vendredi 23 juin 2017

La Béatrice



© Natalia Kovachevski
https://lunamodel.book.fr/


Chaque cercle est à l'Enfer une porte
Et l'on franchit aisément ses paliers ;
Que je vous aimasse ou que peur importe,
Il est évident que je suis à lier.

Vous êtes la détentrice ingénue
Des clefs de Saint-Tuf qui me cadenassent,
Et quand je vois Béatrice ainsi nue,
Mon idée calque, erre en elle ainsi nasse !

En elle ainsi passe — onde magnétique
Où l'eau-forte est un effet surprenant —
Le courant d'un Styx hypothétique,
Imbu d'un talent d'agile apprenant.

Vous étiez la Dame inscrite en mes rêves,
Aussi de mes cauchemars une reine,
Il m'a fallu dans l'Enfer où je crève,
Aller vous chercher pour que je comprenne :

En elle aussi court un air fait des mots
Qu'Orphée mon secours aurait pris de lyre,
Et que Rodin pris de glaise et d'émaux,
Façonnerait encore en mon délire.

En elle un sang s'écoule et mon Léthé
Vient se tarir en son sein parfait ;
Tout ce qui n'est plus mais chez Vous l'était,
Tout ce qui n'est plus à faire est fait.

Vous serez belle aux yeux de vos amants
Mais plus à ceux de mes tristes soupirs...
En chaque huître on cherche une perle, on ment,
Mais vous aimer, c'est le meilleur empire.

mercredi 21 juin 2017

Cybérienne






J'ai vendangé des morts aux fins d'un bon sang d'encre
où l'écheveau garçon, récitait son Pater,
on n'est pas périlleux quand on est comme un cancre
et qu'on se sert de l'autre en broutant son parterre.

On n'est pas méritoire en laissant la dérive
aux mains des justiciers qui ne comprennent rien,
dont la barque alourdie par le poids des deux rives
empêche à la parole un voyage aérien.

J'ai sous les blés blessés d'anonymes récoltes
engrangé les ferments de ma littérature,
et compté sur tes dents le barillet du Colt
où ton sourire explose, et c'est sa signature !

On n'est pas courageux lorsque l'on se contente
à brosser des portraits sans l'éclat de tes yeux,
sans la révolution ni la guerre latente
où l'amour apparaît tel une Vierge aux cieux...

J'ai pris la décision de partir avec vous
sur la route inconnue du désert cybérien,
rien ne vaut l'un à l'autre à ce point qu'on dévoue
le tutoiement de l'âme aux bouquets vénériens.

Vous avez dans l'iris un reflet de l'Oural
et dans vos hésitations, quelque chemin de fer ;
On voudrait s'oublier comme on perd à l'oral
une façon de dire, une façon de faire.

mercredi 14 juin 2017

Emmanuel






Sur le doigt de Saint-Jean-Baptiste,
une larme réprobatrice
écoule son sourire autiste
et ses façons d'institutrice...

Il me dirait ce qu'il est bon,
ce qui relève enfin du mythe ;
ou ce qui fait qu'on fait des bonds
dans des impulsions sodomites ?

Et d'un doigt l'attrait péremptoire
où — présidant la République —
on oublie comme au réfectoire,
indéfini le vieux schmilblick...

Ô Jupiter, en tes cieux bleus
comme un Dollar impressionné,
je vois sans issue ce qu'il pleut
de tes soins non-conventionnés.

L'eau coule et les pigeons roucoulent
un doigt tendu signe à l'azur
un chèque en blanc dont l'encre coule ;
aux droits la Gauche offre une usure.

Ébahissant les oliphants,
d'aucuns vont sonner l'hallali,
mais pourtant si l'on s'en défend,
pour moi le dessus c'est la lie.

La France a perdu sa musique
et tous ses chants de patriotes ;
elle a des barreaux amnésiques
en guise de bureaux de votes.

Elle a la chiasse aux papillons
qu'on lui cocarde sur les yeux,
la vérité d'un goupillon
dans un mensonge fallacieux.

mardi 13 juin 2017

Les alizés sénégalais (republication d'un texte de 2005)



Las, un jour, je me suis endormi,
Par une belle après-midi,
Sur le sable toujours chaud
Qui vient des déserts tropicaux.

