dimanche 25 décembre 2016

Au pays des merveilles




Aux beautés du ciel étoilé que le soleil a laissé,
la lune qui ment qui décroit, décrit un C ;
le bruit d'une marée qui montait sans prév'nir,
Est empesée du poids des astres sans av'nir.

Ainsi, tyran du noir et du poids que j'ai pu,
soutirant la cigüe des canons que j'ai bu,
je monte au firmament d'où je verrai le monde
au complet, bleu marine, en son costume immonde.

On dira de mon cas qu'il était d'un pauv' type,
aussi que du paria, c'en était l'archétype,
et pourtant sur mon lit je laisserai ce fleuve :

un torrent asséché quoiqu'il vente ou qu'il pleuve,
un torrent de pensées, d'empathie, d'heur' de veille,
un humble ruisseau dont il eût fait des merveilles.

lundi 19 décembre 2016

Épice




J'ai pris ta beauté dans la face
on ne peut mieux cachée des lunes,
où contant dans de floues préfaces
un, deux, trois moutons de Panurge,
un de La Bruyère en callune,
on divague aux jeux dont rien n'urge,
et ta beauté dans la figure
imposée par une ou deux fées,
par des vagues de bonne augure
au-dessus d'un berceau de braises,
implose — en mon verbe agrafée —
comme un coulis sucré de fraises.

Elle explose en sang comme en milles,
et le nœud gordien de la bise
est sur ta bouche un vœu débile
où je m'abime en rêve (abscons),
puisque toi tu joues l'insoumise
et que moi j'aime comme un con,
que ta beauté que Marcel Proust
aurait brossé de quelques phrases,
est à mes mots la sale rouste
— incorrection de ton portrait —
l'humiliation que tout embrase
et tout le feu de tous tes traits.

dimanche 18 décembre 2016

Le plus joli sourire du Cinéma français




À Elsa Zylberstein,

Prévert aurait dit de Toi des trucs incroyables !
Il m'est bien compliqué de pondre un tel incunable...
Il n'est de votre éclat qu'un rire éblouissant
Dont l'Adam se pinçant se remord jusqu'au sang.

Tout en m'encalminant sur vos lèvres carmines
Et dessinant leur beau de ma mauvaise mine,
Il m'a fallu passer pour un moins mauvais maître,
afin de me dépasser, traître enceint, minime être,

Et sur la pellicule, en tout petits flocons
Se sont posés les vers que je pleus comme un con :
J'ai fait de votre vue mon principal attrait.

Sinon, contemplateur aux yeux que je fronçais,
Je ne pouvais qu'écrire en écheveau de traits,
Ton plus joli sourire au Cinéma français.

dimanche 11 décembre 2016

Fleur de rêves




À miss K,

Je m'suis payé ma fleur de rêves
en mots niais doux, en monnaie d'songe,
ai mis mes battements en grève
en mon cœur inapte au mensonge ;
aimant sans l'espoir d'être aimé,
j'ai punaisé des photos d'elle
à l'intérieur des vers rimés
là s'envolant à tire-d'aile.

Ainsi, je fais de son portrait
le p'tit chemin de poésie
qui de la copier trait pour trait
guide ma plume et la saisit ;
je compose de mes doigts gourds
une mélodie pour muets,
dont le talent d'être ainsi sourds
est d'indiquer ma voie muée.

Puis je la cueille en mon recueil,
elle est ma pensée tout en fleur,
et son essence est mon accueil
en son domaine que j'effleure,
en son pays dont je respire
un fond d'épice et son parfum ;
s'il est dit « fais donc de ton pire »,
eh ! je la croquerai par faim !

Je suis son grand méchant Pialoux
— p'tit chaperon de l'armée rouge —
et sa beauté vole aux filous
le joyau de son corps qui bouge ;
elle est le sel de l'existence :
à sa surface, en fleur de rêves,
on récolte un peu de mes stances
et ma guerre ignorant sa trêve.

mercredi 7 décembre 2016

Michel ange



Si mon regard ainsi posé n'est qu'insidieux,
votre image est du doigt de Dieu
ce qu'il aurait touché pour embellir son monde,
est mon amour, il vagabonde.

Et cet amour étrange est le fruit d'une blonde
au sein de laquelle est une onde
infiniment pesant sur le choix de la brune
où la bruine est l'eau de la brume.

Il pleut dans le brouillard épais de mon bitume ;
on dit que j'aime sans la thune ;
un poète est l'incontinent de son pays :
c'est un prolo' tout ébahi.

C'est un preneur de son dans les cheveux du blé,
c'est un cueilleur exclu d'emblée,
mais à vos boucles drues s'accroche un pou du verbe :
à votre beauté, qu'est la gerbe ?

dimanche 4 décembre 2016

Panama

À fort isthme il est un courant
qui renverse le tour du monde
et fait passer d'un océan
vers un delta qu'un fleuve inonde,
et tout en fumant des Dunhill
en Panama qu'aux larges bords
on tire à nos sources du Nil,
on laisse aux hublots les sabords.

On laisse aux carreaux des lunettes
un doigt de dette astronomique,
et le transat' en la dunette
où l'on s'étend cyclothymique ;
on laisse au dents des Caïmans
notre destin pris en otage,
à la machine qui nous ment
l'absurdité pour héritage.

Aphorisme encré d'euphémismes,
il faut sucrer ta fraise infecte :
un percement de l'infâme isthme
est la carie de nos affects,
est l'autarcie qu'un pas nomma
d'un ballon porté sur la tête
et d'un chapeau du Panama
recueillant l'argent de la fête.

