la plus naturelle et sublime déréliction

que nous nous sommes incidemment trouvés entre treize merveilleuses femelles

toutes du même sang

et très belles

rapidement nous cessâmes la discussion

afin de profiter de cet instant

je ne sais plus exactement quand nous descendîmes

l'impôt fermier se nomme ainsi la dime

mais en atteignant le kyste de Penzance

furoncle au cul des Bretagnes sur leur chaise d'aisance

j'ai revécu l'incident de la splendeur de mes Cornouailles

et je le revis insensément

vampire absorbant ses doses d'ail

français qui pue le beurre d'escargot

avec sa maison sur le dos

et ses bohèmes où qu'il aille

avec ses « wait and go »

et ses passions d'Eldorado

que tout déjoue

je revois l'espoir céruléen d'une fille qui m'effleura la joue.

vendredi 20 août 2010

Avatars




Le Graal


sa quête m'a toujours fasciné

cet objet que l'on recherche sans savoir

ni ce qu'il est

ni pourquoi

mais pour croire

qu'il possède des vertus insoupçonnées

si longtemps

je l'ai cherché

des années de terre gaste et d'errances

de douloureuse garde et de souffrances

un beau matin

je l'ai cru trouver

je vis alors de mes désirs l'objet

et mon corps sut à quel point

ou pensa

combien il était vide quand il fut plein

d'une âme recouvrée.



Un lendemain, je t'ai rencontrée

comme je te rencontre encor parfois au futur

dans d'autres lendemains bariolés d'azur

tu m'as accompagné

parfois porté

– ce dur chemin mène à la vie et au grand jour –

avant que l'horloge de nos heures communes ne se fut arrêtée

tu m'as recueilli

protégé, soigné, choyé

amoureuse de ce que tu donnais

et l'oiseau s'envole une fois guéri

ou moins malade

ou moins chétif

ou moins fort mauvais poète

ou moins autre chose qu'écrivain

au moins ça justifie comme un traitement de texte

et comme les pages des livres de Folon

qui s'envolent elles aussi lorsque vient l'heure de la transhumance et des migrations

et quand bien j'existerais dans ton futur présent

en guettant celui que tu attends

si c'est mon tour d'y voir

tel âne en y laissant ma sueur

ami de cœur, de peine et confident

confis dans les bons sentiments

Ferronnière dans ma mémoire

ou dans quelque autre avatar

ou dans mon sens

puisque mon sang t'y ment

j'écrirai les fruits des bavures d'encres irisées

que font nos tâches fouettées par la risée.



Mon train repart toujours vers l'ouest trop lointain

le far west inopportun

emportant avec lui les restes incertains

des carcasses de poulet dont les petits os font mal aux gencives

des pique-nique

– Dieu que ce terme est trivial –

où les poses sont lascives

les promesses cyniques

les embrassades joviales

et les amours permissives

emportant tout sur son passage

et sur son repassage

emportant la mâchoire

tel un crochet de Jack Dempsey

sur les rivages des rivières où l'on put choir

pour des moments passés

main dans la main

doigts dans les yeux

à défaut de fourchettes pour repaître dans les champs

à défaut d'un peu plus de verve dans nos chants

et de regards un tantinet chassieux

qui sont autant de souvenirs communs

les gages de nos jours meilleurs

– les usuriers sont aux aguets –

et notre image sur une écorce dans un cœur

– des rames de papier font que l'aubier pagaie –

restera celle d'une fleur

un pissenlit ?

un hortensia ?

une cyme de roses trémières à escalader ?

noires comme celles du mal

cueillies du bout de l'ongle en un dédale

de vieilles rues édulcorées

d'un Locronan rongé par l'intelligentsia

qui depuis Prévert a fait son lit

d'une cité maudite et si semblable à ces femmes en avatars

prêtes à éclore à leur bonheur.

jeudi 19 août 2010

Nouveau dendrogramme : "Triades"


(Cliquez sur l'image pour agrandir)

mercredi 18 août 2010

Aphorisme du soir

Il ne faut pas quêter les commentaires flagorneurs quand on crée sur internet, mais le silence de ceux qui passent sans ne rien oser dire : c'est lui qui est rassurant.

