vendredi 27 décembre 2013

Ville de Rue


Le Mépris : Camille by Georges Delerue on Grooveshark



En arpentant les rues de la Ville de la Rue,
en agonisant sur le pavé des écrivains,
j'emplumai le chapeau d'un style – oh, Délerue ! –
qu'intimait la vapeur des vins chauds aux chauvins.

J'étais sur les rives du Rhin pour céder Rome
au mépris de Godard comme à son ouverture ;
les Villes d'Europe ont pris mon encre en arôme,
à tel point que de l'art n'est plus que pourriture.

Or, moisissure ouverte aux fleurs de la pensée,
j'arpentais l'île verte aux canaux dispersés :
j'y sentais posées l'Ill et la Brûche en sentinelles.

Et l'Europe – Europe, Europe, Europe ! – et Chimène,
avaient les yeux fuligineux des criminelles
en mon Alsace absolument catéchumène.



lundi 23 décembre 2013

Transit


Paris détrempée brille de mil vers luisants ;
mon transit en la ville intestine est succinct.
Sur le quai d'Orléans, je m'en vais m'épuisant
à ces rimes bénies dont Louis IX est le saint.

L'averse hivernale est baptiste à mon égard ;
plus ou moins ce que j'oins de mes idées disjointes,
sur le corps de Paris m'envoie de gare en gare,
au rythme de mes pas et d'un métro qui chuinte.

Me reprend le hoquet de mes quais mal acquis ;
le Mikado - Rémi - façonne - oh, Saint Cluny ! -
l'Idéal de Paris en Spleen qu'aima Lacan.

Les bouts de Saint Michel qu'on ramasse en glanant
les cordes de sa bure, ont des reflets de soi ;
les fantômes passés, le présent les déçoit.

dimanche 1 décembre 2013

L'heur de Toronto

Train by Cibelle on Grooveshark


Je ne sais s'il est bon ni s'il est assez tôt,
à l'heure où sans détour ils seront, eux
- mes accidents - soumis à l'heur de Toronto,
je ne sais s'il est assorti de torts honteux.

Je ne sais si son méridien vaut mieux que deux
tue-l'Amour d'un grand fleuve au-delà de Bering,
ou qu'un évanescent parallèle hoqueteux
qu'encadre un Saint Laurent tel la corde d'un ring.

Il me reste tant à découvrir de ce monde,
tant de chemins à parcourir pour me trouver,
qu'un décallage au RER n'a rien prouvé...

Car ma Terre est brûlée de ses yeux en amende
où cligne en Jupiter un retors râteau :
je cherche dans l'astre un bonheur à Toronto.


lundi 11 novembre 2013

Miserables

Nuages by Django Reinhardt on Grooveshark



La misère pullule et ses pulls percés trouent
ce qu'un gris chouette ulule aux chants de Perséphone,
sans voir le bleu du ciel qu'ennuage un Dutroux
- causette existentielle aux Thénardier lès phone.

La peuplade ouvrière enfle un bourgeois œdème :
celui qui n'ouvrit hier pas un porte-monnaie !
Le poète peut crever, sa bourse n'a plus cours
que de miracles vrais à l'autel sermonné.

Le phlegmon dialysé d'un obscène marché,
nous pousse d'alizés en champs en jachère ;
la meilleure façon, Déesse, de marcher,
n'est pas dans la rançon de ce qui coûte cher.

Elle est dans l'abandon de nos tristes bassesses,
dans la syllabe en don sur chaque fin de vers,
qui s'arrime aux bollards que je vous sers en liesse,
aux derniers au-revoir de ce Kitty's nightmare*.

* J'ai tant aimé de Joyce un truc désabusé,
où les vieilles Rolls-Royce ont laissé ça, mots-traces,
hurler chevaux-vapeur et regards amusés
face aux bateaux de peur distants de quelques brasses...

Et dans la pauvreté de notre condition,
j'ai mangé l'âpreté des herbes carnivores,
rongeant comme le sel ou comme un champignon,
l'immense carrousel des êtres sémaphores.

D'Alexandrie le phare a chu dans l'océan ;
d'Alexandra le fard égaie l'odieux constat :
je suis un misérable arguant ce mot céans ;
qu'on fasse sur mon râble un brin d'aérostat !

Qu'accrochant un nuage, on me paie de l'Espoir
que j'apporte à tout age en déversant du vide,
car écrire est un fruit (de la pomme à la poire)
qui se nourrit de bruits et de pas impavides.

Quel costume de Quat'sous, voudrais-tu qu'il m'aille ?
La misèr'c'est là-d'sous : les égouts de Paris,
de Vienne ou de Berlin, de Brecht et de Kurt Weill,
ils sont à mes Merlin ce qui ne se tarit.

jeudi 7 novembre 2013

Camus

Petit Pays by Cesária Évora on Grooveshark





Si comme came isole Camille s'en fut,
son dédain me désole et me transmet le chancre
où l'ivre de son œuvre en a crevé le fût.

Si pareil à la pieuvre où je puise mon encre,
j'avais pris de Rimbaud son éternel refus,
je serais un vieux beau défaillant comme un cancre.