On sombre en rythme pacifique
en ces clartés crépusculaires
où les alertes séraphiques
ont perdu le lien séculaire
unissant les deux hémisphères
et les vertiges cérébraux,
dont l'amour n'est que l'atmosphère
et dans leur soupe un peu chabrot.

Cœur battant




J'ai dressé le portrait de bien des femmes mues
par le désir d'ivresse et par l'inconséquence,
alors qu'on emportait battant par le SAMU,
le cœur dont on savait éperdue la fréquence.

J'ai dressé par le fouet de jolis yeux en neige
en bâtissant des vers qui fondaient au soleil,
il semblerait pourtant — mais quelque charme n'ai-je ? —
à vrai mentir au vent que l'amer le délaye.

Il semblerait vraiment qu'on oublie la douceur,
et que le miel issu de nos contrées sauvages
ait perdu le piment de vos belles rousseurs.

Oh, mes femmes émues dans un verbe muet,
rappelez-moi nos vœux qui firent des ravages,
et toi ma sacrifiée, rassemble mes huées.

jeudi 1 décembre 2016

L'œuf de Colomb




Comme je divaguais sur les rives avides
où la mer édentée vient briser ses gencives,
il me plut à penser tel un canon qu'on vide,
aux beautés enlacées qu'on a laissées pensives.

Il me plut à penser aux sirènes d'alarme,
affligées par les vents dont la baleine a peur,
et par les parapluies retournés par les larmes,
auxquelles les statues font gâteaux à vapeurs.

Une part de mon âme est tombée dans la flaque
où l'onde paresseuse a mouillé l'entrecuisse
incidemment meurtri des talons que je claque
ou des sables d'amours si mouvants que je fuisse.

Un désir maritime a brisé mes remparts,
une brise altérée s'est mêlée d'un partage
où ma bouche assoiffée d'un liquide ovipare
a gobé leur mensonge en parfait héritage.

lundi 14 novembre 2016

La précession des équinoxes




De loin le Monde tourne rond
mais vu de près c'est bien moins sûr,
et lorsque brûlent sous Néron
les capitales qu'on pressure,
on sait que lettres après sont
de tout papier la déchirure,
et des mots que nous agressons
l'encre incarnat de nos ratures.

Et lorsque brillent sous néons
les théories d'un genre assis,
peu sont qui de cette année ont
tiré les marrons circoncis
ni les poèmes, les chansons
des paradoxes ébahis,
des cheveux coupés de Samson
par Dalila qui l'a trahi.

Peu sont qui de cette année, Mie,
sauront le vertige aérien,
l'incidence à l'astronomie
qui fonde le Tout sur le Rien,
ton grand éclat quand tu souris
sans démêler le tien du mien,
le grain de sable ou bien de riz
qui charme mon cœur bohémien.

L'incidence à l'astronome est
la précession des équinoxes
et ce pendule qui jamais
ne cède au moindre paradoxe :
une toupie qu'on emmenait
sur le grand plan de l'écliptique,
osa prétendre en mue monnaie
que ce n'est qu'être épileptique.

dimanche 30 octobre 2016

La Monaco du Nord





Mon cœur déambule sans but
comme les passants sur Granville,
il n'a plus le moindre attribut
si ce ne sont sautes serviles.
Et le courant marin l'emporte
au gré de vagues mélopées
qui — soucis salés — l'insupportent
à moins que de l'envelopper.

Les promenades surpeuplées
boivent le soleil de l'automne
ainsi qu'un filtre où décuplées,
sourdent des foudres qui l'étonnent.
Et versant sur le flanc rocheux
de notre Monaco du Nord
un liquide aux éclats fâcheux,
la lumière écoule et s'honore.

L'égorgé cri des goélands
martèle incessant les tympans
d'un rythme dont l'écho est lent
mais dont la clameur se répand.
Et dans ces nuées pisciformes
aux battements d'Elle incivile,
un cœur esseulé se déforme
ainsi qu'une foule à Granville.

mercredi 19 octobre 2016

Les fruits du testament




J'ai mal dormi chez Maldoror
en lisant tout du Dix-neuvième,
imaginant des tas d'aurores
infusées dans des matins blêmes.

J'ai mal rêvé chez De Nerval,
licorne à la cravate au cou
si serrée que de mes nerfs valent
un nœud coulant que l'on secoue.

Dans les fameux châteaux brillants
sont des légendes éphémères,
et des bandits violant, pillant
les jeunes filles et leurs mères.

Dans le mot « spleen » de Baudelaire,
il y a l'épaisseur d'un livre
ouvert aux microbes de l'air
qui de leurs vains maux nous enivrent.

Le « cellulaire » de Verlaine
est une porte verrouillée :
depuis le crâne jusqu'à l'aine,
un sexe est un cerveau rouillé.

Quant aux « étés » d'Arthur Rimbaud,
j'en ai connu qu'au purgatoire
on ne sut plus qu'en faire un beau
cataplasme à tout exutoire.

J'ai saigné de veines de suies
que m'imposait l'autre Zola,
Tandis que me lavaient les pluies
d'éclatement de leurs zonas.

Nageant dans ces étangs de pus
— tant d'encriers aux miséreux —
j'écrivis donc tant que je pus,
si tant crier m'ait mis heureux.

J'ai reniflé l'odeur fétide
où l'auteur puise sa semence,
et sous les bras des cariatides
un brin de puanteur immense.