dimanche 15 août 2010

Fuites

Cowboy by Portishead on Grooveshark



Le soleil était au zénith
nul ne sait à nos latitudes tempérées ce que ce terme recouvre
une chape de plomb
que l'on cherche invisible
puisqu'elle nous surplombe
qu'elle plante son dard au sommet de nos cranes
aiguille principale des poupées vaudou s'agitant dès lors ainsi que des pantins
sous l'empire implacable de l'équateur
percés le long de notre méridien
et nous découpant - sagittale - entre capricorne et cancer
l'ondulation du bord était sensible quoique faible
assimilable
nous avions chaussé nos poings
nous nous donnions en spectacle pour le bon plaisir gladiateur d'une jeunesse inconséquente
nous avions ganté nos jambes pour frapper au gré des oscillations marines
parce que les boxes
françaises
anglaises
américaines et thaïlandaises
sont l'imparable moyen de nos confrontations post-adolescentes
un mode d'affirmation
au rythme régulier de la gîte d'un bâtiment de guerre
métronome
et la technique du chassé
silence dans une partition
pour faire chuter les acrobates
et ramener leur égo à plus de componction
et leur squelettes aux cliquetis dont ils débattent
sous l'écrasante pesanteur d'un astre dominant mais harassé
comment m'étais-je alors retrouvé
dans pareille galère embarqué ?

Je me souviens de la rue Royale...

C'était un beau mois de juin
les mois de juin quand il sont beaux à Paris
le sont plus que partout ailleurs
les décolletés des jeunes femmes sont de petits oiseaux aux ailes en V
ils laissent leur parfum en guise de fiente au revers des cols
s'insinuent aussi entre les pavés
c'est le parfum de la fin de l'école
il hante les métros du poids lourd des heures de sèche
et les camions-bennes de bulletins collés aux ordures
c'est le mois où tout le monde s'en fout
le mois de l'été oublieux que rien ne dure
succédant à mai et ses promesses de fou
un mois doux comme une peau de pèche
ayant craché les noyaux des cerises
un mois que les sur-moi grisent
or
mon sur-moi devait précisément s'être enivré
de ruptures à consommer comme autant de Téquila frappées
d'amarres à larguer dans le grand déballage des trahisons inéluctables
de ponts à couper dans le chaos qui fait suite à tout séisme
dans l'apparente légèreté des êtres de vingt-deux ans
psalmodiant leur hymne trompeur aux gazouillis des oiseaux nidificateurs
fausse ambiance
décor de carton-pâte
musique d'ascenseur pour l'échafaud
faux
concert pour sous-préfète nimbée de couacs
cancer utopique instrumenté par le metteur en scène du théâtre de sa vie
éléphant sans son cornac
corps sans son oliphant
qu'on sert en topique à toutes les questions suspendues dans l'air suave d'un joli mois de juin parisien
la bouche de la Concorde avait une haleine d'aisselles salées
et la rue Royale remonte encore en moi vers la Madeleine de Proust
sur la droite le « ministère » de la Marine
pour un coup de bluff
pour un échange complice avec un jeune enseigne de vaisseau faisant son temps
pour un papier rose – dit des pistonnés – offert à compléter par un vieux major roué
pour un vrai faux-départ
pour fuir
pour fendre l'écume des jours
rejetée au bout du monde près de la pointe du Raz
dans un cercueil froid.

Pont-Croix...