Je n'ai plus de Prévert les recettes subtiles...
Ah ! Les miasmes pervers sont des légions d'acteurs
dans lesquelles l'endroit de nos régions tactiles,
fait de tout nos doigts droits de vrais persécuteurs.

Il parait que ces mots ne tiennent qu'à Camus ;
qu'à des auteurs gémeaux noyés par des verseaux,
qu'à ce fil qui s'affiche en filigrane, et qu'à mue
ce scorpion qui s'en fiche en fasse mon berceau.

jeudi 24 octobre 2013

Des mots de Maud ou d'autres...

Da Da Da I Don't Love You You Don't Love Me Aha Aha Aha by Trio on Grooveshark



J'en ai connu des peu commodes :
des mots de Maud que l'on démode,
des alanguies de Coralie :
les phrases que leurs corps allient ;
j'ai vu ta bouche bée actrice,
ourler tes lèvres Béatrice
pour des répliques, Maryline,
au théâtre où se marre Hélène...

Dans vos phrasés, chère Amandine,
j'ai lu ce dont les amants dînent,
et dans ta prose, oh ma Chloé !
Les pointes dont tu m'as cloué ;
d'Audrey d'un trait le doigt m'atteint
et tes cils Cécile un matin,
peignirent de traînées de khôl
les hiéroglyphes de Nicole.

Je fus dans ceux de Valérie
juste un Dormeur du Val aigri,
et dans les vœux de Bérengère,
l'ombre d'une bête étrangère ;
qu'entre les lignes de Brigitte
on ait prouvé que j'ai pris gîte,
j'échapperai toujours aux modes
dans les mots que Maud accomode.

vendredi 18 octobre 2013

La barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante (republication d'un texte du 23 mars 2006)

Piano Concerto Nº1 in F Sharp Minor, Op.1 - 1. Vivace by Rachmaninov on Grooveshark





Владимир Владимирович Маяковскийv

Ton nom,
              Lui seul,
                           Est un poème,
Alors, tu l'as écrit !
     Et ton
               Linceul
                       Est son emblème :
Vladimir Maïakovski !
Balle obus,
         Balle au cœur,
                      Bal tragique...
Ainsi fut
            Du danseur
                           Poétique...

Là où devait être ta parousie,
Là, ce fut l'éternelle parodie,
Saignez avec lui ! Songez avec moi !
Puisque, là-bas, dans l'éther naît le roi !
De toutes ses errances politiques,
De toute sa démence Lili Brik,
Il reste à l'univers des survivants,
Des poids désunis : Vers de son vivant.
Et qu'un Aragon t'ait laissé crever,
L'amant de ton Elsa vitriolée,
Et qu'un Arpagon des fonds géorgiens,
T'alourdisse d'un air djougatchvilien...
Rien à battre !
Abattre !
Volodia !
Entends moi !

Vous fûtes les plus beaux aimants !
Pôle Nord,
                 Pôle Sud,
Des télégrammes étouffants !
Mauvais sort !
                Je dénude :
Les fils de ton courant,
Maldoror,
             Mal de rude !
Les files où l'on attend,
Notre mort,
                L'interlude...

Vous fûtes les plus beaux aimants,
Des déchirures en lassant,
Jusqu'aux compteurs des taxis blancs,
Jusqu'aux conteurs de vos néants.
Sublime !
Tes rimes !
Sang pour sang,
37 ans...

Vladimir,
              J'ai ton âge...
Dois-je mourir ?
         Est-ce un gage ?

Non !!!
Nom ???

Moi aussi je parlerai du petit cheval de feu !
Ou du nuage en pantalon !
Pour mieux les faire rêver un peu,
Tu sais... Les 150 millions !
Je rejouerai la flûte des vertèbres,
Pour mieux éloigner les ténèbres...
Je ne veux pas mourir, Maïakovski,
Même si parfois le cœur mendie.

jeudi 19 septembre 2013

Majeur

Angel by Massive Attack on Grooveshark



J'ai touché les plafonds de Buonarroti
Et les odieux porcs que le doigt de l'Homme affleure,
et fait frire à mourir un nuage rôti
comme un bleu déchiré par l'ange luron-fleur.

J'ai tenté les contours des formes essentielles
dans mon empressement né du diable vauvert,
mais je n'ai pataugé pataud, qu'en laissant ciel
aux sordides harpies de mon front découvert.

Je n'ai d'inspiration que des drogues stupides
et n'ai de goût d'auteur qu'un épice insipide ;
je ne suis pas divin, moins encor diabolique.

Si je vomis mes mots dès lors que je dis « j'erre »,
et que je les répands de façon spasmodique,
c'est pour mieux les mâcher comme un papier majeur.

jeudi 5 septembre 2013

Galatée

Shine On You Crazy Diamond (Parts I-V) by Pinq Floid on Grooveshark



Me promenant sur l'aimant songe
et le rivage de mes rêves,
j'aperçus, d'entre les éponges,
issir une coquille en grève.

Je la plaçai sur mon oreille
afin d'ouïr un chant marin,
mais à surprise sans pareille
un fond de temps fit l'amarre – hein ?