Ils se sont pris pour Montcorbier
mais n'ont pas su que nous voulons
le droit du verbe et son bourbier
quand on vient de François Villon.

mercredi 5 octobre 2016

La connue




Je n'aborderai plus les sujets maritimes
et je me méfierai des royaumes lacustres ;
en ne me baignant plus que dans ma mare intime,
on tuera les canards qui me traitent de rustre.

On dira de mon texte une ou deux conneries,
des vieux trucs hors contexte afin de m'oublier,
mais moi, de ton regard quand ta bouche sourit,
je resterai le rat des gouttières pliées.

Je resterai transi comme un vol avorté,
je resterai l'instant sur ta lèvre carmine
accroché par les mots comme un doigt sur la mine.

Il pressera dès lors le bouton dégoûté,
la goupille en mon cœur où sont décapités
les corps des poésies que ton ombre domine.

lundi 26 septembre 2016

Ligne devis



Goûte au baiser secret de la mélancolie,
dont ton âme s'épanche en glissant mollement
sur le bois de la planche où parjure aux serments,
tu gravis les degrés de la douce folie.

Nul ne cherchera plus ton obscure origine ;
en dressant ton bûcher, nous chanterons tes vers.
Un bourreau, deux bouchers, trois poètes pervers,
saleront ta bidoche en purs Moravagine.

Alors, tu sombreras dans l'obscur labyrinthe
où les fauves du Cirque oubliant leur nature,
à grands coups de faiblesse, à grands coups d'imposture,

incessamment sans doute et sans cibles s'éreintent,
organisant la mort d'un passé qui les hante,
et d'obséquieux cercueils revêtus d'amarante.

dimanche 25 septembre 2016

Capiste




Je regrette Océan mes pluies du Finistère
Et leur grand courant d'Ouest où les filles recoiffent
Un rouge de leur lèvre où le ciel peut se taire,
Écartelé par des rougeurs qu'on boit sans soif.

Je pleure mon pays tout pétrifié de sel,
Et ses quais désertés par la misère adulte,
Alors que son enfance en suintant des aisselles
Essaie de lui gommer ce qu'on lui fit d'insultes.

Je sais ce doigt de Dieu tendu vers l'Amérique,
Afin de l'approcher dans un ultime échange,
Et des plafonds de mes chapelles hystériques
Un peu de ces passions qui hantaient Michel-Ange.

Je suis l'humble chanteur d'un lointain bout du Monde
Où la lumière est folle et le vent persistant,
Où toute femme en sa beauté m'est la Joconde
Au sourire interdit mais au verbe insistant.

mercredi 21 septembre 2016

Porcelaines




Vautré sur un radeau d'algues cancérigènes,
un cadavre embaumé parfumait l'air marin.
Ses chromosomes mûrs avaient largué leurs gènes
aux hasards des courants sur des brisants d'airain.

Si sa peau s'écaillait comme une vieille écorce,
était-ce afin — poison — d'en polluer les eaux ?
Ou d'aller d'aller poignarder comme en vendetta corse,
un fantôme en sa mue dont on brisait les os ?

Nous ne sommes pourtant que des morts en sursis,
ballotés par des jours à l'écume astringente
et par des flots boueux sur des mers de soucis.

Nous voguons nous aussi sur l'épave indigente
à laquelle on s'attache, ainsi qu'à la baleine
où Jonas découvrit d'avalées porcelaines.

dimanche 18 septembre 2016

Kassandre 6




Votre nom s'habille de nuit ;
Ta beauté maquillée de lumière
Extirpe un lecteur de l'ennui
Dont on sait l'intention première.
Et votre habitude malsaine
habite enfin mon intérieur
de tes imprécations obscènes
où va naissant l'être inférieur.

Rampant comme une renoncule,
un lézard moderne innocente
un serpent qui nous inocule
un venin de pas dans nos sentes.
Et l'orvet reconnu martyre
avec ses pattes arrachées
ne vaut pas plus que ce qu'on tire
à corde insoumise à l'archet.

Toi ? Petit bouton d'or des prés,
vous préserve Madame en moi
des déprédations de l'après,
puis des chauds effrois de l'émoi.
J'aime les îles parcellaires
allant constellant vos pommettes,
et l'hydre absolument stellaire
allumant ton feu d'allumette.

Vous êtes l'Art que je tutoie,
la perfection du trait, du style,
et l'Amour — dès que je vous vois —
peuplant d'un geste un péristyle.
Or, sois ma Muse, une onde vive
où se mêle mon encre au vide,
où votre visage ravive
un souvenir d'amante avide.


© Kassandre Modèle

mardi 13 septembre 2016

Kassandre 3



J'ai des fils de fer tendus sur le corps
de ma métropole, est-ce à ton image ?
Elle, elle envahit, forme mon décor,
accord démineur puisque c'est dommage,
et que c'est dans ça que l'oiseau picore.

Ainsi vont les vents que les temps baptisent
et maugréent du son mielleux que lèche harpe,
autant que ton feu que mon cœur attise
au foyer douteux dont tu fis l'écharpe,
usa la gorge où s'enrouent nos hantises.

Et les spasmes gris des moteurs acides
imprimant leur rythme aux toux salutaires,
ignorent de toi ce geste impassible
ordonnant aux fantômes de se taire,
intimant au fou d'être extra-lucide.

Il n'y a que ta bouche extrapolée
dont la salive épuisée m'est la source
extrapolaire aux jetées épaulées
par les mots massicotés d'épars ours,
à laquelle on s'étoile en vers pilés.