Ceux-ci s'achèvent dans la mer,
A l'Ouest, la langue étrangère
De sables, investie par les vents,
Et rafraîchie par l'océan.

Las, un jour, je me suis endormi,
Par cette belle après-midi,
C'était je pense en Février,
Sur moi soufflaient les alizés.

Ces vents violents de l'Atlantique
Suivent la route spécifique
Des courants de haute mer,
Du commerce triangulaire.

Venus comme moi du Nord
Jusqu'à la plage de N'Gor,
Ils amortissent le soleil,
J'en fus l'enclume dans mon sommeil.

Leurs souffles froids presque irréels,
Travestissent les feux du ciel
Qui sans pitié dans ces contrées
Viennent brûler les peaux de lait.

Et lorsque l'on m'a réveillé,
Le Land Rover nous attendait,
Le corps bruni comme la nuit,
Mon cœur d'Afrique pour la vie.

samedi 3 juin 2017

Le troisième soleil






Blaise a parlé du « Grand Christ Rouge » à Moscou
Coulant comme un cierge à la cire encachetée
Comme un oiseau-lyre a des portées qu'on secoue
Comme un goulag a des barreaux encachottés.
Blaise a parlé du Transsibérien
Du « Roum-vroum-vroum »
Des bandits, des vauriens
De Lui, de moi, de nous, de rien
De ceux qu'on déporte
Et des battants de porte
Et de leurs entachés grooms
Des mélodies du rail et de la beauté des femmes
À laquelle il était attaché
Tel un obus l'était à quelque tranchée
(Sur son corps d'armée tatouée
La phrase du poète au doigt mise infâme
Au cœur de la glaise inavouée
Et cette main perdue
Par hasard, au gré d'une dérive éperdue).
Nous avons causé de sculpture...
On a devisé sur Rodin.
On a plaisanté sur Claudel.
Ah... L'homme et sa nature
On se camoufle d'elle
Afin de paraître anodin.
Blaise a prophétisé des soleils hémophiles
Une incartade insolite au creux des battants
— Qu'importe ? —
Une horloge alerte à la danse en mots file
une laine de vers dont je vais débattant
M'apporte
Un fil de discussion
Sommaire exécution...
Nous noterons donc, à la Table des matières
Un hiatus
Et les trois soleils de Fatima
La beauté des femmes musulmanes
Et l'étrangeté de ce que le rêve arrive à raconter.
J'effroi !
(Le ressenti de Jeanne...)
J'ai couché bien volontiers contre son corps adorable à Fatima...
Sa peau colorait la mienne.
Elle emplissait mon âme avec des lampées de désir
Avec des brocs de plaisir
Et ce contact inimitable
Ayant fait Dieu dans l'étable.
En couchant sur ces lignes
Un peu d’intuition
Ma peau parle un peu mieux de l'innocence
Et des soleils de Fatima
Que les pauvretés que l'absence
Habille avec les chiffons du coma.
Je suis venu dans un autre monde avant trois ans.
Le miel coulait comme une chevelure avec ses reflets changeants.
Sans aimer d'Elle mon anonymat
J'aimais sur moi sa folle quintessence.
Il fallait la voir !
Elle était ma large aînée — quelques mois...
Il fallait l'avoir
Ou se rendre
À notre tendre enfance où se définit le Grand Amour.
Ce n'est pas par hasard que Notre-Dame a choisi des enfants pour se déclarer...
D'ici, les enfants se sont fait mal à grandir.
Ils ont poussé comme des racines d''arbre dans les murs.
On se faufile, et faux-fil est pernicieux dans nos labyrinthes.
Un espoir à l'agonie rugit tel un fauve !
On minimise un minotaure ?
Eh bien, les fils arianistes en dérouleront l'écheveau vapeur
En brûleront des cas endoloris
Par l'apnée de notre imagination strangulée.
Je voudrais comprendre un peu mieux ce printemps 1917.
On y cultivait des charniers afin qu'y poussent un jour des coquelicots.
Le rouge est la couleur au mieux partagée
Par les draps, par les peaux
Par les drapeaux de la vieille Europe
Ignoble catin sénescente
Envoyant ses enfants à la mort afin de s'en repaître
Et de ruminer leurs cadavres à l'infini
Dans des cérémonies
Dans des sépultures innommables
Anonymes
Exécrables
Et des assassinats sous des calicots.
J'aimerais creuser le mystère inhérent à Fatima.
Le mystère inhérent à la femme qui m'aima.
Le mystère inclus dans le troisième soleil et dans sa danse
Un soleil protéiforme auquel mon Vincent, mon Van Gogh
Avait consacré l'une de ses prophéties.
Nous devrons mourir afin que vive une idée de l'Humanité.
L'Humanité
Ce Grand Mot de Jaurès
Et des sentiers que le granit affleure
Au fin fond des Aurès
On sait bien que rouge est la fleur
Au revers du veston du Messie.
Mais le « Grand Christ Rouge » assez cher à Blaise
A ses chairs à vif
Et ses tablettes à Drancy
Dans des boulettes de suif
Et des montagnes de glaise.
On sait bien que l'or est un symbole
Et que le Graal est un bol,
On sait que notre âme est remplie
Pour s'être un jour, un seul au moins senti vide
Et que tout moindre repli
N'est que le reflet de notre être en vrai moins qu'impavide.
Un troisième soleil ?
En fut-il déjà deux ?
La vérité n'est que géométrie que dessinent les mains du discours.
Une jeune Europe a su tuer sa mère...
Avec ses tâches de rousseur et ses traits maghrébins
Prêchée sans curé, sans imam et sans rabbin
J'aurais tendance à l'acquitter !
La France acquise encore à son passé
J'aurais tendance à la quitter !
Quant au troisième soleil de Fatima, quel est-il ?
On sent le souffle de la danse astrale à laquelle un peintre nous convia
Chanter l'incohérence et le chaos
Chanter la souffrance et l'écho
Chanter de nos empires un mieux des via
Déviant de ce qui mène à Rome
À ce colosse aux pieds d'argile
À nos fois pour le moins fragiles.
Un nouveau monde est à la porte
Effrayant quand on le voit au Judas
Mais qui sait vraiment qui l'emporte
Entre une rose un réséda ?
Si Fatima plutôt qu'au Portugal
Était le prénom d'un amante
Il me faudrait traiter d'égale
Une amoureuse fascinante.
Et c'est cela que le dernier soleil
a révélé dans sa merveille.