C'était la voix d'un passé mû
par un amour étourdissant,
passé du nom toujours ému
de Pygmalion l'évanescent.

Alors, dans cette incandescence
inespérée, je me laissai
navire immolé d'indécence,
au gré voguer au vent mauvais :

« M'entends-tu, toi le grand poète
qui sait des brins de la sculpture ?
m'entends-tu, fort mauvais poète
qui sait qu'ici plus rien ne dure ?

Écoute assis les mots divins
qui transformèrent en déesse
le corps ignoré des devins
que je créai de mes prouesses.

Écoute, toi, mon chant d'amour,
toi qui voudrais t'en délivrer,
écoute ces mots qu'on nomme « houre »
pour l'échafaud dans leur livrée :

J’appréhende ton galbe au doigt
et ta plastique à l'explosif,
ton verbe à la langue de bois
et ton doux mythe à la Sisyphe.

Je m'imagine ta beauté
dans l'élan simple des caresses,
et chasse les impuretés
du baiser d'un biseau qu'on dresse.

Tu es ma peinture au couteau
et ma violence inacceptable,
ma fiancée sur deux tréteaux
que je m'offre en guise de table.

Et s'il fallait qu'à tes sourcils,
on puise l'accent circonflexe,
au puits de ta courbe indocile
où la cuisse anoblit le sexe,

un mystère enterait le cep
où pousse la vigne juteuse
que ton beau sourire intercepte
du trait blanc de tes dents laiteuses.

Ô Galatée, ma sacrifiée,
toi polymorphe sous mes mains,
Muse absolue qui m'a griffé,
j'ai dans la peau ton corps d'airain.

Jamais beauté n'eut en son sein
L'embryon de tant de splendeur,
Ni l'Océane en son bassin
les fruits de ta mer en candeur. »

J'ai reposé le coquillage.
J'ai marché longuement sur l'eau.
N'est pas Jésus qui n'a que l'age
ni Madeleine un travelo.

samedi 31 août 2013

Marseille

Por Que Te Vas by Jeanette on Grooveshark



Je zyeutai Massilia du dix-huitième étage !
Près du Boulevard de Plombières
et de ses toboggans routiers surréalistes
tandis qu'aujourd'hui rien ne plombe hier
Je zyeutai Marseille et m'en faisais ma liste.
las
son décor m'inspirait, d'évidence :
avec ses pains de suc
mis en Garde alors que son corps couvé d'eau
se répandait jusqu'à la mer, comme une énième tâche
grouillante à mes pieds
comme des pas de danse
comme des petits morceaux de stuc
épandus au petit bonheur la chance
mêlant le bidon-ville à l'immeuble high-tech
le HLM au pavillon
l'oreille aux doigts de pied
et les montagnes aux ports, plages et discothèques
rameutant les clochards à coups de carillons
et se faisant jumelle de Rio de Janeiro
Je zyeutai Massilia du dix-huitième étage !
Etait-ce ainsi de me sentir grandi
que je la sentais si petite et confinée
oppressée dans sa baie tournée vers le port
qu'on lui fit confit-né
ou vers le mauvais sport
qu'en ce lieu chaque rue suinte de l'eau, aime
un apéro pastaga très dilué
qui te fout les boules
les balls
et le fouteubolleuh !
Etait-ce ainsi de me sentir Gandhi ?
Alors que j'étais en petits morceaux de stuc
comme une mosaïque
et en petits pourceaux de sticks
comme un vilain moustuque.
Et bien, je me raccommodais depuis ce dix-huitième étage
je me patchworkais avec du fil d'enfer
quoique là ne coulait pas le Tage
Mais entre Lisbonne et Rio
Entre le portugais et le plus rien à faire
autrement qu'un accoutrement qui nous siée (pas "qui nous seille")
il y a la planète Marseille !
Et dans cet incommensurable melting-pot
je me suis mis à aimer d'Amour cette improbable et folle Cité
dont chaque mur à chaque graffiti dépote
et nous invite à vivre de vers et de mendicité !
J'ai tant aimé l'Estaque
et sa plage surplombée de sa quatre-voies
et ses canons en bikini
et ses marées barométriques
petits seins qui filent la trique
à mes fluxions de Luchini
trémolantes en ma voix
et s'échouantes en laisse Trac !
J'aime et j'aimais le cœur de Massilia :
je l'ai traversé dans ma voiture
- pour un non-marseillais, quelle aventure !
(Souvenir qu'on aima, s'il y a...)
Dans les souks chinois
nous nous parions de soie noire
et le bleu des yeux était une insulte aux méditerranéennes.
Les fontaines coulaient de Rimmel dans les rues
dans les quartiers nord, j'étais le bienvenu
les fonds de teint coulaient du Rimbaud
et de ses splendeurs érythréennes
sur le khôl des beautés marseillaises
et sur l'alcool de nos plaies béantes
nos muses divines sont bien aise
pour peu du fantôme qui les hante.
J'étais bien en rupture
au dix-huitième étage
un peu comme un alpiniste
un peu comme Hannibal hors de Carthage
avec des éléphants qui trompent
et n'ont rien de doux hédonistes
et n'ont rien à mettre en partage
sinon, point de suture !
A Marseille, j'ai marché comme sur un Pôle en débâcle
et sur ses glaçons dans un moteur où tout renâcle
sur les apéritifs ourlés d'écumes anthracites
et sur tes lèvres où ma bouche ouverte entre à tes sites.
J'étais aimant
Au Prado, j'étais devin
j'y mariais l'or et le vin
le vin rouge et l'or blanc
c'était onze ans avant...
Onze ans plus tard, je revins
par le couloir rhodanien
puis par le train du mien
qui démêla les chevaux-vapeur morts d'épuisement sur la route d'un premier aller-retour
via Lodève et Millau et les volcans d'Auvergne
et la Loire autour
et la Nantes de Julot Vernes
mais je revins dans le quartier du Prado
– celui dans lequel on s'endort le matin de longs voyages achevés
(comme les chevaux)
et sur lequel on veille en des soirs qui nous semblent d'éternité
mais qui le sont pour ma mémoire
du temps que je me pensais poète –
puis dans celui de Saint-Barthélémy
Bagatelle pour un massacre
martyre écorché vif et crucifié, décapité
d'où je vous contemplais du dix-huitième étage.
Alors, bien sûr, espoir :
j'ai bien franchi les courbes isohyètes
qui conduisait jusqu'à la Garde, et les mis
dans mes poches-revolver
parce qu'à l'arrêt faut l'faire
et reprendre un peu conscience des beautés que l'on consacre
à notre façon d'essayer de vivre
et de traquer nos propres vouivres...
C'est ainsi que je me souviens des fontaines
de la place du palais de l'injustice
et des terrasses ensoleillées
– fond de tain sur nos antennes
avec leur demis-dépression –
de lieux communs en frontispice
je me souviens des rues piétonnes
du cours Belsunce et d'autres où se frayer
un chemin dans mes voix bretonnes
qui ne purent s'en effrayer.
J'ai quitté Marseille en descendant d'un dix-huitième
Je n'en ai jamais su le nombre d'arrondissements
mais celui de ses étages
celui dont je vous fais partage
fut vers le ciel celui des marches de ciment
qui m'ont scellé dans Phocée la pénultième.

