lundi 31 mars 2014

Le front de mer (nouvelle version d'un texte publié en septembre 2005)

Your Own Sweet Way by The Notting Hillbillies on Grooveshark



Retourné sur le front de mer,
J'écris un peu, sur mon carnet, sur le volant,
Des mots en forme de prière
Sur le papier d'un ciel couchant...
Le rougeoiement de cette baie
Sur l'eau stagnante de ses plages,
Incessamment me fait penser
Au fil logique des naufrages.

Et s'il faut brûler comme soleils,
De n'avoir su que trop aimer,
Que combustion nous soit pareille
Aux feux du ciel de Douarnenez.

Bien sûr, il y a Audierne, il y a Galway,
La baie d'Halong aux matins clairs,
Celle où tes jambes écartées,
laisse inventer son bel estuaire.
Bien sûr, il y a ces navires,
Qui auront pu la traverser,
Mais dans ton ultime soupir,
Ma trace apparaît délaissée.

Et quand la nuit, au front de mer,
J'erre en son voile enveloppé,
Je pense à Toi comme aux mystères
Qui m'ont conduit à t'enlacer.

samedi 29 mars 2014

Bâtisseur

Les Poèmes de Michelle by Teri Moïse on Grooveshark



C'est avec des vers bien tassés
que le Tullamore Dew a tué l'Amour-Dieu,
que ma poésie s'est taxée
d'un qualificatif austère et insidieux,
que j'ai bâti des labyrinthes
où l'harmonie perdue devient assassin-Graal,
et que les claies du sol éreintent
les couloirs sinueux de nos intestins grêles...

C'est de clips et de claps défunts
que j'ai laissé voler mes idées aux gréements
d'impudiques voiliers-dauphins,
dont le sonar perçait les tympans, monuments,
cathédrales bas rock'n'roll
érigées sur un crâne en croix de Saint André,
et sur cette inconnue vérole
instillée par l'art mort de peindre un monde en traits.

C'est sans vergogne où cent vers gagnent
un peu du temps qu'il manque à vivre pleinement,
qu'en sorte de Dumas de Cocagne,
j'ai respiré du Faux – puisque l'haleine ment –
de l'Irréel, de l'Idéal,
et gravissant l'essieu selon mes escaliers,
toutes les marches sont des halles
où d'aucuns m'apprécient d'être leur fol allié.

Et c'est avec le monde entier,
toutes ses langues, ses idiomes, ses dialectes,
que j'ai construit le bon dentier
pour une mise-en-bouche aux sons les plus sélects,
pour ma franche-maçonnerie
puisque mon temple y est sur cette arche d'alliance,
sur cette tour où sonneries
bas-bêlent de toutes parts en pure émollience.

mercredi 26 mars 2014

Ce qu'on dit au poète à propos des muses

Melody by Serge Gainsbourg on Grooveshark





I


Je suis bohémien mal armé,
dont la triste vieillesse m'use.
Lui, de noirs desseins animés,
fait de Blanche-neige une muse,
et moi son double désaimé
qui, de Marseille à Cassis, Suze
aura trop souvent consommé,
Descartes dont tare, oh ! l'excuse...

Or, la belle image estimée,
le brûlant visage au teint druze,
sont en maintes fois exprimés
par des mots dénués de ruse,
cillant d'océans en Crimée,
de Marmara – marins d'Ormuz !
– l'humeur est là d'où le crime est,
et d'ombre aux cieux reste la Muse...


II

Certains fumaient le narguilé,
d'autres chassaient leurs vieux dragons,
des monstres de la langue il est
un dentier comme un vieux lagon :
des trous dont on se nargue île et
des dents cassées façon tessons,
des volcans tout alanguis, laids,
de ne s'être tus qu'à tes sons.

Car, Muse, on sait que ta sirène
alarme aux yeux des romantiques,
autant l'Amour que Désir, Haine,
et tous ces sentiments qu'en tics,
ils s'approprient puis ils parrainent ;
et nous gardons l'arôme antique
de Pythie Pythagoricienne
où germent nos champs sémantiques.