mercredi 31 mai 2017

Bruges (republication d'un texte de 2009)



J'abrège un peu, disant "j'ai Bruges
en mémoire, aux canaux gelés",
laissant figés ses bateaux-luges
attendant le premier janvier.
Et s'il fallait du vermifuge
pour les tirer encor du nez,
les souvenirs sont des transfuges
au bras d'amours abandonnées.

J'abroge un peu, disant "j'ébrèche
les vers que j'ai mis au service
des comblements de nos deux brèches
entre nos yeux, quoique ils les vissent...
Et s'il fallait qu'on soit moins rêches
à reprocher à l'un ses vices,
à l'autre sa passion trop fraîche,
sauvons l'or que les ans ravissent !

L'or d'un sourire à la volée,
deux mains serrées comme un refuge,
le diamant d'un baiser volé,
la phrase "après nous le déluge",
en quête d'arches de Noé,
une autre, "évitons les grabuges",
mais on finit le cœur blessé
sous les façades d'un froid Bruges.

samedi 20 mai 2017

La chanson du désir



Du cuivre obscur où glisse un geste à peine alacre,
on retient de ta nuque où frise ta coiffure,
impression miroitante, enroulement de nacre,
un coquillage offert aux gentilles griffures.

Enroulement de nacre, entortillant ta bouche
ornée du cramoisi d'une fraise écrasée
par tes baisers sans fard d'où cette langue accouche,
il chante ta beauté de désir irisée.

D'où cette langue accouche à ton sexe insoumise,
un peu comme à tes yeux mon regard assouvi,
fenêtre ouverte, azur pénétrant ma chemise
en reniflant ton buste aux courbes qui dévient.

Pénétrant ma chemise en forçant ses verrous
de tes doigts musicaux dont je suis à portée,
qui décompose à deux notre chair et vers où
tout nous porte à nous croire en des dieux importés.

Notre chaire est vers où sont posés sur tes hanches,
ainsi qu'en un plein-cintre autant de contreforts
arque-boutés sur toi, les flèches des dimanches
engraissés de matins mutins mais sans efforts.