Placardé sur le mur du cimetière du décembre précédent
un écriteau peut-être écrit tard :
« PRIERE DE NE PAS DEPOSER D'ORDURES ICI »
c'est ainsi que je parvins à mêler les fous-rires aux larmes de douleurs
hommage ultime à l'esprit vif de feu ma mère
scellé pour l'éternité dans un coffre-fort en granit du pays
ELLE, elle n'était pas présente
ELLE, elle aurait du être présente
mais les chemins de la vie s'aiguillent au gré de nos erreurs d'appréciation
mon vieil ami, lui, était bien là
nous partîmes ensemble à la mer
sur les falaises qui la bordent au nord de Pont-Croix
afin d'éviter subrepticement la corvée des lieux-communs du café-pain-beurre post-mortem
et – qui sait – de rendre à cet instant l'ombre d'un romantisme propre à nos cultures
c'est en cet instant que je fis le serment de revenir
c'est à dire de fuir
car chercher l'atteinte d'un lieu
c'est fuir ceux vers lesquels nous devrions naturellement aller
tous ces voyageurs orientés qui pourchassent leurs démons
sont autant de Rimbaud désorientés sur la route d'un impossible oubli
des veaux par des vaux, dévots et par des monts
desquels nul ne sort jamais anobli
mais avec l'unique pis-aller
d'une vaine quête de son mieux.

Hourtin en novembre...

Le macadam du matin perce la fine semelle des chaussures de revue des marins
il les perce d'aiguillons de givre qui vous font sentir la vie se battre jusque dans les doigts de pied
et le soleil se lève
mauve
sur l'étang où se posaient les hydravions du temps de St Ex'
mais où plus rien ne se pose sinon le reflet du ciel lors des couleurs
qui sont plus riches qu'un triste bleu-blanc-rouge
Yves Montand est mort
Le tireur d'élite alcoolique du « Cercle rouge » est mort
avec les « habitants du placard »
mais pour de vrai, cette fois
pour devenir marin, il y a quelques prérequis :
savoir faire des nœuds
être sportif
marcher au pas en chantant des chansons à la con
c'est ELLE qui m'avait accompagné sur le quai de la gare d'Austerlitz
j'ai du louper quelque chose ce jour-là...
en tout cas
j'ai appris ce qu'est un train de fayots
dernier frottis social :
des appelés arrivent avec des couteaux
même un flingue !
un copain de chambrée tiré de la lie de Brest
procède avec les antidouleurs anticoagulants
comme un paysan avec de l'engrais
sur le champ de sa rage de dent
la pudeur n'est pas de mise sous les douches
et me permet
consterné
d'avaliser la théorie de la membrure de mes frères de couleur...
le jeu complexe des demandes d'affectation m'embarque à Brest
pour une unité que j'ignore encore :
j'attendrai au dépôt
dépotoir ?
fuir Hourtin et ce putain de camp !
le car
le costume marin
quelques canons de Bordeaux à Bordeaux
quelques bordées, quoi !
et ce train de nuit au wagons plombés :
une nuit blanche à renifler le vomi de la jeune France
je ne pensais pas que voyager dans de pareilles conditions était encore envisageable à notre époque
je ne saurais dire combien dura cette nuit
aujourd'hui encore
elle me semble intemporelle.

Brest, la gare, très tôt le matin...

J'avais l'avantage de connaître déjà Brest
un car militaire dispatchait l'ensemble des recrues sur la palette de l'arsenal
le dépôt, c'était pour les derniers du panier
le jour était levé lorsque nous parvînmes à la caserne de la Penfeld
« Penfeld » est un nom breton
même si son suffixe suggère un sous-grade digne des « Bienveillantes »
et son ambiance aussi
lorsque nous sommes arrivés
un garçon venait prétendument de subir un viol collectif dans les douches
la veille...
nous nous étions parqués en attente d'affectation
on serrait les fesses !
un de mes copains m'avait surnommé « l'irlandais »
pourtant, avec ses tâches de rousseur, ça lui serait mieux allé
il y avait dans l'odeur brestoise de ce vendredi sauvage
un parfum de robinsons abandonnés sur l'île de leur devenir
et c'est ainsi que se passa la journée
à tourner en rond comme des fauves en cage
sans savoir ce qu'il put advenir
de nos futures campagnes pour l'heure en bocages.

Tunnel de la station « Hôtel de Ville », quelques semaines auparavant...