C'est en défaisant les toiles des rêves,
incidemment, que j'appris à tisser
celle où d'à régner sur des nuits sans trêves,
on se déconstruit de feux attisés
par l'humble phalène en nos vies si brèves.

jeudi 8 septembre 2016

Kassandre 4



J'ai posé de l'écharde une goutte de sang
sur des vieux manuscrits de détresse et d'emphase,
où l'ombre d'un poète à ce point indécent,
frise à ta chevelure un parfum de ses phrases.

Et l'épine de rose a criblé ton visage
innocent de milliers de ces tâches de rouille,
à ce point qu'il faudrait fuir en ton paysage
afin d'en recueillir quelques unes qui grouillent.

Alors, on finirait dans le bleu de ta vue
comme dans un bassin d'oxygène interdit,
des gens me payeraient sur la cour imprévue
des miracles offerts aux poètes maudits.

De bon matin le train qui fit de rois des mages,
où le soleil se lève et les nations se couchent,
offre entre la mitraille en douloureuse image,
un peu de l'écarlate ornant ta tendre bouche.

Inutile à toute heure et pourtant essentiel,
un écrivain se tord sur tes traits lumineux ;
il a fait de ton cas son drame existentiel,
un problème gordien qui n'en a que des nœuds.

Je vis au jour le jour, un peu comme un Maasaï,
le futur n'a pas place en mes glauques pensées ;
les traverses ne sont qu'au défilé de ses rails
un chemin barbelé qui n'a rien dépensé.

Plus rien ne nous arrive et la nuit s'écartèle
en se voulant la pute en laquelle on s'oublie,
sans que rien ne soit plus froissement de dentelles,
Jarretière épanouie sans qu'on soit anobli.


© Kassandre Modèle

mercredi 31 août 2016

Kassandre 5




Te souviens-tu des ciels du Finistère
lorsque tu pendais à mon bras la nuit
sous la voute céleste et délétère
ornée d'étoiles filantes d'ennui,
d'un métier mu dont je fus grabataire ?

Te souviens-tu des mots brûlant les lèvres
— alcools panachés de compromissions —
et des respirations niquant les plèvres
à nos barreaux de chaise en rémission,
Toi la comète entre mes doigts d'orfèvre ?

Oh ! La bleue Lune est un clair de Kassandre.
On ne connait pas celle qui se cache
au-delà de ses yeux couleur de cendre
et des horizons que sa beauté gâche,
on n'en sait que des pentes à descendre...

On m'éveille à l'aube des derniers feux ;
le lierre s'est enroulé sur mon corps
comme un péché sur l'arbre des aveux,
mais la tentation d'un ultime accord
bourdonne ainsi que des baisers baveux.

Tout emmiellée de tâches de rousseur,
une ombre d'ego compose des vers
(hydromel extrait de tant de douceur)
dont les qualités prennent à revers
un galbe indécis pour son rebrousseur*.

*http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/rebrousseur

mercredi 17 août 2016

Kassandre 2




Lorsque je remontais le Boulevard Montaigne,
il me fallait bien taire en Brest et ses renvois,
l'amour à mort bafoué qui se transforme en teigne
— à moins qu'aveugle bêle à défaut qu'on me voie —
l'amère envie que ma déperdition t'atteigne
et qu'en délire abstrus ma passion te fourvoie
sur les lignes perdues dont encor mon cœur saigne
à l'heure du café qu'on aurait pris sur soi,
mais qu'à prix de beauté sur ta si belle enseigne
il semblerait idiot d'aimer comme on déçoit.

J'ai baisé ton image en d'improbables temps,
lorsque la pluie s'en mêle ainsi que des pinceaux,
lorsque la mer est d'huile et ta bouche m'attends,
lorsqu'à compter tes doigts je passe pour un sot
dont l'analphabétisme ignore tes printemps,
lorsque d'un pilier rouge à tes lèvres l'assaut
ne garde à ton parfum que l'ombre d'un instant,
lorsqu'en toi Barbara s'incarne sans défaut
par la magie sans fin d'un Finistère enfant
qu'en ton ventre absolu l'on tient en porte-à-faux.

dimanche 14 août 2016

Kassandre 1




À force de rêver d'univers dépourvus
de cette galaxie qu'irise ton visage,
avec ce bleu sommaire où sombre le présage
induisant toute l'encre au poème imprévu,

J'ai bâti le plus grand des riches bidonvilles,
assumant les rousseurs qui peuplent ta splendeur
au gré des variations de ta libre pudeur,
ainsi que l'on étoile un damasquin servile,

Un tapis qui m'emporte enfin sur tes sourcils
— deux ailes du désir — aux hélices des cils
qui tournent sur la roue solaire de tes yeux

azurément profonde, et ma mélancolie
piquée des quatre vers par l'immense embolie
de ta beauté soyeuse, est un truc audacieux.

mardi 26 juillet 2016

Les réponses à Proust




Si tu étais une fleur, tu serais l'orchidée
que je cueille en mon rêve afin de mieux t'écrire,
et si ta peau lissée caressait mes idées,
tu les transformerais en bonheur de maigrir.

Si tu étais un livre ouvert à mes désirs,
je te compulserais sans cesse de mes doigts,
pareille à ce piano dont l'ultime plaisir
est d'inonder d'eau-forte un portrait que je dois.

Si tu étais l'amour, je me serais noyé
dans ton regard vert d'eau dont l'envers est vendu
par l'ombre assurément si fraîche des noyers
qu'il m'en faut peu sous toi pour me sentir rendu.