L'Elf' lèche du dit manche, une sève nouvelle,
et l'éphélide — oiseau de l'aile de ton nez —
sifflote en reniflant de ce qu'on dénivelle
en ton chemin de dame, échec abandonné.

De ceux qu'on dénie vêle un ventre féminin,
et tes sourcils en sabre ont coupé le cordon
d'un monde où s'aliéner mène à finir en Un,
tandis qu'en deux, d'aimer nos corps sont d'heureux dons.

vendredi 5 mai 2017

L'Harmonie



C'est lorsque l'Art me nie que je retrouve un goût
certain pour l'Harmonie qui m'entoure en ces champs,
dans le bocage en fleur énorme, et tout à coup,
bien au sud de Barfleur, on y rêve en marchant.

Bien au nord de la Loire, un miroir hésitant
qui dormait comme un loir gît jusqu'au bout,
peuple de son image un grand vide existant,
de son fort allumage un feu froid dont je boue.

C'est l'envers d'un décor où sa robe en rideau
lève un secret du corps où mes vers échouèrent,
où mon verbe tatoue toutes ses courbes d'eau,
son courant n'a d'atout que sa fontaine où j'erre...

Or courir est inepte aux lucides cerveaux :
je ne sais quel adepte aurait pu de la chair
absorber les parties, digérer les morceaux,
sans qu'on ait départi ce qui m'est le plus cher !

J'ai gardé de sa cuisse une douceur austère
et de la soie qui bruisse un froissement subtil,
il me faut de tout bois faire un feu de ces stères
et de ce que je bois un élixir utile.

Il me faut partager sa beauté délétère
et vous faire engranger ses bruissements de cils,
il n'est de paille à l'œil autrement qu'en sa terre
et foin de blanche feuille : on n'écrit qu'ustensiles...

On n'écrit qu'en ayant mesuré qu'on en crève,
et que ces yeux brillants sur des champs d'asphodèles,
en fait ne divaguant qu'en rivages de rêves,
alimentent l'onguent des pensées infidèles.

On s'en masse, on s'amasse, on en rime sans trêve.
Elle ? Un nuage en masse a le ciel autour d'Elle.
Une vie souvent longue est alors pourtant brève,
et de la vague oblongue engloutit les ridelles.

jeudi 20 avril 2017

L'Odalisque



Sa chevelure est comme un drap
Couvrant son sein comme son bras

Chevelure en liquide airain
S'écoulant de la tête aux reins

Sa nudité s'est dévoilée
Sur ma rétine dévoyée

Sa peau m'est comme de la soie
Sapant le moindre amour de soi

La nature était son écrin
La parsemant de quelques crins

Mais son baiser tout aquatique
Est une liqueur hypnotique

Où femme est courbe et sur ta bouche
On lit de Courbet quelques touches

Toi, curviligne asymptotique
Issue d'un liquide amniotique

On te retrouve en chrysalide
En ton cocon des Invalides

Offre à ta toile d'araignée
Riche à ma rime où j'ai régné

L'image infinie de tes traits
Suscitant un terrible attrait

Mais sur ton sourire est gravée
Ma Torah d'une âme aggravée

mercredi 19 avril 2017

Melpomène



Du côté de l'œil gauche
On a du mal à caus' de la mèche
Et pourtant je lis l'espoir
Un espoir de journal révolutionnaire
Un désespoir amoureux
Le conflit de l'Idéal et du Spleen
Une verdure à la Verdurin
L'amour contenu comme un lavabo bouché
Vos cheveux sont les rideaux de l'écran qu'on veut découvrir
Une marque sous l'écran gauche
Une éphélide affirmée
Scelle affirmativement ma fascination pour vos traits
Sobres mais parfaits
Sombres mais éclatants
Célèbres avant que de peupler ma littérature
On dirait que vous m'avez anticipé...
Le fluide de ton regard est pur.
J'improvise, allons bon ! J'improvise un peu sur le dos de ta beauté
Vous m'avez laissé ce vieux cliché pour vous aimer
Cessez de vous plaindre : on ne se plaindrait pas même à vos pieds
Le sable de votre peau claire est la plage où se dissout la mer qui jaillit de vos yeux
Je m'y noie sans retenue
Puisqu'en ton île rien n'est nu
Puisque tes baisers sont séditieux
Puisque ma belle aveugle avance aux pieds nus sur des charbons ardents
De l'œil droit je sais l'espoir absolu
L'espoir aveuglé par les promesses abusives
Et le mal d'Amour inhérent aux perspectives cavalières
Il est l'œil éberlué des amazones exténuées
Cherchant l'orage au cœur des ciels arides
Et quelques rides au sein des jeunes dépressions
Les lettres organisées par tes lèvres sur ta bouche sans parler
Recouvrent l'alphabet de mon écriture et me permettent une folie
Je voudrais t'avoir sculptée de mes propres mains pour être assuré que tu n'es pas un mirage