S'il y eut ELLE,
il y avait aussi CELLE
qui des années durant m'avait choyé dans le silence des femmes
la faute à ce mauvais choix initial
la faute à ce qui se goupille mal ensuite
la faute à la fuite
qui allait s'accorder à son pluriel si spécial
si spécieux
qu'après notre après-midi nous allions rejoindre les rames
de la galère métropolitaine
quotidienne
après ces derniers moments si précieux
CELLE
qui m'envoya l'uppercut de sa déclaration flamboyante
de ce qui n'avait pas fané durant des années de dissimulation frustrante
de ce que je ne pouvais pas digérer
K.O. debout
dans l'incapacité de joindre les deux bouts
de gérer
mes synapses
CELLE
qu'au bout d'un bref instant
d'un court laps
de temps
de ceux qui semblent pourtant d'une éternité lancinante
lorsque le moment s'accidente
avant que de s'occidenter
puis de s'oxyder
CELLE
que j'ai humiliée
en proférant « plus jamais »
contre son « toujours »
sans deviner qu'un siècle durant
je me maudirai
m'exclurai du rang
de n'avoir su lui dire les trois mots galvaudés
qui scellent
les pactes d'Amour.
Oui, CELLE
que je laissai dans la lumière blafarde des néons « d'Hôtel de Ville »
car je venais de rompre les amarres en plein Paris
sans me retourner
« Fluctuat nec mergitur » ?
Quelle blague !
Et dans ce beau suicide inconscient fait au milieu des tours
dans la ville du gibet
en mon cœur s'enfonçait la dague
de l'immortel regret
pour CELLE qui d'un serment anatome
allait devenir mon subconscient fantôme.

Yamoussoukro...

Je suis toujours à me demander si j'ai vécu ou rêvé ce moment
les autoroutes ivoiriennes pourraient résumer les visions de Dali
des trous et des bosses et des pendules molles
des piétonnes infarouches
tranchant l'artère lentement
faisant de boubous des feux rouges
aux véhicules véhéments
une saignée dans l'Afrique équatoriale
pour se rendre compte de ce que nos yeux ne peuvent croire :
un toit d'or
L'Eldorado d'Orellana
et la folie de ces n'importe-quoi.

Le soleil était au zénith
le cerveau se met à bouillir comme une casserole sur le feu
sinon qu'il est sous le feu
les poissons-volants remplaçaient les poisons violents
mon bateau m'avait guidé sur les rivages de l'Afrique occidentale jusqu'à l'équateur
je n'ai jamais pris une photo de ce temps
je me disais déjà qu'il ne fallait pas corrompre par l'image figée
ce que ma mémoire finirait par fabriquer du voyage
rares sont les clicheteurs à ne pas avoir tué l'instant de leur avidité
tels des conquistadores
pour ma part
j'ai mis mes souvenirs en caveau
afin qu'ils vieillissent
dans les alcôves de mes fuites
j'aurais pu vivre une existence banale
réussir professionnellement
socialement
familialement
affectivement
effectivement
rassurer mes aînés
rassurer une femme
accroître un capital
thésauriser
veiller à la meilleure éducation de mes enfants
puis mourir avec de belles obsèques
– payées par l'assurance qui va bien –
où tout le monde m'aurait pleuré
avant que de m'oublier très vite
car le spectacle continue
non
j'aurais pu mais j'ai fui
qu'ai-je fui ?
Je n'ai pas la réponse précise...
si ce ne sont peut-être ces quelques mots laissés aux alizés fouettant les plages sénégalaises
le lien intime que j'en sus dresser avec mon littoral d'extrême occident
et l'être que je suis toujours sur la falaise
la vie comme elle est faite d'accidents.

jeudi 12 août 2010

Dendrogramme



(Cliquez sur l'image afin de l'agrandir)