samedi 24 août 2013

Neuf étés

Beautiful days by Venus on Grooveshark


L'été premier fut au poème,
à l'écriture renaissante,
à comment conjuguer "je t'aime"
dans des torpeurs évanescentes.

L'été second fut à la Muse
et ses reflets opalescents,
à la fée verte qui n'amuse
aucun sentiment oppressant.

L'été troisième aux libertines,
offrit ma ration d'être humain
et mes sonnets aux cavatines
dont l'opéra bouffe à deux mains.

Le quatrième été, d'amour
- du moins, c'était à s'y tromper -
c'est ainsi quand on fait d'âme hourd
et d'un jeu dame et mat, rompez !

Le cinquième été fut au Maine,
car aux blessures à soigner,
au Pays Basque où l'on s’amène
aux basques nos airs renfrognés.

L'été sixième eut pour la Loire
et sa corniche en grand danger,
pour la sculpture et pour la gloire,
un goût de passions vendangées.

Puis vint enfin l'été septième
et mon exil, au souvenir
réincarné du dix-septième
an de Rimbaud dont subvenir.

Le huitième été fut tendu
d'Alsace jusqu'au Finistère :
ma belle France est distendue
par mes curieux itinéraires...

J'achève le neuvième été,
conscient du chemin parcouru,
des insondables parités
qui nous conduisent à la rue.

Car ces étés de porcelaine
où j'ai trempé mes caniveaux
de bonne ou de mauvaise haleine,
ne furent pas en faux dévot,

mais sans m'en faire un pied de grue,
ce fut l'été de mes minots,
et quoique on me trouve incongru,
j'en fis mes ordres terminaux.

vendredi 23 août 2013

Le peuple de l'Eau


Depuis que des cités aux confluents des fleuves,
de maçons excités furent l'ouvrage franc,
nul n'est besoin d'attendre à l'horizon qu'il pleuve,
on voit l'Homme s'étendre en virant son safran.

Si la barre est le prolongement de son bras,
c'est qu'il n'est nulle improvisation dans ses gestes :
il vit au fil de l'Eau sans le moindre embarras,
ni même un trémolo pour ses crues indigestes.

Les ramifications des troncs hydrographiques
dont ses embarcations sont les fétus de paille,
le guident sans détour vers les mers mirifiques,
les océans autour sont ce dont il ripaille.

Et tout son peuple ainsi fait tâche et se répand,
telle huile de Vinci sous la carte d'un monde
où le papier buvard est anti-dérapant :
ce peuple est un bavard de ces mots qui l’inondent.

C'est le peuple de l'Eau dont l'on dit l'Or dès lors,
qui du fleuve au ruisseau puis des mers aux rivières,
a puisé son trésor dans telle onde indolore
qu'on oublie tous ses morts en civière et si fiers.

Il a fait du poisson l'insigne religieux
qui, des murs aux poinçons, aggrava d'un emblème,
les pêcheries où l'on grava le nom de Dieu :
les grains que nous foulons sont des tempêtes blêmes.