Et te toucher pour savoir que tu existes.

mardi 11 avril 2017

Descendre




Grandir et se chercher
Chercher à se trouver
Ressembler à ses rêves
Et se chercher sans trêve
Adolescent
Adulescent
Grandir en renaissant
Loin de ce qu'on pressent,
C'est bien ça l'âge adulte !
(Et qu'en moi tout insulte.)
On suicide un destin
On lui noue l'intestin
Si l'on coupe appétit
Si petit à petit
L'on détourne un désir
Émergeant du plaisir
Que ressent un enfant
Dans la voie qu'il défend ;
Le souci narcissique
Est un poison classique
À ces mains de parents
Strangulant l'inhérent.
Laissez les à leurs mues !
Tous ces ados émus :
Ce sera l'unique chemin vers l'âge adulte
— On trouve quelquefois des ratés de ce culte
Ils traînent leur post-adolescence attardée
Sur le verdict de ce mauvais lancer de dés
Mais leur vindicte est justifiée par cette suite
Inéluctable où tourne en rond leur faim de fuite.
Élever un enfant
C'est trouver comme on fend
la coquille de noix
pour ne pas qu'il se noie
la barque qui l'emporte
au loin de notre porte,
Et ne pas déverser
nos dépités versets
sur le germe naissant
d'un arbre florissant.

Ô ma progéniture
Oh, j'aime ta nature
Et ne ressemble pas
À ton hideux papa.

lundi 3 avril 2017

Les ports de pêche (republication de 2006)

Je sais une rue longue et terne,
Qui donna le nom d'un quartier,
Au dessus du port de pêche d'Audierne;
On l'appelle Poulgoazec d'un trait,
Comme un nom de caserne
Qu'on pourrait oublier.
Du temps des grandes pêches on comptait
Plus de deux cents bars, c'était hier...
Chaque commerce, en fait, tenait
Buvette et cafetière,
Les marins venaient s'y saouler,
Racontant leurs fortunes de mer.
Les filles de joie traînaient,
La coiffe en bataille,
Et les femelles mariées guettaient
Leurs hommes au portail,
La brouette pour les ramener
En ivresse au bercail.
Et le célibataire, la racaille,
Allait dans sa galtouze de sel,
Jaunie de marées en pagaille,
Remuer le ventre de celle
Qui l'attendait sur la paille,
Leurs sabots pêle-mêle...
Et les nuits s'enlisaient parallèles
A ces aubes laborieuses,
Où les démons de l'enfer éternel
Et du stupre des nuits sulfureuses,
Ramendaient, comme l'on fait des dentelles,
Leurs filets d'une main méticuleuse.
Et des perches se dressaient majestueuses,
Sur les bords de ces vieux gréements,
Armes dociles et affectueuses,
Qui de ces thoniers étaient l'armement,
Pour prélever en ces mers poissonneuses
La rançon des colères du vent.
Puis venait alors le moment
De prendre la mer en grand nombre,
De chasser d'un revers de hauban,
Les heures de plaisir et leurs ombres,
Et les femmes reprenaient leur rang,
En ces ports qui ne sont plus que décombres.
Si ces mots, ce sont à moi qu'ils incombent,
Comme la vision d'une autre vie,
Ils nous reste tous des traces d'outre-tombe,
Dont on veut témoigner à tout prix,
Et dont les rimes pleuvent comme des bombes,
Sur Brest re-détruit...

lundi 27 mars 2017

Le poète et la fleuriste (réécriture d'un texte de 2005)