Ceci est un "Dendrogramme", c'est à dire une écriture en forme d'arbre.
Cela faisait un bon petit bout de temps que je cherchais le moyen de déstructurer non le vers, mais l'organisation du poème elle-même, à offrir un autre - plusieurs autres ? - point de vue au lecteur sur une œuvre littéraire, à m'émanciper de la linéarité dictatrice du fil de l'encre, comme auparavant le firent les cubistes de la fixité de l'image saisie.
A cette époque déjà, Apollinaire et ses calligrammes, Maïakovski et ses escaliers aux rimes internes, cherchèrent à embrayer - dans la grande vague du modernisme - la vitesse d'une écriture tridimensionnelle.
J'ai beaucoup appris à leur lecture, j'ai saisi leur soucis et leur recherche et m'en suis proprement imprégné.
J'ai beaucoup écrit en escalier et réalisé un nombre de calligrammes supérieur à celui de mon glorieux prédécesseur. Avec toujours ce sentiment de quête inaboutie...
Le calligramme est une voie achevée de la dimension littéraire : Apo' avait parfaitement choisi son nom, car il suggère la calligraphie - art de tracer la lettre belle - en ce que sa beauté réside dans la capacité que nous avons à disposer l'ensemble du texte lui-même en un signifiant évident. Mais il laisse le texte sous la contrainte de la forme globale, et s'il le figure autrement, cette figure reste bidimensionnelle. Le calligramme ne fera pas d'enfant : il est un art en soi que je vénère, que j'adore pratiquer, un art pour lui-même.
Volodia Maïakovski a poussé sa recherche sur une autre voie : celle de la déstructuration du vers, afin de faire apparaître une verticalité transversale au fil de son écriture. Par la rime entre autres... Par la suggestion aussi... Son rôle dans l'évolution destructurée de l'écriture poétique est faramineuse ! Le lire en Octobre 2005 me fut une incroyable révolution. Mais d'écrire aussi par escaliers ne me satisfit jamais totalement : cet artifice laissait toujours, au final, la linéarité reprendre son droit.
Durant mon exil et ma retraite normande de cette semaine, j'ai été amené à la lecture du roman de Dan Franck, "Bohèmes", contant l'itinéraire des artistes initiateurs de l'art contemporain (entre 1900 et 1930). Passionnant. Et évidemment, je fus interpellé par les deux créateurs du cubisme : Picasso et Braque.
C'est l'explicitation par l'auteur de la profondeur de leur recherche qui a produit un déclic chez moi.
Je dois vous préciser que la première partie de mon existence adulte fut consacrée à l'enseignement pour ces mêmes adultes... De fortes responsabilités au sein d'un dispositif pilote, m'enjoignirent à m'ouvrir à des méthodes considérées comme révolutionnaires. Parmi celles-ci, je m'intéressai particulièrement à celle du mind mapping - ou méthode heuristique - développée par Tony Buzan. J'en devins même un spécialiste au point de posséder le logiciel qui m'a permis de numériser - l'original est manuscrit - le "Dendrogramme" ci-dessus. Mais de là à faire le lien entre la poésie et technique d'organisation, il était un gouffre !
Un gouffre que j'ai franchi en saisissant une question fondamentale de la peinture.
Le "Dendrogramme" est un poème qui n'a de sens de lecture que celui que son lecteur choisit : suivez une branche ; revenez ensuite à celle maîtresse d'où vous aviez bifurqué... Faîtes comme bon vous semble : le "Dendrogramme" est un poème dont vous êtes acteurs ! Il est à la fois unique et multiple selon chacun de ses points de vue, selon les combinaisons que vous saurez trouver. Il n'enferme pas le texte au sein d'une image : c'est le texte qui crée l'image globale. Il n'est pas compliqué mais complexe : à l'age de la théorie du chaos, nous devons nous efforcer d'une approche systémique qui privilégie la perception globale par toutes les voies offertes des approches analytiques. Et plus encore...
Je lui ai choisi ce nom pour sa forme arborescente, mais chacun sentira d'évidence son aspect labyrinthique. Je travaille en ce moment même à sa conversion sur un logiciel heuristique en 3D ; il deviendra alors ce que j'aurai le plaisir d'intituler - merci Monsieur Pratt de me laisser emprunter cette expression ("MÛ", Corto Maltese) - un "Labyrinthe harmonique".
Bien entendu, dans la création que je vous livre ce soir, l'arbre est dichotome (chaque branche en donne deux), ces dites branches sont des vers octosyllabiques disposés en sorte de rimer de façon suivie. Mais ce ne sont dans ce cas présent que des règles que je me suis imposées... afin de faire ainsi que beau me semble.
Le reste est libre !
J'aurais pu mettre une marque déposée sur le terme "Dendrogramme", mais ce serait bien mal me connaître. Je ne travaille pas pour moi : je travaille pour que notre art avance.

vendredi 6 août 2010

Traits pour traits







à Anna, ma fille.