Si tu étais ma vie coulant à tes côtés,
je me ferais ce fleuve où tu t'irais baigner,
sans crainte de mes crues mais à me bécoter,
je te ferais sous-frire ainsi qu'un doux beignet.

Si tu étais ma mort, ce serait dans tes bras,
alimenté de l'arme imparable des saintes
auxquelles tu confisques l'abracadabra
de la résurrection dans tes formes enceintes.

jeudi 21 juillet 2016

L'ange pleureur



À Solveig Dommartin,




Si j'écris dans l'ombre des astres
une fabuleuse uchronie
que ta noirceur soit mon désastre
et ta nuit le jour que je nie,
je m'endormirai dans le songe
où tu m'attends inconsciente,
où la vérité des mensonges
est notre antidote impatiente.

Du bras qui t'écrit qu'on ampute
on oublie souvent dans l'histoire
que les poètes et les putes
partageaient le même trottoir,
que les prêtres et les bandits
partageaient la même tranchée,
que le poing qu'un jour on brandit
fut celui d'un membre tranché.

Figé dans son manteau de pierre
ainsi qu'un dessus de cercueil,
ne coule plus de ses paupières
un vrai sel que de faux-airs cueillent.
Ne coulent plus dans nos mémoires
que des symboles de l'horreur
et de l'encre au creux des grimoires
un fiel extrait d'anges pleureurs.

Celui qui réside en Amiens
sert de symbole à tous les gars
qui ont à l'exemple du mien
ce trésor de larme en dégâts,
le chaud d'un soleil féminin
dans le puits de leur cœur brûlé,
l'or que — lorsqu'on en démine un —
gagne un souverain de Thulé.

Lorsqu'en rampant je l'aperçois,
la lumière au bout du tunnel,
en dessous des suies qu'on reçoit
des pluies des soleils du shrapnel,
c'est ton iris qui pousse en moi
tel un azur germant charnel
au fond des ténèbres d'émoi
dont ton absence est sentinelle.

Fallait-il donc
                  pour s'échapper
                                       des autres ailes ?
Ou le pardon
                   d'ange écharpé
                                      pour demoiselle ?

J'ai pataugé dans la bouillasse et le brouillon
des vraies passions, laissant l'artère à retrancher
d'un cœur malade usant ses yeux dans le bouillon
bien trop salé pour notre soif à étancher.

J'ai pris ma mine et mes crayons, mon cher fusil
à baïonnette, et j'ai tatoué là sur le front,
les mots d'Amour promis aux vies que Dieu bousille
et que le diable enguignolé vole à Gnafron.

Mais la clarté sur ce cliché pourtant déteint,
de ta candeur en tes beaux yeux céruléens,
de ta rousseur qu'aucune pluie d'ici n'éteint,
m'éclaire mieux qu'un cierge — en ai-je brûlé un ?

Si toute église est aux sanglots dits canoniques,
il n'est pour moi que ta beauté face aux canons,
que ta prière aux trinités neurasthéniques,
afin d'ôter la triple alliance à leurs surnoms.

Ma belle étoile, astre incendiaire et fascinant,
j'ai ton voyage échappatoire ancré dans l'être,
et la cadence au chant macabre et lancinant
s'efface ainsi quand tu choisis de m'apparaître.

Est-ce mon rêve ?
                           Icare ?
                           oui car
                                     je fonds en toi
De toi j'en crève
                         ignare,
                         geignard,
                                    ange en Artois.

Dans l'âtre infernal où ton sourire exposa
l'envers de mon regard dont le fond n'est qu'en toi,
j'ai reconnu l'oiseau du baiser qu'apposa
ta fontaine aérienne à mon désir pantois.

Tandis que de l'arrière affluaient les berlines
alors démaquillées en discrets corbillards,
bandé, faisant la queue, le soldat-la-praline
attendait la razzia de ce décor pillard.

À jouer les Saint-André sur les chevaux de Frise
ou les Saint-Sébastien sous les flèches féroces
arrachées aux roués que l'écheveau défrise,
on passait pour martyre aux roues de ces carrosses.

Dans la nuit phosphorée par tes éclats de larmes,
il m'a fallu sentir la poudre à ton visage,
et la noirceur tigrée par l'éclair de l'alarme
eut ma langue tranchée dont je perdis l'usage.

Alors, « chevaux de Frise » en bas-relief inscrits,
mes barbelés de mots secoururent d'avances
à la promesse absurde où s'étouffait un cri,
l'intuition défaillante et l'abrutie jouvence.

Mais je repense à toi du fond du trou boueux,
Dès que ce qui me sert de toit — le ciel — est bleu,
Pour ton regard uni je tords mon cou noueux,
Car de par lui c'est l'or de tes cheveux qu'il pleut.

L'air passe sur tes traits comme un pinceau d'artiste,
et les gaz en douleur proposent leurs palettes
aux peintres de la mort dont les portraits d'autistes
épargnent ton image à grands traits d'arbalète.

Mon amour, le shrapnel est moins frais que tes dents,
L'un dit que sa morsure est un baiser saignant,
Je dis que ta prière est un chant que j'entends
Parmi les anges morts, tombés ou bien plaignant.

Alors pleure ô ma Flamme avant que je ne meure,
Oh, pleure avant que de n'avoir à me pleurer,
Tu es ma vie car tout mon cœur en toi demeure
et mon espoir quand tu ne fais que l'implorer.

Ce séraphin figé, tes larmes sont les siennes,
Au martyre de l'Homme, aux souffrances des femmes,
On dit que l'ange ému vous rendit musiciennes
afin d'accompagner ce sacrifice infâme.