Y'a un p'tit poète (y pèse pas bien lourd)
Dont le pauvre texte a rempli d'amour
Un furieux prétexte à passer les tours.
Y'a une p'tite fleuriste et belle com'le jour,
Avec un cœur triste à pleurer toujours ;
Elle est artiste et blessée dans sa tour.
Un jour le p'tit poète a rencontré la p'tite fleuriste,
Ils se sont souri, se sont pris la main puis se sont dit :
"Toi, le p'tit poète, remet dans mon cœur, un air fantaisiste !"
"Toi la p'tite fleuriste, remet donc des fleurs, dans ma poésie !"
Y'a un p'tit poète : il sait qu'elle existe,
Elle est bientôt prête et jolie fleuriste
(Or, c'est jour de fête alors qu'il insiste).

dimanche 26 mars 2017

Le goût de la Vie






Le goût de la Vie, celui de la Mort,
un trait qui dévie sur un méridien,
l'amour est en vrai ce baiser qui mord
aux dents mais qu'effraie ma plume d'indien,
d'apache iroquois criblé de remords.

Or, nourri du Quoi de mes mots fléchés,
l'argent de la paix qu'allumait ma flemme,
ainsi se repaît comme un veuf léché
par un feu d'enfer — à moins qu'un veuf l'aime —
et par les revers de tous ces déchets.

Camille ! Un acide est rentré dans l'Art,
et rien n'est lucide, et rien n'est extra ;
Paris ceinturant Créteil et Balard,
oublia nos rangs, nos voix, nos contrats
dans un bain de boue mêlé de mollards...

Un chaos debout masqué de lavis,
s'emmêla la nuit dans la politique,
et l'Art est inouï dans l'eau de l'avis,
lorsqu'un matamore est plein de l'éthique
ou le goût de mort est bien de la Vie.

mercredi 15 mars 2017

Tout est Vin



Tout est Vin dans le fond, depuis le sang du Christ,
une humeur est mauvaise où l'on en fait la lie ;
c'est aussi pour cela qu'on chope le Vin triste
et qu'un demi sans col est un juste hallali.

Tout est fluide emprunt des versets de Xavier Grall
et s'écoule indolent dans ceux qu'il éberlue ;
tout écrivain se vante au jour du dernier râle,
aussi de ses saints marcs que l'eau-de-vie dilue.

L'absinthe immaculée conçoit que d'autres voies
génitrices sont crues par d'odieux hérétiques ;
or, le Vin de message amène à vive voix
le besoin de s'accroire en des dieux hermétiques.

Tout est Vin de surface et de supermarchés :
tous les vers qu'il charrie sont des poésies mortes ;
il m'en fallut beaucoup (toutes corde à l'archet)
pour enfin repousser le battant de sa porte.

mardi 14 mars 2017

La poésie s'est gourée de route et la chanson l'a déposée

comme une auto-stoppeuse en mal d'hygiène.

jeudi 9 mars 2017

Sans phare




Écrire à cette femme aimée
comme on se réveille en sueur,
et de ses premières lueurs
absorber l'onde sublimée.

Être à ses côtés comme un vers,
épiçant l'épissure où l'âme
infiniment déroule lame
et marées, rochers découverts.

Il me faudra trouver les lettres,
afin de me décomposer
dans ce que je t'ai proposé
de mots croisés sur un mal-être.

Et pourtant nus sous ta lumière,
on sait mes mots jurant blafards,
on sait ta beauté sous ses fards
avoir ma laideur pour chaumière.

mercredi 1 mars 2017

Le Sacré-Cœur de pierres




À mes titis, Mathieu et Olivier,

Quand sur des morts on monte un monument de pierre,
afin de plus encore écraser leur mémoire,
on bâtit un caveau sur un amas de chairs
— un baptiste en vomit d'un pareil assommoir !

Un chrétien véridique en serait affligé
du Sacré-Cœur ouvert en Sacré-Cœur de pierres,
du cercueil profané d'un massacre infligé,
le sang du Christ est vain lorsqu'il n'est plus que bières...

Alors, on boit l'absinthe aux cafés du cerveau,
pour tenter d'oublier dans leur triste oubliette,
on regarde passer le bourgeois comme un veau
s'en allant pour voter en ramassant nos miettes...

On s'abstrait peu à peu de ce réel atroce,
où le pus du fascisme s'écoule à grands flots,
tandis qu'un archevêque à grands coups de sa crosse
assène un pieux sermon qu'on entend rue Soufflot.