Nos rêves sont emplis de trois-mâts et de barques,
de tissus et de plis que regonflent les vents,
dessinant sur la voile un parfait acerbe arc,
dont le trait nous envoie lever l'astre au Levant.

Puis nous le poursuivons vers les grands Occidents ;
tous ces noms qui lui vont - Dieu, Yahvé, Mégalo,
Allah (lui l'Hypérion) - sont à l'éclat des dents
celui de l'Alcyon* pour nous peuple de l'Eau.





* L'alcyon est un oiseau fabuleux qui, d'après une légende grecque, devait sa naissance à la métamorphose d'Alcyone. Il était dédié à la Néréide Thétis1.
Le terme, d'origine grecque2, est formé de αλς / als (« la mer ») et de κύειν / kýein (« être enceinte, concevoir »)3 ou dérive d'une racine indo-européenne signifiant crier, terme que l'on retrouve dans alque4.
On admettait que l'alcyon faisait son nid sur les flots de la mer, et qu'il couvait ses œufs pendant sept jours, nommés « jours alcyoniens », après le solstice d'hiver, période de calme continu que Zeus lui avait accordé, apitoyé devant ses nids sans cesse détruits par le vent et les vagues. Ses plumes étaient considérées comme des ingrédients dans des philtres d'amour, et on prétendait qu'il fallait conserver son cadavre près des vêtements pour épargner à ceux-ci les outrages des vers1.
Cet oiseau a été identifié avec le martin-pêcheur, la mouette, le pétrel, le goéland, le cygne.
(in "Wikipedia")

mercredi 21 août 2013

L'an treize

La 5eme Saison by MC Solaar on Grooveshark


Ce fut l'an treize, en un clin d’œil alla l'entame ;
si les ressortissants d'une England salivèrent,
ici, de lente âme, haletants, nous héritâmes
un tropical été, tant fut aigu l'hiver !

Le blizzard bizarre avait harcelé les pousses
et germes du printemps d'un tranchant aquilin ;
l'hiver vécut jusqu'à ce que l'été l'épouse :
chaque saison femelle a son nom masculin !

Aux mâles épanchements glaciaux succédèrent
d'incandescents baisers d'un Gynécée de braises,
alors les deux saisons, traitant de Sexe aidèrent
un embryon d'instant à devenir l'an treize.

Comment arrondit-il le ventre de sa mère,
au mois où la vendange - oui, le neuvième - accouche
un jus sucré, ferment de vins d'abord amers,
mais dont on ne sait trop le devenir en bouche ?

Comment but-il encor la tasse de l'automne
et son humidement garçonne puberté ?
Je ne sais pas vraiment, faut-il qu'on s'en étonne
après pareil hiver et l'insolent été ?

Je ne saurais répondre aux passés antérieurs
des obturantes peaux qui nous font chrysalides,
mais je sais malgré tout qu'à l'étage inférieur,
je laissai mon squelette externe d'invalide.

Je m'en allai rejoindre en cinquième saison,
celle incarnant du féminin l'ultime essence,
de par sa folie douce et sage déraison,
symbole de mes mues et de ma renaissance.

Je m'en allai troquer l'éther pour du lait-fraise,
l'écrivain de bohème avec son balluchon,
quoique j'en eus bavé pour traverser l'an treize,
je sus que nous captons ce que nous épluchons.



dimanche 18 août 2013

Liquidités

The Great Gig in the Sky by Pink Floyd_(p) on Grooveshark


Nous ne sommes rien d'autre qu'un songe aquatique,
qu'un singe qui sait bien marées, quoiqu'il eût crues
pour le baigner dans des poèmes à quoi tiquent
les partisans d'un dogme en peine de recrues.

Le grand peuplier tremble et fait un bruit de pluie,
l'Univers est liquide, est de sève et de sang,
et de lymphe et de nymphes que je n'ai depuis,
aperçues hors d'un livre où l'Ordalie descend.

Nous sommes les Noyers de la littérature :
nous puisons dans la terre un fleuve d'expressions
que nous tissons - ouvrages d'une filature.

Puis, fluide enfin, le style entre en action :
il mêle aux éléments l'Hymen inattendu
qui fait que l'encre écoule alors son flux tendu.

lundi 12 août 2013

Migrer


Le Monde grouille en lui comme une fourmilière,
de ses humaines longues pérégrinations ;
nul ne sait s'attacher ainsi que l'ami Lierre,
mais chacun croît quitter la pire aigrie nation.

Car l'Homme est un pendule, oscille en permanence,
avance par à-coups (comme l'Evolution) ;
tandis que l'Univers est fait d'Impermanence,
lui croît aux grands départs puis aux révolutions.

C'est un singe intenable, errant bon gré mal gré,
il a colonisé chaque lopin de Terre
et sa passion tenace est sans cesse à migrer.

Mais il n'a pas compris ce faible délétère
où l'on puise un Génie, ferment d'explorateurs,
et ce Mal infini, puisqu'on déplore un tueur.


dimanche 11 août 2013

De guerre lasse

(Sittin' On) The Dock of the Bay by Otis Redding on Grooveshark


De peu de nous deux nous avons
tout oublié, de guerre lasse,
de Verlaine en vers ne savons
que "Jadis et naguère", hélas,
et de ses sanglots le savon
qui pique les yeux mais délasse,
coule au gré que nous percevons
des jours que la soude déglace.