Ils avaient bercé ta prime enfance
cloués au murs comme une chouette
à la porte de l'inspiration
chouettes !
dans leurs cadres rococos qu'il fabriquait lui-même
signe de sa survivance
par-delà le temps et les générations gourmandes
qui se rongent les phalanges telles des enterrées vivantes
et ne songent plus
ne rêvent plus
n'existent plus
sinon dans l'illusoire d'un miroir des fatuités instantanées.
Ils représentaient la terre d'où l'on t'a tirée
sans besoin du moindre forceps
à l'indienne
lorsque ta mère te pris sous les aisselles
entre ses cuisses
et que le miracle éternel de la vie qu'on prolonge par une autre
prit en ce jour l'orthographe de ton prénom palindrome.
Ils la représentent toujours !
Ils se sont accrochés à d'autres murs
ils s'accrocheront à d'autres encore
durant des éternités que l'on ignore
peut-être à Paris, peut-être à Saumur
mieux que le vin vieillit la peinture !
Sans doute te sont-ils si communs que presque insignifiants ?
Ils font partie du décor, dit-on...
et dans ton adolescence aux doutes lénifiants
ils sont suspendus au lèvres de mes dictons
de ma façon d'en parler
de t'en parler
de parler de lui
de toi
de moi
de ce qui nous relie
des fils invisibles de la génétique
des filles dont la naissance est le point culminant d'un parcours un peu compliqué
de son talent et du tien avec mes phrases en trait d'union
de ce qui se cache derrière le soleil embrasant de vos êtres
bulle brûlante où rares sont à pouvoir se poser
et plus encore à se reposer...

J'ai aimé ton arrière-grand-père avec fascination
Amon-Râ, Hélios, Hypérion
dans des odeurs de térébenthine
que j'ai du garder pour te servir de tétine...
Ma sœur est devenue ta marraine
traits pour traits
passion pour passion
au gré des modes de l'art pictural
de vos atavismes
du mélange des couleurs et de la sûreté du geste
d'une expression qui me domine
et pour laquelle la plume ou le clavier ne sont que de bien piètres béquilles
signes d'un handicap
dont je témoigne en claudiquant du pointillisme de mes touches déteintes
héritage d'un Cap
d'un bout du monde où tu aimes à te retrouver
où l'on passe de la quiétude d'une rivière et de son pré
à l'océan croqueur de dunes
puis aux galets des trépassés
posés en tant d'infinies lunes.
Ma Fille
Tu es l'incarnation – et ce terme n'est pas vain – du Finistère
qui te porta en son sein :
il t'a légué son côté farouche
opaque à qui cherche à te comprendre
et derrière ton rideau de bruine
quels sont les contours chaotiques qui te dessinent.
Et c'est aussi pour cela que tu dessines
pour suggérer
langage des signes
hiéroglyphes
depuis l'aube de l'humanité on s'est tracé partout !
Cavernes, pierres, argiles, supports de Satan !
Puis vinrent toiles et papiers...
Toiles où l'on se noie
papiers où l'on n'a pas pied
chaque esquisse aura dit de toi
un petit bout de ton entier.

Ils sont toujours là
les tableaux de ton arrière-grand-père
un jour tu les auras
lorsque sera finie ma propre guerre.
Lorsque je vois l'ancienne photo de Tahiti
1916
je m'interroge : « t'a-t-il dit
qu'on se ressemble traits pour traits ? »
que mon bonheur est une vague
balayant comme un tsunami
les bas-fonds que parfois l'on drague
à la recherche d'un ami
à la recherche de ton art
et de ta compréhension
et de ton mode d'expression
et de ta beauté si bizarre
que nul n'oubliera, ma chérie
la perfection de tes ascèses
la ligne de tes traits magiques
leur beauté quasi-pathétique
mon espoir en Toi, maïeutique
et mon amour hémorragique.

mercredi 4 août 2010

La volante








À Hugo, mon fils.