III

Elle est dans un espace courbe
où son illusion rectiligne
afflue comme un sang de la bourbe
et comme un sens hors de la ligne,
comme des points qu'on voulut fourbes
mais dont la droiture est insigne,
et dont les traces dans la tourbe
ont canardé ses pas de cygne.

Ses mèches folles envahissent,
telles des jungles annamites,
l'espace que mes yeux trahissent,
où courte-paille et dynamite
offrent des chants que les maïs
peuplent de mines, d'organites,
les prisons qui me divertissent
avec leur saveur d’amanite.


IV

La Silver Cloud est dans le Nil,
et le fantôme d'Asmahan
– dont le chien n'avait nul chenil –
voyage au gré de son courant
– qu'en rien le charme n'annihile –
d’Égypte jusqu'en Ispahan,
sur un tapis fait de vinyle,
tapis de chant, tapis volant.

Et toi, ma Muse anthropophage,
aspirant le sang qui la navre,
tu prends part à mon beau naufrage
en repaissant de son cadavre ;
toute plante émerge des cages
où l'on sema leur pauvre havre,
et ta beauté si peu sauvage
que seul un poète la brave.




à propos d'Asmahan

dimanche 23 mars 2014

Près des rivières

Catfish Blues by Jimi Hendrix at BBC (Rare) on Grooveshark



À Renaud Séchan,

J'ai beaucoup écrit près des rivières,
déversé tant d'encre au bord de mer,
qu'étant l'odieux dieu de la rime hier,
j'ai pondu des œufs tout recouverts

d'une impossible ombre chevalière
– Bruno Sulak, Pavin l'impavide,
et méromictique
                         aux ombles fiers
et des fonts critiques
                            à nos suicides.

Si l'on tombe parfois des prisons,
et de leurs fenêtres sans barreaux,
c'est que le tabac que nous prisons
n'a pas d'avocats pour le barreau !

Renaud,

Te souviens-tu du p'tit Trianon ?
Toute mort commence à la mémoire
et toute musique à trille – ah non !
– nous ne sommes que reflets, mais moire !

Or les salles de répétitions
sont les antichambres nucléaires
de nos bruyantes démolitions
et des champignons du RPR.

Penauds,

du temps des charcut'ries de Pasqua,
des souvenirs de pêche à la ligne,
quand on n'est plus ni « je ne sais quoi »,
ni fier, on n'est plus qu'un père indigne.

Si l'on tombe parfois des saisons
comme d'arbres généalogiques,
ou comme une andouille en salaison,
c'est d'être malfaisant ou tragique.

Pistolet plastique
                          tenue tennis,
les temps élastiques
                       ont des bijoux
l'éclat faussement de l'anis
et de ses sucettes sous la joue.

Alors de ces étoiles factices,
j'ai gardé le bruit des cafetières,
et des troquets de Paris le vice
d'avoir tant écrit près des rivières.

dimanche 16 mars 2014

Les Lilas (texte publié à l'automne 2005)

Le Temps du Lilas by Barbara on Grooveshark



A mon amie Cécile,



J'aime le mois d'Avril,
                          Et ses Lilas,
                                  Fleuris en grappe,
Car il ressemble à Cécile,
                        Ce parfum-là,
                                     Que l'on attrape.
Toute l'île de France,
               Comme embaumée,
                                       Sort de l'hiver,
Imprégnée des fragrances,
              Des beaux bouquets,
                                 Blancs éphémères,

C'est la renaissance !
Le bitume mouillé...
                                  Sèche !
De Mars les giboulées...
             Ont éteint la mèche !
Rebelle !
Le mois d'Avril, installé...
                                  Lèche !
Si belles !
Les vitrines lavées...
       D'une grisaille revêche !
C'est l'inflorescence !

Paris a perdu son odeur froide de poubelle,
Sans ressentir encore sa transpiration,
Et les places des marchés redeviennent celles
Que l'on débâche comme nos inspirations.