Ruinés les châteaux en Espagne,
vidées leurs pièces démontées,
quand le costard se change en pagne
et que le Nord désaimanté
se perd au fil du temps qu'on gagne
dans des mensonges éhontés,
n'est plus du pays de Cocagne
qu'un lourd bateau désamianté.

Au moment des bilans qu'on dresse
- ou qu'on voudrait - avec l'errant
qui, parti sans laisser d'adresse,
traîne son air de conquérant,
on prend en compte avec détresse
tout ce qui est quelconque et rend
à ce théâtre un train d'ex-presse,
à ce cinoche air con courant...

Du peu de nous deux nous gardons,
tout embrochés, de guerre lasse,
des souvenirs ; nous regardons
ce passé qui veut dire "hélas".
Dans le futur nous hasardons
les pas de vie qui nous déplacent :
quelque part nous entrelardons
nos vieux vitraux de plexiglas.

samedi 10 août 2013

Inspiration

Unfinished Sympathy (instrumental) by Massive Attack on Grooveshark




La cardiaque et massive attaque
abrutissant l'écho régi
de coups qu'un battement détraque,
accorde au vent des chorégies
de mon cerveau perclus de trac,
ce que mon corps (encore il gît)
ne peut m'offrir du tac-au-tac :
cette égérie qu'un rien rougit.

Car cette attaque érubescente
issue des océans de Soi,
de l'artère et des rues biaisantes
à chaque fois qu'on se déçoit,
qu'on se retrouve en redescente,
alors debout, qu'on te rassoit,
oui, cette attaque adolescente
étrangle d'un foulard de Soie.

C'est soudain : l'asphyxie m'oppresse ;
il vient, ce vent vêtu de vide,
combler mes lacunes de presse.
Et mes baïnes impavides
alors s'emplissent de prêtresses,
de pythies que mes sons dévident ;
de vers mes plages décompressent :
tout flotte dans des yeux virides.

Leurs larmes sont une immersion
- d'un second souffle on ressuscite -
tandis que dans "respiration",
ce sont deux temps que l'on suscite :
celui qui nous inspire action
- sorti de son gouffre illicite -
et celui de l'expiration
- comme une Mort en mots qu'on cite.

samedi 3 août 2013

Partir n'est pas quitter

Partir n'est pas quitter, pâquerette en parterre
où l'on cueille un Orient purgatoire, un voyage
que ponctuent en riant nos semelles de terre,
de leurs pas acquittés des jugements de l'age.

Si l'a scandé Cendrars, sans les scories du leurre,
c'est que partir est l'acte irriguant d'un espoir
la grande cataracte où du mien jusqu'au leur,
on peut condescendre ART de Lumière et de Noir.

Où l'on peut s'inventer dans d'autres dimensions,
gestationner en fraude et renaître en cinq râles,
alors que sa nef rode au Prieuré de Sion
pour enfin s'emprunter d'une barque un Saint Graal.

Quitter, c'est s'oublier mais partir, devenir,
s'habiller de couleurs inconnues de nos yeux ;
quitter cède aux douleurs, partir au revenir :
ce qu'il faut supplier est toujours tendancieux.

On finit par l'aider, "partir", tant compassé,
quand périclite au temps le facteur d'équité
qu'emporte au vent d'Autan le voile du passé ;
je suis pour parler des partir, anti quitter !

vendredi 2 août 2013

Engrenages



Time by Pink Floyd_(p) on Grooveshark


Si l'on sait que sans graine il n'est fruit du travail,
ni sans panne un ressort dont j'ai seul l'apanage,
ma passion s'en ressort pour le peu que me vaillent
ces secondes qu'égraine un divin engrenage.

Dans l'univers de montre où je vis tout le temps,
encadré de cadrans dans des dais à découdre,
j'accorde aux coups quatre ans dans le dur et l'étang,
pour qu'enfin je démontre à l'écho l'eau des foudres.

Pour qu'enfin je démonte un obscur mécanisme,
un curieux automate aux harmonies cryptées :
rien qu'étroit ne colmate en ça, ni qu'aucun isthme !

Un fossé que surmonte un esprit coopté !
La lecture de l'heure est un doux aphorisme,
celle de nos malheurs, un Gruyère rapté.

dimanche 21 juillet 2013

Alouettes

Rain by Ryuichi Sakamoto on Grooveshark


Notre beauté, si tant qu'on l'ait,
                     est un miroir aux alouettes,
le tain crémeux du bain de lait
                     est un miroir aux alouettes,
car notre jeunesse éphémère
                     est un miroir aux alouettes
et la plume où les mots s'aimèrent
                    orne le chant des alouettes.

Petite plume au sillon gras
que l'on arrache à l'oisillon,
ton crissement siffle aux ingrats
les clins d’œil dont nous sourcillons ;
puisqu'il n'est point de croassements
aux alouettes que l'on leurre,
ni plus qu'aux corbeaux croisements
de mots postés bien avant l'heure,
je m'interroge sur l'égo
qui conduit à s'illusionner
dans cet étrange jeu de Go
qu'Apollinaire eut bien zoné.