Je suis — si tu le veux — l'acteur d'un grand suicide
en troupe alimenté, théâtre de la mort,
fourmi dans les vapeurs d'un grand insecticide,
infect empoisonné, je prie pour tes remords.

Je prie le Dieu du miracle en toi mon aimée,
d'infléchir la course folle et traitre des balles,
et je prie l'ange et l'oracle aussi déprimés,
de m'épargner la souffrance ainsi qu'on déballe.

Et je prie la Destinée de t'être clémente,
une pincée de bonheur à te saupoudrer,
si jamais il m'arrivait de trouver charmante
une sotte Miss la Mort pour un sot poudré.

Car je ne peux oublier
                                 ce que nous vécûmes
au bon gré du sablier,
                                de ses grains d'écume,
                                de ses bras d'honneur
— Patrie, Discipline —
                                ces grains de bonheur
et mes grains de Spleen.

Tu vivais en moi des bombardements,
ta silhouette aimée brillait dans mon crâne
ainsi qu'une bombe à retardement,
tu m'étais dans l'ombre un vrai filigrane
et dans la mémoire un contexte amant.

Tu me répétais, sans cesse et semblable
à cette piéta, des vœux résumant
la mélancolie de ma mort probable,
et tes yeux tendaient vers ce bleu prévalant
à ma dilution dans des grains de sable.

Tu me décrivais d'une courte échelle,
à peine agrippée d'un rebord de Manche
ou de fontaine à lui, mon Saint-Michel,
à peine abonnée ma Belle aux dimanches
où ma vie menait son bateau louche, elle...

Tu m'enjolivais par correspondance
en m'imaginant dans les boucles du verbe
où l'épistolaire et folle affordance
ouvrait ta mémoire ainsi qu'un proverbe
à mon amour fou tout en décadence.

Alors j'ai pleuré l'ange d'Apulée
dont l'amour avide effeuillait ma prose
et dont l'avatar avait appelé
Psyché pour miroir à l'ombre des roses
et Toi la colombe au cœur empalé.

Puis je t'ai croquée, Pomme de discorde,
aussi belle esquisse à ma mise à pied,
dont je fis dix doigts comme on fait dix cordes
imitant ton rire à ce point copié
qu'il est du bonheur l'écho qu'on m'accorde.

Auprès de Rimbaud dont j'ai les tourments,
tu me reprochais d'être à bonne école ;
j'ai besoin d'Amour et de sentiments
comme un alcoolique a besoin d'Alcools
ou d'encres rougies pour son testament.

Lorsque je regarde au firmament
l'astre de tes yeux bu par les étoiles,
je ne suis plus que cet infirme amant
dont tu te moquais en dehors des toiles
où je peignais tes cheveux filaments.

Lorsque rêvant d'ange à mon cœur battant
les clochers mutins sonnaient le tocsin,
je ne pensais pas non t'aimer autant
que ce que tes bras dont je n'eus vaccin,
m'offrirent en grand d'un butin patent.

Je me suis niché comme entre tes seins
dans cette tranchée suant les blasphèmes,
et dans ce sillon dont le diable est ceint,
je m'exorcisais puisque ma nymphe aime
au cœur du poème être mon dessein.

Je me suis mêlé ta mélancolie
malsaine à mes maux d'écrivain raté,
mais de tes baisers mégotant folie,
je garde un fumet qu'aucun arrêté
ne violerait à ta bouche jolie.

En t'imaginant dans ce ciel brûlant
J'entendais les chants d'obus aux phosphores,
auxquels l'Enfant dut retirer l'élan
de son bateau sous les feux du Bosphore,
alors que croissait ton spectre en hurlant.

Psalmodiant mon nom,
                                  ma littérature,
échoient aux canons
                      l'ombre et les ratures,
                         ton ombre invasive
et ta silhouette pure
                            emportée lascive
au bon gré de ton épure.

Le sang roucoule dans la gorge des pigeons
qui vont et viennent de la cathédrale au front ;
et de leurs nouvelles que nous nous partageons,
nous sommes en Somme un combat que nous livrons.

Symbole de pierre à ma fiancée perdue,
l'ange a sa lumière et toute sa bienveillance,
et plus de prière à Toi l'amante éperdue,
il n'est plus d'hier pour te prouver ma vaillance.

Je t'ai rêvée pudique au creux de nudités
dont l'alarme incendiaire éveillait les échos
desquels les concrétions de ma timidité
fournissaient l'argument de germes bien locaux.

Et j'allais erratique à la croisée des boues
où les crues des chemins suturaient l'appelé,
dont les genoux rompus ligamentaient l'embout
des canons des fusils et des feux chapelets.

En ma chair anthracite où la flamme du soufre
a pu cautériser l'angoisse hémorragique,
il me vient à chanter de ces êtres qui souffrent,
les plaintes pétrifiées de leurs masques tragiques.

On en oublie ce que ses prunelles secrètent
à se les arracher dans les gaz exhausteurs,
tandis qu'on déverse ainsi ses larmes secrètes
avec un angelot pour s'en faire un porteur.

Il nous faudrait percer l'écorce à l'infini
de cette Terre absurde, afin d'éradiquer
ces tranchées en Gruyère aux bords indéfinis
que des sangs nourriciers pouvaient seuls indiquer.

Puisque notre destin s'écrit à l'encre rouge
et que nos intestins sont des foyers de guerre,
il n'est vraiment en nous de bon que ce qui bouge,
et de nos positions les projets de naguère.