Je préfère au Chardonneret le partisan,
dont le chant plus christique est aussi plus critique
et je laisse aux faux-culs leurs plumes de faisan,
la mienne est toute acquise aux visions extatiques.

Elle est l'alliée — la folle — insoumise et déçue
de ces parfaits rêveurs, oubliés et défaits,
dont on cause à l'occas', entre deux par-dessus,
sous la pluie dont l'oukase a lavé les préfets.

Ma religion n'est pas « nouvel ordre moral »,
et mes idées en conflit sont au su de Paris :
tantôt pétries de bien, tantôt pétries de mal,
et sous ses beaux pavés dont on fit des paris.

Des SAMU, PMU, qu'on applique à ces fins,
j'ai François-Jean Lefebvre de La Barre au ventre,
un goût de sang moisi par l'odeur des défunts
de la Vierge Rouge et qu'à la fin tous éventrent...

Alors, ô basilique du veau national,
en te peignant j'assure en ce geste si leste
une déconstruction d'un art subliminal
où la Jérusalem communarde est céleste.

vendredi 10 février 2017

Delta Dunhill




Peut-on sculpter dans l'ambre un peu de chair humaine ?
et peut-on raffiner l'essence féminine
ainsi qu'on le ferait d'un perse Cyclamen,
auquel on subtilise un parfum d'endorphines ?

A-t-on la dépendance à ses châteaux de cartes,
alors qu'ils sont bâtis sur un corps impeccable ?
et sert-on de prétexte aux cuisses qui s'écartent,
aux belles enjambées de vers impraticables ?

Il n'est d'Anatolie qu'une réponse ouverte :
elle est posée dans l'air afin d'être sculptée
— son Pygmalion figé dont elle est recouverte,
absorbe avec ses mots sa folle volupté.

Lui, glisse entre ses doigts, dans l'idéale glaise,
un embryon d'amour, une inception d'espoir
à laquelle on succombe en même temps que plaisent
à nos sens énervés ses regards dérisoires...

Elle est Géographie ! ses gestes : des séismes ;
elle est de ses contrées l'incarnation puissante
et des monts, des vallées, parfait anamorphisme
où mes mains comme l'eau, dévalent les descentes.

Une femme est souvent le fruit de son pays :
sa pulpe est toute entière emplie du jus des sources ;
elle est un oasis où chaque homme ébahi,
découvre un monde unique aux troublantes ressources.

Il en est une à part, à laquelle il me faut
rendre un hommage inepte : un baiser sur sa bouche
est le Delta Dunhill ayant pris à défaut
ses cercles de fumée de sorcière infarouche.


mercredi 8 février 2017

L'humoriste




À Charline VH,


Je la vois au filtre de son intelligence,
à l'éclairage abscons des jeux de mots abstrus,
polir en déformant les miroirs d'indigence
où notre image est niée par quelques malotrus.

Je la vois m'enchanter de chants qu'en sémantique,
on dirait dépeuplés de sens et d'importance,
et qui sonnent pourtant du refrain cathartique
auquel une oie confie quelque fois sa substance...

Mais loi blanche est noircie, si tant est qu'on ne vote
un décret pour ceci, pour cela sans l'entendre,
et le verbe revient défroquant les dévotes.

Et le bon mot sorti de ses lèvres si tendres,
a l'éclat du diamant dans les dents des vieux singes ;
et sa beauté se cherche en trouvant ses méninges.

samedi 28 janvier 2017

L'improbable




Il paraît que je suis poète
et que je ponds des euphémismes
à propos d'amours désuètes,
à coups de vers et d'aphorismes...

Il paraît que d'être emplumé
comme un mohican prosodique,
est d'auteur à gage assumé
la voie d'un meurtre épisodique.

L'acte d'écrire est criminel :
on y tue le temps qui s'enfuit
— mon désir est ma sentinelle,
et ton regard en est le fruit —

Je m'y tue du rêve en loser
— et ton regard est un calvaire
à moitié plein mais sans doseur —
et m'y vit le reste à l'envers.

Un regard peut être indécent,
surtout lorsqu'il est hypnotique :
en faisant un fruit déhiscent
d'un cœur cabossé chaotique.