Notre salaire usurpateur
                     est un miroir aux alouettes
et ses reflets perturbateurs
                        sont avalés par la luette !
Comme serments pris en couleuvre
                        à la lueur d'une allumette,
nous ne voyons que du coup l'oeuvre
                  ainsi que l'eut Sydney Lumet.
Partout se dresse aux gens perdus
             une colline où crient les mouettes,
mais de leurs voeux tant éperdus
                 n'est qu'un miroir aux alouettes.

jeudi 18 juillet 2013

La mauvaise société

Je ne vous parlerai pas de ces crinolines
qui peuplaient le roman, ni des dentelles poisseuses,
collant dix-sept aimants lorsque j'écris nos lignes,
que finit par leurrer mon encre bien crasseuse ;

mais je vais vous narrer en quelques vers imbus,
les portraits de famille, odieux à satiété,
dont cet enfer fourmille, assignant aux rebus
d'appliquer un arrêt aux bonnes sociétés.

Ils sont les vrais démons des pires cauchemars,
les forçats évadés des creux de notre esprit ;
estampillés sermons, ma plume calamar
en tentacule aidé vous écrit  : "Saint-Ex', PRIE !"

Celui-ci, ruisselant du mal dont il regorge,
offre sa chair putride aux regards écœurés,
son lignage apatride aux voix dont il rend gorge,
est l'écho cuistre et lent de mœurs dégénérées.

Elle, à côté, n'a plus pour blancheur décadente,
que quelques dents cariées dans un théâtre obscur ;
et sa pulpe avariée n'a de goût que pour Dante,
qu'en faire où que déplût tout son Spleen insécure...

Dans sa fange éthylique éructe le troisième ;
ses folies sont à l'aune où s'ancrent ses humeurs :
soudainement, l'atone éruption d’emphysème
emplit - syphilitique - le poumon dont il meure.

La cadette est assise avec ce dont elle use,
peut importe qu'on vit son visage ou ses yeux,
elle accueille les vits dont son cul fait excuse,
et s'égaie la cerise en de longs qui-mieux-mieux.

Vient enfin le dernier dont le signe est COLÈRE,
ouragan sulfureux aux volutes violentes
qui, rendant malheureux ses victimes solaires,
est un fol éborgné dans sa rage insolente.

Ce sont eux les cinq doigts de la Mano Negra,
cinq associés du diable en sa dextre imagée,
et chacun d'eux m'est fiable autant qu'aucun n'est gras :
les splendeurs de l'effroi sont les reflets que j'ai.



dimanche 14 juillet 2013

Aphorisme russo-littéraire


Reprenant ma lecture des ouvrages de 


Tolstoï


je repense ironiquement à ceux qui


les considéraient guère épais...

vendredi 12 juillet 2013

Auprès d'aimable onde

Hello Earth by Kate Bush on Grooveshark


C'est auprès d'aimable onde et m'écoulant sur la terre,
enseveli sous plomb de l'éther délétère
où mes yeux ont vomi d'authentiques vipères
au corps céruléen, que de bleu je vis pers !

De deux Capulet, un Montaigu : Rome est haut.
C'est de ce rêve omis - Ophélie que drape eau -
dont repaissent les mots sur la risée des vers :
les ruisseaux que l'on nomme au passé sont pervers.

S'unissant pour le pire en vindictes rivières,
ils bâtissent l'empire où flottantes civières
voguent tout imbibées de papiers sans épreuves,
bouteilles à la mer des longs romans-fleuves.

Ils sont le verbe amer des rapports inhumains,
les courants inhibés par les gestes de main,
ils sont oh, si sociaux, saucissonnés d'humeurs,
que s'y noient les patios des amours qui se meurent.

Ils sont aussi le fiel et l'écume de Dante,
les flots fluant du miel aux baisers qui les hantent ;
ils vont du purgatoire à l'enfer par mes doigts :
j'ai beau freiner leur flux, l'encre fait ce que doit !

Tant de livres neufs lus finiront au pilon
qu'il est ostentatoire - autant rester Villon ! -
d'être à contre-courant, refoulé qui s’inonde,
mais à chaque coup rend coup, auprès d'aimable onde.