Il n'est vraiment de bon que nos métamorphoses,
et l'élan ferrailleur des bâtisseurs de paix,
bien que celle-ci soit aux anamorphoses
un argument réel dont l'horreur se repait.

Cœur à fragmentation — je n'avais plus de moi
qu'un ressentiment vague auquel s'accrocheraient
les prothèses de l'Être et les brouillards de l'émoi,
j'avancerais sans tête au gré des crans d'arrêt.

Ma vie n'aurait dès lors plus que le sens inique
en direction duquel une folie mondiale
aurait privé mes sens de tes parfums cliniques
et des soins mitigés de tes mains primordiales.

Ma vie sauvée par l'or de ton aile angélique
et par tous les écrits d'une plume arrachés,
serait encore ici — quoique bien famélique —
afin de témoigner d'un ignoble bûcher.



jeudi 30 juin 2016

Gestation






Tous les humains vivent deux fois
durant le temps de leur séjour,
mais la seconde quelquefois
clopin-clopant ni pour toujours,
non n'éclot pas ni ne se voit
comme un cristal en contrejour,
dont on eut étouffé la voix
et mis l'éclat en abat-jour.

Certains croyaient en s'en privant
tuer dans l'œuf la vie fœtale
ayant pourtant rendu vivant
l'espoir de naître à l'hôpital
des naufragés et survivants
marquant l'hémorragie létale
à l'aide d'un membre écrivant
le moignon des issues fatales.

Car qui qu'on soit en l'ignorant
— flottant dans la vasque amniotique —
il nous faudrait en ligne, au rang
du rêve expliquer l'identique
et l'affreux chant du cormoran
par un paradoxe acoustique
où le phénix intempérant
se couve en cas thérapeutique.

Sur l'illusion de l'existence
incessamment nous embrayons,
dans le mépris des circonstances
où se remuent nos embryons,
baignant déjà dans l'inconstance
et dans de tristes prestations,
nous subissons les résistances
à terminer nos gestations.

L'esprit est ovovivipare,
il s'incube en un vase clos
qui sait bien qu'une eau vive en part
à chaque instant quand s'est éclos
le calice où tout se répare,
où du symbole alors forclos
surgit — là, quand il s'en empare —
dans le réel un autre enclos.

lundi 30 mai 2016

Pangée





Nous ne sommes plus parfois que fracture
éperdument écartelée dans l'air
d'un temps dont on payerait la facture
à s'être à ce point rendus parcellaires
et perdus dans d'infinies conjectures.

Nous trouvons dans des liqueurs psychotropes
un rêve absent de nos amours navrantes
et nous sculptons un démon misanthrope
où l'on se fond la courbure enivrante
ainsi que se tourne un un grand héliotrope.

Un jour, lassés des cultes d'Hypérion,
la peau tannée comme un corps dépecé,
nous questionnons le pourquoi nous errions,
les raisons nous ayant fait dépasser
les bornes d'un sol que nous espérions.

Nous nous lançons alors à la recherche
impromptue d'un territoire égaré,
sans penser que s'y tend comme une perche
un doux leurre aux ronds qu'on veut en carrés,
que sans cesse en ceci c'est SOI qu'on cherche.

On l'appelle atlante ou continent Mü,
mais c'est en fait notre propre Pangée
qu'on croyait morte et pourtant qui remue,
dont éloigné l'on se sent étranger,
mais qui rassemblée se fait notre mue.

dimanche 29 mai 2016

Rochefort en Corps (republication d'un texte de juin 2006)



J'ai trente neuf marches en magasin,
Brillent les petits points d'or
                    Sur le tissus rochefortin,
La ville dort,
                Il est deux heures du matin,
Et le vieux fort,
                    Affable,
                              Et faible,
                                        Est féminin,
Vu de dehors,
                     S'évide entre mes mains...
                            Je rentre au Pélican...
Allongé dans sa gueule,
                             Le hamac m'attend,
Et le Mahabharata,
                         Veule,
                       De mes trente sept ans,
De mes trente six chandelles,
                                           Plus une :
                                           Toi !
                                           Toit...
Rochefort m'enterre sans tes bras,
Rochefort en corps encore en Toi...
J'ai fait vidange intellectuelle,
J'ai des clartés d'hors du tunnel,
Et d'éclater sous le soleil,
Carreau se rit de ces merveilles...
C'est l'été et les remparts fleurissent !
              Les taches de rousseur apparaissent,
Les grillons bruissent,
                                 Et les soucis me laissent,
                               Et tes sourcils n'ont cesse
D'accentuer ces pieux délices
Et d'enrober tes yeux, des lys
                                            Bleus,
                                 Comme ce ciel d'ivresse !
                                 Et tes longs cils en liesse,
Sombres papillons, frémissent
De cette vie nouvelle
en Rochefort la belle.
Je confonds toujours les filles et leurs pierres,
                                C'est parce qu'elles se ressemblent !
Comme Vanessa et Rochefort en Terre,
                               Ces deux amies vont bien ensemble !
Il y a des degrés à franchir,
                                         Comme chez moi,
                                   Comme à Pont-Croix,
Et des méandres qui m'attirent,
                           Dans les ruelles,
                                           En contrebas.
D''autres degrés qui s'amoncellent,
                       Près du lavoir où restent là,
D'autres bateaux en partir,
                         D'autres nacelles,
                                         D'autres et moi,
Et mes poèmes à maudire,
                        Seront pour celle
                                                 Qui saura
Parfois me voir, parfois me dire :
                         "Rouvre tes ailes,
                                          Remplume-toi !"
Un grand oiseau noir,
                                 Loin de sa mer patrie,
Marche au matin comme le soir,
                        Dans Rochefort d'où il écrit,
Quelques mots mis, quelque mémoire,
                            Quelque reptile sans répit,
Quelque serpent, quelque lézard,
                        Sur tous ces schistes alangui.
Les murs se chauffent au soleil,
                            Juin a remis l'habit de fête,
A midi, la ville s'éveille,
                     Quelques touristes me rejettent...