Ce n'est pas chercher à plaire
il est trop tard quand il a plu
ce n'est pas chercher à faire
pleurer, quand on en fit des fûts
et des défis défunts
et des faims et des fins
et des points à la ligne
et des mouches voletant comme au cou de nos signes
péchés originels
inclinations insignes
et pâles ritournelles
rythmées par les quatre temps de la pêche au lancer
– métronome au monde
en regardant son fils fouetter l'air de sa soie sans se lasser –
et de la mélodie de la vie de tout être à la ronde.

Un jour
Mon Garçon
je t'expliquerai que quelque frontière que l'on franchisse
on est rattrapé par la volante
un jour que tu t'abreuveras de cette encre
comme des rivières coulant au creux des lies de l'existence
parfois
ainsi que l'étaient le Styx et le Léthé
dans les veines du marbre des théogonies hellènes
dans l'écriture d'Homère dont on ne sait s'il écrivit ni s'il vécut vraiment
dans les fables d'Hésiode entre l'oubli et la haine
la Terre est innervée d'eau pour que nul élément ne soit dissociable de l'autre
nous n'en sommes que ses pantins brutaux
au théâtre de l'incompréhension
tirés à quatre fils
à quatre épingles
aux épines de la rose alchimique
où nos âmes sont ornées de plumes de coqs
pour faire mouche comme sur des lèvres de courtisanes
ou piquées à celles des salmonidés
la rose du péché...
la Rose, comme à Pont-Croix
cet endroit magique où je t'appris les gestes élémentaires de la pêche à l'anglaise
la Rose que l'on dit aussi « dour marc'ho » – les eaux de la mort –
comme quoi la mythologie n'est jamais loin...
Je t'apprendrai par ces mots ainsi que je le fis par les gestes
que le fil que nous tendons au-dessus de la surface d'un miroir
est la vraie réponse à nos interrogations sur nous :
peut-on percer ? transpercer ? la peau liquide de ce qui nous fuit comme une anguille ?
chaque truite attrapée t'en sera le mystère en cours d'accomplissement...
Chaque pratique prend son sens au regard de ce qu'elle recouvre
même la plus anodine.
Nous ne sommes pas ce que nous pensons, mais ce que nous faisons.
Depuis les vêpres des prés – sauterelle oubliée –
jusqu'aux leurres usités des éclats de ta bouche
il n'y a canne dépliée
que pour que tu prennes la mouche.

Ce n'est pas pour chercher à plaire
c'est bien mieux avant qu'il n'ait plu !
lorsque l'orage gronde en l'air
des poissons, il y en a plus !
Et des fils (des fins)
s'emmêlant insidieusement aux cieux incertains
prouvent notre impatience
les fils emmêlés sont les secrets de nos enfances !
C'est en apprenant à les dénouer
doucement
avec méticulosité
en défaisant les entrelacs
que l'on apprend sur soi.
Et qu'enfin
on peut se mettre à pêcher les truites
sur les rivières de Dieu
les espérant instruites
de notre quête du Mieux.

lundi 2 août 2010

Bouche au Bé





Ma stéréo fine et austère
se fait entendre en Finistère :
c'est ma phonie à demis-mots
qui sourde des cris animaux.

Le son, comme un blé que l'on fauche,
choit d'une façon vile et gauche,
puis, monte-en-l'air en droite file,
vole au secours des hémophiles.

Car il n'est jamais autant d'hèmes
que dans le sens des mots « je t'aime »,
et toutes ces fleurs d'émotions
plasmolysées à leur potion.

Quand nos vies sans Vienne s'en vont
et nos nuits s'en viennent sans fond,
Sans néons dans ce noir néant,
le vers valse à pas de géant !

Il est pareil à un ressort
pour conjurer le mauvais sort
des jurons qu'on enlève au soir,
il sort son jus de l'oppressoir.

A mon dragon dès lors perdu,
fleur de fusil, fruit des pendus,
à la mandragore essentielle,
Je m'écrirai au vingtième ciel,

en respirant la bouche bée
les mots de l'îlot du Grand Bé,
qu'il n'est jamais château brillant
qu'au bout du monde et en priant !