mardi 9 juillet 2013

Le bruit se ment

Trouble by Coldplay on Grooveshark


Le bruit se ment
                 dans les branchages
                                   au vent nouveau
                                                 d'idées à listes ;
d'épris semant
                leurs grains d'amor
                            par monts, par vaux
                                              peuplent de l'air
leurs promissions,
                dont on tranche age
                                         à l'épithète
                                                   ou à l'envers ;
les commissions
                de Thomas More
                              parfois s'entêtent,
                                                       idéalistes.
Et dans l'air chaud
                    d'un vrai juillet
                                       carambolé
                                               de pépiements,
d'émus oiseaux
             meublent de chants
                                      le snob olé
                                             d'un dur zéphyr ;
les ongles griffent,
                   autant qu'y est
                               sur mon écorce
                                             un œil porphyre,
oeuvre apocryphe
               où l'ours léchant
                                grava de force
                                              un bruissement.
Là, saule ment :
                        tri,
                            haine,
                                     hâle,
                                            ombres !
Le bruit se ment :
                          feule,
                                  âme,
                                         hourd,
                                                   ors !
Quelques vestiges du jour sombrent
dans l'azur lacéré, dehors,
et les chants de l'été sermonnent
leurs enfants pissenlits - salades ! -
comme des fruits de belladone
offerts à nos cerveaux malades.
Le bruissement
                 (subtil office
                              enflé d'aveux
                                              et d'émotions)
des sentiments
            et des hormones
                           au gré nerveux
                                       des courants d'ires,
est un doux leurre,
                 un sacrifice
                             (vasectomie)
                                         même un martyre,
dont les couleurs
          qui s'époumonent
                          ont juste omis
                                          ces commotions.
Ne reste alors
                de cet enjeu
                   qu'un grand puzzle
                                         (débris s'aimant),
qu'on endolore
              à la mémoire
                       où tout est seul
                                      de nos personnes ;
août à l'orage,
           au gris fangeux,
                         lorsqu'il a plu,
                                  que les pairs sonnent,
aura leur age
         et leurs grimoires :
                  ombres n'ont plus
                                    que bruits serments.

vendredi 5 juillet 2013

Le sourcil (texte de 2005)

L'étrangère by Sanseverino on Grooveshark



Posé comme un accent,
             Sur une olive malachite,
                                          Inflexion,
                                   Circonflexion,
Génuflexion devant,
                    L'azur de la pépite...
                                            Porion,
                                     Soumission,
L'inclination descend,
      Dans une noirceur anthracite...
                                    Votre sourcil,
Damoiselles est vraiment,
                       La source de mon Nil,
                        Le sorcier de mon île,
                          Le sort s'y est, futile,
Glissé en souricier béant
              Nulle larme ne l'affecte,
                                          Trop haut,
                                                   Trop fier,
Trop arrogant,
             And if nobody's perfect,
                                          Fourneau,
                                              Chaud d'hier,
L'oeil embrasant,
        A son couvercle sur la tête,
       Comme la phrase l'épithète,
           Le fin sourcil qui s'entête,
A l'infléchir incessamment.
Il donne à vos regards,
                      Hasard...
Il rend à vos pulsions,
                   Passions...
Et dans la moindre de vos expressions,
Aspire l'encre de votre œil hagard.
Je veux passer le bout de mon index,
                                                                      Léger,
Sur le sommeil de ma future et des mes ex,
                                                                     Aimées,
Pour m'emplir comme d'un Braille ou d'un Codex,
                                                                     Cracké,
De la matrice de vos sourires complexes,
                                                                    Elucidée.
Et continuer à jouir,
                        Le temps passant,
                        Le temps présent,
De la beauté de vos saphirs,
                          De vos diamants,
          De vos porphyres éclatants,
                                                     Dans le si bel écrin
                                                 De cette ligne de crin.

jeudi 20 juin 2013

Menez Are (texte de 2007)

Rince Briotanach by Clannad on Grooveshark


Monde à raies qui est à cran,
A crins, à craintes et à cran d'arrêt,
Spectral dans les couleurs d'un rayon blanc,
Arc-en-ciel lorsqu'il pleut, monts d'Arrée,
Comme un soleil qui fait ce qu'il peut
Pour y survivre un tant soit peu...
C'est un désert triangulé par trois lieux-dits,
Où les landes ont des airs de malappris,
C'est une Irlande sans dessert, sans cerisiers,
Sans autres arbres qui de Brocéliande sont restés...
On en trouve à Huelgoat,
Plantés un peu comme à la hâte
Sur des chaos de rochers décombrants,
Et de mes œuvres, en lettres, fantasmant.
J'ai aimé écrire,
                       Jusque dans son café littéraire,
                                                                     Pour qui ?
Puisque de mourir,
                    Restent tous nos mots funéraires,
                                                                      Écrits...
Et tout ce que l'on brasse part !
Des monts d'Arrée, j'aime le dénuement laxatif.
Je suis un traîneur des Connemara de Brasparts,
Je fuis les plaisirs faciles et le luxe hâtif.
C'est en pauvre cowboy solitaire
Que je voulais vous parler de mon Far West,
De ses légendes et de ses mystères
Dont ses bruyères odorantes empestent.
Sous la grande antenne du Roc'h Tregudon,
Sous son odeur de plastic brûlé,
Puisque enfant, privé de télé, enfant breton,
Je me souviens encor de l'attentat du FLB,
Puisque nous ne sommes pas français dans l'âme,
Puisque c'est ici que je travaille aujourd'hui,
Laissez-moi rallumer cette flamme
Pour que brillent aux cieux les hermines affranchies !
Nous ne sommes pas un peuple mineur.
Nous avons les plus vieilles montagnes du monde !
D'un monde à raies qui peut faire peur,
De nos profils indiens que d'aucuns sondent,
Et de cette infinie douceur

Dont mes bras sont l'attendue fronde.