Rochefort m'enterre sans tes bras,
Rochefort en corps encore en Toi !

jeudi 12 mai 2016

Ennuis debout




À mon fils,


J'éprouve une vive rancœur
envers ceux qui délitent
aux lycéens dont les grands cœurs
plient aux propos des prosélytes,
qui les farcissent, les soudoient,
qui les détournent de leurs pistes
comme on fait des enfants-soldats
dans les cellules djihadistes.

Ceux qui dénoncent l'injustice
n'en sont pas pour autant des Justes
et je ne sais qu'un interstice
entre les maux que l'on déguste,
entre le Bien, le Mal et l'Ordre,
entre l'Amour et le Chaos
qui n'ont eu cesse de me mordre
au point de m'avoir mis K-O.

Je veux, mon fils, t'ouvrir un peu
des horizons aux coins bleu-ciel,
où nul étang de sang ne peut
nous rincer de cet essentiel :
la Vie n'est pas un vase clos
ni la Parole un tract ignoble,
en ces coquelicots éclos
réside une œuvre bien plus noble.

dimanche 1 mai 2016

Catacombes




Si j'ai sniffé le bleu d'éther
et le nuage blanc des terres,
en omettant les quelques tares
où d'autres puisent le nectar
infiniment crûment offert
par ces abeilles mellifères
abhorrant toute idée de dards,
aussi tout ordre et tout standard,
en précédant de l'une hiver,
à l'autre ai cédé l'univers...

Petites bêtes qui m'aimiez,
lorsque les drapeaux à damier
s'affaleront comme un linceul
sur le lit froid de mon plein seul,
daignez encore à bien m'épier,
placez vos corps juste à mes pieds,
pleurez vos sels comme on dégueule
et négligez ma sale gueule ;
nous avons tant à nous dédier
que l'Amour est un saladier.

Et dans le ventre de la tombe
où tout un chacun son jour tombe,
il est un soleil anthracite
aux poésies que d'aucuns citent,
un joyau noir comme une bombe
enflée lorsque les torts se bombent,
et la dépouille aux saprophytes
— oui, dans la vie, mort ça profite ! —
argue à tous ceux dont elle incombe :
offrez un os aux catacombes.

mercredi 27 avril 2016

Le Val-André (republication d'un texte du printemps 2007)




L’océan, vous savez ?
La mer, celle qui est
                              de la couleur des yeux,
que l’on regarde inquiet
                          comme en faisant un vœu,
balade du Val-André,
                                 la nuit,
                                           lorsque l’on cause,
promenade des français,
                                    suit,
                                sans effets ni sans clauses,
la route des aiguilles
                              du temps qui passe tel
glisse une vive anguille
                                 entre nos passerelles…
Nous sommes bien dressés
                            à la place des ponts
                                          que nous pourrions bâtir :
l'une à l'autre, blessé,
                      dit ses passées passions
                                                et ses divins empires.
La baie de Saint-Brieuc
                           ressaque dans la nuit,
                       ressasse leurs deux vies,
                                              qu'on ne distingue plus...
Et même à qui-mieux-mieux
                      dans ce qu'ils se sont dit,
pas un parfum d'ennui,
c'est normal, il a plu...
En Egypte, elles étaient sept.
Au Val-André, elles sont neuf.
Neuf plaies à Pléneuf-Val-André,
De tout ce qu'on peut raconter,
Quand on se rend compte en acètes
Que l'on se rencontre à Pléneuf.
Preuve par neuf et croix en X,
Au saint des saints du Val-André,
Du casino où l'on se fixe,
Qu'après il faut aller marcher...
Et quelques rires
                     aux fous comptoirs
                                              de cafés forts,
                                                                collets serrés,
quelques soupirs
                          sur les hasards
                                              à moitié morts
                                                                de nos passés.
'cause it was a stormy monday,
Qui de ceux qu'on s'offre à leur âge,
Quand on sait qu'Avril s'en allait,
Garde les saveurs du partage
Et ces parfums de premier Mai,
L'odeur mouillée d'après l'orage,
Pour peu que Pléneuf vaille en traits
L'esquisse des beaux paysages
Qu'on rêve comme des étés,
Quand la jeunesse a fait naufrage,
Qu'au front de mer du Val-André,
L'avenir n'est plus qu'un otage.


mardi 26 avril 2016

Pieds et mains liés




Que devrait-on écrire à propos des silences
au cœur des partitions qui nous soulèvent l'âme
et tranchent l'Art cochon dont tant d'autres me blâment
alors que je n'en ai que des pieux et six lances ?

Je n'ai pas su bâtir un empire aquatique
aux sirènes dont l'air, quand bien même on s'honore
au fil de l'arrosoir d'avoir perdu son Nord,
dont l'air en mélo' dit le bel amour sceptique.

Et dès lors se défausse une harmonie possible,
un fort piano forte ressasse une sonate
où coule un son comme un cheveu dans une natte.

Je n'ai dressé de Lizst aucune de mes cibles
et négligé ma vie pour relever deux notes,
hormis cet astérisque au péril des menottes.