Il était ainsi ton regard :
il pleuvait de verdure en moi
tout en me traitant de ringard
ou d'herbe à chasser les émois.

Je comptais sur tes éphélides
Un brin de mes éphémérides,
Un coup d'épaules aux Invalides,
Mais laissant sans effet mes rides.

J'escomptais ta bouche gourmande,
afin de manger mes paroles,
et du futur que je demande
un trait passé Rivarol...

Un attrait passé d'avenir
auquel il m'est pourtant possible
en me forçant de venir,
épousant ton regard indicible,

Embrassant le temps circulaire
où notre rencontre improbable
est devenue le corollaire
aux fleurs d'un regard impalpable.

lundi 16 janvier 2017

Ara qui rit




Comme un oiseau de pluie, je me suis confondu
— camouflage d'excuse au moindre camouflet —
avec l'eau qui s'enfuit des glaçons qu'ont fondu
de ton cœur de mouflette à mon cul qu'a morflé.

Comme un drôle d'oiseau qu'on se plaît à plumer,
je m'suis tordu le cou sur ton image abstraite ;
un regard ampoulé m'indiquant que plus mes
désirs étaient piteux, plus ma foi serait traite.

Alors je m'suis caché sous cet épais duvet
dans lequel on épuise un restant de ses rêves
à deviner ce que Papaguena revêt.

Et comme un perroquet, de ces mots dont il crève
en répétant la pièce ou l'aumône au brevet
de son propre examen, d'un plumier j'admire Ève.

vendredi 13 janvier 2017

Croissez corbeaux !




Me regardant dans mon miroir,
Je me demande quel mouroir
Aurait pris note des mémoires
au ticket d'caisse en vieux grimoire.
Me regardant dans cette glace,
Eh bien soudain le sang me glace :
Oh ! Dites moi quelle est ma place !
Oh ! De tous ceux que je remplace ?

Elle est perdue cette amoureuse,
Oh ! L'éperdue pourtant poreuse,
Elle épongea l'humeur cireuse
Où se patine une âme heureuse.
Elle est aigrie du vert-de-gris
Dont les treillis font des abris,
Sur les démarcations des cris,
Sur la suture où tout s'écrit.

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

On dit que la nana varie
Et que l'ananas qui s'avarie
Tout comme la loi Savary
Ce n'est en fait qu'une avarie !
Mais moi je pèse mon présent
Dans les maillons anglicisant
Des libertés qu'en incisant
J'accouche au jour laïcisant.

J'en vomis les femmes soumises
Et les versets qui sodomisent
La dignité qui m'est promise
Et le blanc-seing qui m'est de mise.
J'en extrapole un froid brûlant,
Un front pas national hurlant
La fièvre en son poing purulent,
Chouette en matins purs hululant !

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

Alors, croissez jolis corbeaux !
Je vous nourris de mon corps beau
Comme un poème de Rimbaud
Vous gaverait des accords bots.
Je vous nourris de mon sang frais
Comme un vampire en chouette effraie
Ceux qui poussant des cris d'orfraie,
Vivent en fait à peu de frais.

Alors croissez jolies corneilles !
Ayez de moi ce golden eye
Auquel un seul éclat s'égaye
et sa sagaie sur Marvin Gaye !
Sexuelle est la blessure humaine,
Et qui la porte en son hymen ?
Mère, épouse ou sœur, Amen !
Où sont passés les supermen ?

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

samedi 7 janvier 2017

Yetzirah





J'errais à l'équateur où ton ventre arrondi
me promettait les fruits qu'un ascète exotique
en Prométhée cueillait sur un arbre, or on dit
que le feu se dérobe en mini-jupe antique.

Arpentant tel un maître au repentir heureux,
les courbes de ton corps et leur loxodromie ;
j'étais dans l'entonnoir où l'on tombe amoureux,
dans le baiser sacré que tu m'avais promis.

Vertèbre après vertèbre, en jouant de leur flûte,
il me fallut ce doigt posé sur ta note,
afin d'ôter deux trois soupirs nés de nos luttes
et des doux grincements de nos jolies quenottes.

Il me fallut ce Sephiroth ultime où Toi,
puisant sans fin la sève de l'arbre de vie
— palindrome admirable où l'âme se nettoie —
tu sois l'image unique aux sources de l'envie.