De Picpus à Saint Jean-Baptiste de Grenelle,
Du jardin du Luxembourg aux Buttes-Chaumont,
On se pique en plus aux courts cris des hirondelles,
Sur l'herbe grasse ou sur un banc, d'un roupillon.

C'est blanc,
                C'est mauve,
                                 Et ça sent bon !
Cécile est là,
Près des Lilas,
    De ceux qu'elle aime...
C'est franc,
               C'est chauve,
                               C'est pas bidon !
Moi je la vois,
Jolie comm' ça,
            C'est mon poème...

Et pas si loin de Belleville,
Place des fêtes se rhabille !
Et celle du colonel Fabien
D'un nouveau communisme enfin ?
Du Télégraphe aux Pyrénées,
Monsieur Jourdain s'est emparé
De nos proses évaporées
Aux cent heur' des Lilas violets.
Et quand elle est là, rigolote,
Qui fait la poule ou bien l'idiote,
J'entends son rire aux maints éclats
Qui viennent fleurir ces Lilas.
On s'attache au bonheur des autres,
Quand le printemps se fait des nôtres,
A leurs amours, à leurs enfants,
Quand il nous reste le néant.

C'est noir,
                Sur blanc,
                          Et c'est si bon !
Et Elle écrit,
             Comme Lui,
                 Preuve qu'ils s'aiment...
Ces soirs,
               C'est lent,
                    Ca tourne en rond !
Mais dans la vie,
          Tout rebondit,
                     C'est sans dilemme...

Du temps des cerises, Jean-Baptiste Clément
Fit le poème de la Commune sanglante,
Mais il est aussi court, celui des Lilas blancs,
Après lequel on court comme après l'an quarante.

La place Maubert, sous son marché florissant,
M'accueille encore comme les bras d'une amante,
L'air y circule, véhicules et passants,
Me faisant oublier des passions dévorantes.

C'est la résistance !
Rebelle !
Le peuple de Paris...
                                 Cherche !
Querelle !
De l'hiver la sortie...
          L'été lui tend la perche !
Et l'écho du sort dit...
                                 Cherche !
Des coups d'essor, oui...
                  Y'en a pas derche !
C'est là l'évidence !

Toute l'île de France,
                         Démomifiée,
                                     Respire enfin,
Des arbres en semence,
                 L'air moins vicié,
                                   De leur parfum.
J'aime le mois d'Avril,
                          Et ses Lilas,
                                Et les guinguettes,
Car il ressemble à Cécile,
                        Ce parfum-là,
                                  Que l'on regrette.

dimanche 9 mars 2014

Le cocher fou de l'existence

Tubular Bells, Part One by Mike Oldfield on Grooveshark





Il fouette l'écheveau du temps, 
le cocher fou de l'existence, 
d'un fil d'Ariane qu'il distend 
entre espérance et repentance, 
et puis qui cède en un instant 
pour un loyer dont la quittance 
est à nos vies le trait patent 
qui signe nos morts en instance. 

Le cocher fou pourtant nous berce 
de son chaos qu'il intempère 
à nos tympans que ses cris percent, 
ouvrant les sèves qui libèrent *
l'élan vital que l'on disperse 
depuis Bergson jusqu'Alembert, 
paniers de mots piqués de berce**
pimentant - deux points - ces vipères. 

Ce cocher fou qui passe en force 
est un cavalier carnivore : 
il se délecte des divorces 
et des accidents, sans effort, 
dont il s'est fait une dive horse***,
harnachée si bien que perfore 
un attelage où l'on s'efforce 
à freiner ces jours qui dévorent. 

Le cocher fou garde à la main, 
ainsi qu'un crabe à grande pince, 
le plan du costard en sapin 
de tout destin que l'on émince, 
les cancers dont il fait son pain, 
parfois le delirium tremens, 
qui sait ce que sera demain 
sinon Ranunculus repens**** ?